Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    réconciliation au Salvador

    Le difficile chemin de la

    Rencontre avec Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador

    Jacques Berset, Agence APIC

    San Salvador/Fribourg, 28avril(APIC) Après une décennie de guerre civile

    cruelle qui a fait près de 100’000 morts au Salvador, ce petit pays d’Amérique centrale a connu sa première année sans combats. Pour l’Eglise locale, dont la médiation a été décisive pour faire cesser le conflit, si les

    armes se sont tues, la phase actuelle est la plus délicate: après tant

    d’années de haine, réconcilier les Salvadoriens, dans la vérité et la justice, et éliminer l’injustice structurelle, cause profonde de la guerre.

    "Si l’on cherche les racines profondes de la guerre qui a ensanglanté le

    Salvador, la cause est sans conteste l’injustice sociale", confie à l’APIC

    l’évêque salvadorien Gregorio Rosa Chavez. Agé de 50 ans, Mgr Rosa Chavez

    passe pour un prélat "modéré", mais la réalité sociale de ce petit pays

    surpeuplé de 5,5 millions d’habitants pour une superficie équivalente à la

    moitié de la Suisse, n’a cessé de l’interpeller. Dans un pays marqué des

    générations durant par les exécutions de masse, la torture, les enlèvements, la rébellion, l’accaparement des biens par une petite minorité (selon Caritas Suisse, 2 % des propriétaires détiennent 60 % des terres cultivables alors qu’il y a plus de 200’000 familles de paysans sans terre),

    l’Eglise ne peut se taire.

    "Saint Romero des Amériques"

    Si l’héritage de "Saint Romero des Amériques - comme le petit peuple,

    qui l’a déjà canonisé, aime à appeler l’archevêque de San Salvador assassiné le 24 mars 1980 par les "escadrons de la mort" du major Roberto d’Aubuisson - est diversement assumé selon les tendances et les sensibilités

    pastorales au sein de l’Eglise salvadorienne, tous sont convaincus que le

    silence des armes ne suffit pas à instaurer la paix. D’autant plus que, selon l’ONU, l’on a encore enregistré dans le pays entre juin 92 et janvier

    dernier 106 assassinats politiques et que les "escadrons de la mort" liés

    aux forces de sécurité n’ont vraisemblablement pas encore tous été dissous.

    APIC:Mgr Rosa Chavez, parmi les causes qui ont déclenché la guerre, vous

    dénoncez l’aveuglement et l’égoïsme de l’"oligarchie"...

    MgrChavez: En effet, d’après la "Commission de la Vérité" instaurée sous

    l’égide de l’ONU dans le cadre des Accords de paix entre le gouvernement et

    la guérilla du FMLN, on découvre le rôle joué par des entrepreneurs privés

    liés aux "escadrons de la mort", qu’ils ont financés et même organisés dans

    le but d’éliminer physiquement toute opposition. Cela nous montre combien

    les racines étaient pourries. Il y a eu aussi une sorte de conspiration entre des gens très riches et l’armée. Comme le montre la Commission, la

    distinction est souvent difficile à faire entre les "escadrons de la mort"

    soi-disant "civils" ou "privés" et ceux qui opéraient au sein des diverses

    Forces de sécurité gouvernementales et des Forces armées. Quant au FMLN, il

    a lui aussi commis des abus et des violations des droits de l’Homme.

    Eliminer les racines de la violence, l’injustice institutionnalisée

    Ainsi, on essaye maintenant de démanteler tout ce système et de guérir

    ces blessures. C’est là que se pose la question du modèle de développement

    et des réformes sociales qui doivent être absolument réalisées. Parce que

    si on demande quelles sont les racines de la guerre, nous savons bien que

    la racine la plus profonde est l’injustice institutionnelle que le pays

    connaît depuis des générations.

    APIC: Les armes se sont-elles vraiment tues en janvier 92 ?

    MgrChavez: Les Accords de paix de Chapultepec, au Mexique, ont été signés

    officiellement le 16 janvier 1992. C’est à partir de ce moment-là que l’on

    a dû faire face à des engagements assez difficiles à réaliser. Par exemple,

    la concentration de la guérilla dans des campements, leur désarmement et

    leur démobilisation progressive. Mais du côté gouvernemental, c’était la

    même chose: les Forces de sécurité, la Policia de Hacienda, la Policia Nacional, la Guardia Nacional, tous les bataillons d’élite de lutte anti-guérilla ont été petit à petit dissous. Et l’armée s’est réduite presque de

    moitié, pour atteindre aujourd’hui quelque 30’000 hommes.

    En même temps, la guérilla s’est reconvertie en parti politique. C’est

    quelque chose de tout à fait nouveau chez nous: descendre de la montagne

    pour faire de la politique! Et surtout, les parties en conflit ont respecté

    de façon spectaculaire le cessez-le-feu pendant toute l’année. Nous atteignons maintenant une phase assez difficile, celle de la réconciliation. Pour

    y arriver, l’Accord de paix prévoyait de faire la lumière sur les violences

    qui ont tellement fait souffrir les Salvadoriens. C’est ainsi qu’a été

    créée la "Commission de la Vérité" qui vient de rendre son rapport final.

    Le parti du président Cristiani dans le collimateur

    Cette Commission, présidée par l’ancien président colombien Belisario

    Betancour, avait l’aval des deux parties en conflit et ses membres étaient

    proposés par le secrétaire général des Nations-Unies. Lorsque le rapport a

    été rendu public le 15 mars, il a provoqué des remous terribles au Salvador; il est très critique vis-à-vis du gouvernement, de l’armée, des responsables au plus haut niveau de l’administration de la justice. Il met

    également en cause les entrepreneurs privés liés aux "escadrons de la

    mort", sans épargner le major d’Aubuisson, fondateur d’ARENA, le parti du

    président Alfredo Cristiani. On a eu alors des réactions terribles, mais je

    pense que c’est un rapport salutaire qui nous permet de faire face à cette

    situation terrible pour la surmonter avec espérance.

    Actuellement, nous devons affronter la crise provoquée par la décision

    du gouvernement de décréter l’amnistie générale, immédiate et absolue.

    L’Eglise était opposée à une telle décision, car si on veut l’amnistie, elle doit avoir comme but la réconciliation. Mais comment peut-on réconcilier

    un peuple, si on ne lui permet pas de connaître la vérité. Il manque une

    étape. Nous sommes pour l’amnistie, mais il faut attendre le moment propice

    pour la mettre en marche. Nous, comme chrétiens, comme Eglise, nous avons

    déjà dit que nous pardonnons à ceux qui sont responsables de la mort de nos

    gens, des chrétiens. Au Salvador, presque tous les habitants sont catholiques. Les gens pauvres ont déjà montré leur capacité de pardonner, mais ils

    ont au moins droit à la vérité.

    L’amnistie provoque beaucoup de mécontements dans la population. (Cette

    décision gouvernementale libère les deux auteurs matériels de l’assassinat

    des jésuites de l’UCA reconnus coupables et condamnés à 30 ans de prison,

    le colonel Guillermo Benavides, et le lieutenant Yusshi René Mendoza, tandis que la "Commission de la Vérité" désigne parmi les officiers responsables du massacre le ministre de la défense René Emilio Ponce et son viceministre, le général Orlando Zepeda, ndr).

    Ne pas laisser la porte ouverte à l’impunité

    La réalité des "escadrons de la mort" est une chose tellement horrible,

    mais qu’il faut connaître à fond. Maintenant, diverses positions s’affrontent: celle officielle qui affirme qu’il faut oublier très vite le passé et

    regarder l’avenir. C’est notamment la position du président Cristiani.

    Il y a deux mots en espagnol, "perdon" et "olvido", pardon et oubli. A

    notre avis, cela revient à jeter un manteau de silence sur le passé et à

    laisser la porte ouverte à l’impunité: cela ne produit pas la réconciliation. C’est pourquoi nous estimons que c’est le moment de la vérité et de

    la justice, qui sont le fondement véritable de la réconciliation.

    APIC:Cette position est-elle aussi celle de l’ensemble de la Conférence

    épiscopale ? Etes-vous unis dans cette affaire?

    MgrChavez:Pour le moment, nous n’avons pas rédigé une déclaration commune

    de la Conférence épiscopale. En partie parce que les cas qui nous ont occupés le plus - l’assassinat de Mgr Romero et celui des jésuites de l’UCA sont arrivés chez nous, dans l’archidiocèse de San Salvador. On essaye cependant d’avoir au sein de la Conférence épiscopale une position solidaire

    et unique, mais il faut avouer que pour le moment, il n’existe pas une déclaration conjointe, seulement une déclaration de l’archevêché.

    La responsabilité politique des massacres se situe au plus haut niveau

    Il y a eu d’autres crimes de grande ampleur, comme le massacre d’El Mozote. (Selon une longue enquête de l’organisation de défense des droits de

    l’homme de l’archevêché, la Tutela Legal, en 1981, le bataillon d’élite

    "Atlacatl" a massacré 794 civils désarmés, femmes et enfants, à El Mozote,

    dans le département de Morazan, ndr). Ce sont des cas qui ont été étudiés à

    fond et la "Commission de la Vérité" montre d’une façon très claire que ces

    massacres de paysans n’étaient pas des actes isolés à mettre uniquement sur

    le compte de ceux qui commandaient ces unités. C’était une politique voulue

    par les responsables militaires au plus haut niveau, comme lors de l’assassinat des Pères jésuites de l’UCA. Or pour nous, déceler et mettre en évidence le mécanisme profond de ces crimes était l’une des choses les plus

    importantes du rapport parce que cela nous permet d’arracher les racines

    pourries et de construire l’avenir sur des bases nouvelles. Sinon on court

    le risque que l’histoire se répète comme une espèce de cauchemar.

    On a eu pendant plus de 50 ans uniquement des régimes militaires, qui

    ont commencé avec la féroce répression par Maximiliano Hernandez des paysans insurgés, en 1932, que l’on appelle "La Matanza", la tuerie. C’est cela que l’on veut maintenant surmonter. C’est pourquoi, à mon avis, ce rapport nous permet d’accélérer le processus de démilitarisation de la société, pas seulement au Salvador, mais dans toute la région centro-américaine.

    On voit déjà maintenant les conséquences de cette publication au Honduras

    et au Guatémala. Voilà pourquoi il faut que ce processus réussisse chez

    nous: ce n’est pas bon pour nous seulement, mais pour toute l’Amérique latine. Je suis optimiste et je pense que notre processus va réussir, malgré

    les accidents de parcours que nous connaissons actuellement. Malgré le

    "traumatisme" que la guerre a causé dans la psychologie des gens, nous devons souligner la capacité qu’a le peuple salvadorien à se refaire. C’est

    quelque chose de vraiment étonnant. (apic/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus