Le conflit libanais est complexe, souligne-t-il, puisqu’il oppose des
lestine, l’Occident aux Arabes... "Mais peu à peu, ajoute-t-il, on découvre
qu’il s’agit d’une guerre qui n’est pas comme les autres, car elle se
transforme en guerre de religion. Pour moi, c’est effrayant, car on sait
que les guerres les plus dures, les plus meurtrières et les plus longues de
l’histoire ont été les guerres de religions. Je suis donc persuadé que les
responsables religieux chrétiens et musulmans doivent intervenir au Liban
pour arrêter le massacre."
Pourquoi Jean Paul II ? Parce que, répond l’imam Rouhani, "les grandes
puissances ne font rien, les pays arabes ne sont pas en mesure d’amener la
paix et les Libanais n’arrivent pas à s’en sortir eux-mêmes", et que "ne
peut donc intervenir qu’une personnalité dont le prestige est tel qu’elle
est au-dessus de la mêlée". Tel lui apparaît Jean Paul II, "un homme qui
parcourt le monde pour apporter le message de la paix sur la terre" et qui,
en outre, "représente les valeurs de rédemption du christianisme, valeurs
que nous retrouvons dans la religion chiite sous une autre forme".
L’imam Rouhani explique ce côté rédempteur du chiisme, peu connu en Europe. Les chiites considèrent que leur troisième imam, Husayn, tombé à la
bataille de Kerbela (Irak) après s’être révolté contre les Omeyyades, a
donné sa vie afin de pouvoir, le jour de la résurrection des morts, servir
d’intermédiaire entre les hommes qui ont commis des péchés de Dieu. Husayn,
dont l’anniversaire de la mort est célébré avec ferveur par les Chiites,
"s’est donc sacrifié pour que nos péchés soient pardonnés", souligne l’imam.
A propos de l’appel à la "guerre sainte" lancée par les ayatollahs,
l’imam Rouhani précise que le Coran ne recommande pas la guerre, qu’il y
est seulement question de la légitime défense. "Si les chiites parlent
quelquefois de guerre sainte, ajoute-t-il, c’est parce qu’ils ont souvent
fait partie des minorités opprimées. Ils étaient donc amenés à se défendre,
et parfois avec violence, mais cela ne signifie pas que cette violence est
recommandée par notre religion".
Le responsable de la communauté chiite en Europe se dit convaincu qu’une
cohabitation pacifique des diverses communautés religieuses est possible au
Liban : "Ils ont vécu longtemps ensemble et c’est encore possible. Les
valeurs religieuses et spirituelles sont un patrimoine commun de
l’humanité. Les hommes religieux n’ont pas un pays limité par des
frontières physiques, ils doivent être chez eux partout. Notre mission est
d’aller dans le monde pour prêcher la paix. Les hommes en ont un besoin
urgent et c’est la mission que remplit Jean Paul II." C’est pourquoi aussi
les minorités ont droit de cité dans la société musulmane : "Il y a environ
50.000 juifs en Iran, et pourtant le pays est gouverné par des chiites
extrémistes. Or, ces juifs n’ont pas envie de quitter l’Iran. En effet,
selon les lois de l’islam, les minorités ont des droits reconnus dans les
pays musulmans. Elles sont respectées et la coexistence fait partie de nos
valeurs religieuses." (apic/cip/pr)