Le gouvernement jurassien, donc toi aussi, vient de rendre publique sa po-
dans le Jura. Pire, tes collègues et toi entendez l’enfermer dans les prisons jurassiennes pour qu’il accomplisse "la peine" dictée par la justice
bernoise. Pour une fois (?), vois-tu, je ne mettrai pas en cause le Tribunal fédéral, ni la politique et la justice bernoises. Et Dieu sait combien
tous deux sont en cause dans les événements qui ont endeuillé le Jura.
Non, Jean-Pierre, c’est à tes collègues que je m’adresse, à travers toi,
car eux, contrairement à toi, je ne les ai jamais cotoyé à l’époque du Belier d’avant 74, mouvement dont tu fus une émminence grise et de qui tu
t’es tellement réclamé pour te faire élire à l’époque de la Constituante,
puis au gouvernement que tu n’as pas encore quitté. Comme certains autres
de tes collègues de ministre s’en réclamaient du reste. Mais j’ai bien peur
qu’ils confondaient avec le MUJ, mouvement qui, tu en conviendras, a grandement favorisé l’indépendance du Jura grâce à ses nombreux membres. A
l’abri sous une casquette, avant de porter celle des rennes du pouvoir.
L’époque du Bélier d’avant 74, disais-je? Permets, cher Jean-Pierre d’évoquer quelques souvenirs. Ceux d’une époque où tu décidais avec d’autres
d’actions du Belier sans jamais y participer sous prétexte d’une vache qui
s’apprêtait à vêler, d’un champ à cultiver et du travail astreignant de
l’agriculteur que tu étais alors. D’une époque, où dans l’ombre sans jamais
trop te mouiller, tu faisais partie des décideurs, et envoyais sans jamais
te joindre à eux les gars à Berne, à Bruxelles ou à Paris et j’en passe.
D’une époque où toute nouvelle action du Belier réussie, où toute nouvelle
flambée de tension provoquée même par le FLJ d’alors provoquait en toi se
commentaire qui t’échappait: "Excellent". D’une époque enfin, où grâce à
toi nous avions pu reproduire les billets d’entrée de la réception officielle du Marché concours pour en chasser l’intrus. Il est vrai que depuis
tu as parcouru tant de chemin et même assumé la présidence de ce même Marché concours. C’était bien après où les militants francs-montagnards contre
la place d’armes te comptaient dans leurs rangs. Comme membre passif.
Décideur? Tu l’es toujours aujourd’hui, l’ombre en moins mais avec le même
"courage" à ce que je remarque. Tu vois, Jean-Pierre, je me souviens de la
période, pas si lointaine du reste, où on nous demandait de ne pas se tromper de cible dans les colonnes du "Jura Libre", alors qu’un commentaire sur
votre manque d’engagement et de cohérence aurait pleinement justifié une
critique. "L’ennemi" est à Berne nous faisont-on remarquer avec raison. Il
fallait ménager, vous ménager. Et taire votre manque de courage politique.
Ce que beaucoup de Jurassiens prenaient pour un manque d’engagement n’était
en réalité qu’un manque de courage. Aujourd’hui plus qu’hier encore l’évidence de cette constation me saute aux yeux, comme elle saute aux yeux de
nombre de tes amis d’alors. C’est vrai, Jean Pierre, je l’admets aisément... la politique a besoin de sa propre autonomie pour être menée à
bien. Mais même à ce titre, vois-tu, elle ne peut être interprétée comme
une indépendance à l’égard de ceux qui t’ont placé à ce poste, à l’égard
d’un idéal pour lequel des gens ont lutté et grace auxquels toi et tes collègues êtes amenés à diriger l’Etat jurassien. Nous étions les Hêche de
l’époque. Toi y compris. Dans l’ombre d’accord. Ceci expliquant peut-être
cela.
Non, Jean-Pierre, je n’éprouve pas de plaisir particulier à évoquer ces moments où tu pensais déjà sans doute avenir alors que d’autres pensaient Jura, simplement, avant de croire à la réunification.