Le CELAM craint une manipulation des festivités du (090389)
La "Légende Noire" de la conquête coloniale
Bogota, 9mars(APIC) Le Conseil Episcopal latino-américain (CELAM) craint
une manipulation du Le CELAM craint une manipulation des festivités du (090389)
qui sera fêté solennellement en 1992. C’est que le rappel de la "Légende
Noire" de la conquête coloniale prend de l’ampleur à l’approche de ces festivités que des mouvements indigénistes, voire des évêques, dénoncent comme
triomphalistes. Plusieurs mouvements indigénistes militent pour la suppression de ces cérémonies, postulant que l’on demande plutôt pardon pour le
génocide des populations indigènes.
Selon le P. Pedro Briseno, Secrétaire exécutif des communications sociales du CELAM, les autorités de cette organisation sont très préoccupées par
l’intention de "quelques organisations et gouvernements" de dénaturer la
véritable signification du Ve Centenaire de l’évangélisation de l’Amérique
latine "non seulement dans son organisation, mais également dans son orientation". Le P. Briseno dénonce à cette occasion l’Organisation des Nations
Unies "avec des gouvernements de pays d’Europe du Nord" qui tenteraient de
diffuser une interprétation tendancieusement conflictuelle de l’histoire de
l’évangélisation, en cherchant à accentuer avant tout le "côté obscur" de
celle-ci et laissant de côté le facteur évangélisateur.
L’ONU mise en cause
Le CELAM déplore que des organisations comme l’ONU servent de plateforme
pour lancer des campagnes qui cherchent à diminuer le mérite du travail
d’évangélisation de l’Eglise en invoquant la "Légende Noire" de la conquête
espagnole. Et le P. Briseno de dénoncer la tentative de marquer ces célébrations "d’une ligne étrangère de néo-indigénisme".
Le CELAM a réagi à cette campagne en mettant sur pied quatre séminaires
internationaux ayant pour thème l’histoire de l’évangélisation du continent
latino-américain, ainsi qu’un programme destiné à des professionnels de la
communication, organisé par la Commission de Communication Sociale du CELAM
et d’autres organisations de communication catholiques, "dans le but de
créer une mentalité réaliste et équilibrée face aux prochaines festivités".
Un évêque cite Bartolomé de Las Casas
Citant Bartolomé de Las Casas, le célèbre évêque dominicain espagnol qui
dénonça dans la "Très brève relation de la destruction des Indes" les atrocités commises par les conquistadors espagnols contre les populations indigènes, Mgr Erwin Kräutler, évêque brésilien d’origine autrichienne, n’hésite pas à parler à propos de la conquête il y a bientôt cinq siècles de
l’Amérique latine de "plus grand génocide de l’histoire de l’humanité".
L’évêque de la prélature de Xingu, en Amazonie brésilienne, s’élève contre
le révisionisme historique et le concept de civilisation utilisé par ceux
qui justifient la colonisation, qui continue et qui menace les rares Indiens qui ont survécu au génocide ou à l’ethnocide.
En prenant en compte les nombreux peuples indigènes qui ont été systématiquement rayés de la carte et les innombrables Africains qui ont péri de
la façon la plus cruelle lors des chasses aux esclaves noirs, durant le
transport sur les navires des "négriers", dans les mines ou dans les grandes plantations des colons du "Nouveau Monde", le prélat estime que pas
moins de 100 millions d’hommes ont été victimes de la brutalité, de l’ambition et de l’avidité sans limite de ceux "qui se paraient eux-mêmes fièrement du titre de civilisés".
Le sort des Indiens n’est guère enviable dans le Brésil d’aujourd’hui :
s’ils étaient entre 7 et 10 millions lors de l’arrivée du portugais Pedro
Alvarez Cabral en l’an 1500, les anciens propriétaires du pays n’étaient
plus qu’un million en 1900. Menacés de disparition pure et simple, ils ne
sont plus actuellement que 230’000, en butte à la pénétration de plus en
plus profondément sur leurs terres de nouveaux colons à la recherche de
terres, de bois précieux et de matières premières. Pour Mgr Kräutler, comme
pour d’autres évêques solidaires des Indiens d’Amérique "latine", s’il faut
reconnaître le mérite de nombreux missionnaires, - qui furent comme Las Casas calomniés et persécutés parce qu’ils osèrent défendre les populations
indigènes -, l’Eglise, qui a participé à la conquête du continent puisque
le trône et l’autel étaient à l’époque intimement liés, devrait éviter tout
triomphalisme et ne pas esquiver sa responsabilité historique à l’occasion
de cet anniversaire si controversé. (apic/sel/adc/be)