Le carmel d’Auschwitz sera bel et bien déplacé
Lyon/Varsovie, 11août(APIC) "Les décisions de Genève au sujet du carmel
d’Auschwitz ne seront pas remises en cause; un accord oblige ceux qui le
signent", a déclaré vendredi 11 août le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, membre avec les cardinaux Lustiger (Paris), Danneels (Malines-Bruxelles) et Macharski (Cracovie) de la commission chargée de négocier
avec les représentants de la communauté juive le déplacement du carmel. Le
cardinal Decourtray a appris par la presse que le cardinal Macharski a déclaré, dans un communiqué, que la réalisation du Centre prévu doit être suspendue en raison du climat actuel.
"Des manifestations et des réactions regrettables ne peuvent entrer en
ligne de compte en face de la cause que l’accord du 22 février 1987 entend
défendre, poursuit le cardinal Decourtray, et nous continuerons à tout faire pour que le dialogue inauguré sous le signe de l’Accord de Genève se
poursuive. Nous avons besoin de respect mutuel pour ne pas porter atteinte
à la mémoire d’Auschwitz."
Les juifs polonais critiquent les manifestants juifs américains
Le Grand Rabbin de Pologne et les organisations et associations juives
de ce pays ont à leur tour demandé le déplacement du carmel dans une déclaration rendue publique à Varsovie et se déclarent prêts à participer à ces
travaux. "Nous sommes persuadés qu’une solution couronnée de succès de cette affaire est attendue par tous les hommes de bonne volonté tant en Pologne qu’à l’étranger", poursuivent les signataires qui critiquent toutefois
la manière de faire des manifestants juifs américains qui ont pénétré de
force dans le carmel d’Auschwitz le mois dernier. Ils affirment que de tels
actes ne correspondent pas aux commandements de la religion mosaïque "et
sont étrangers à nos principes moraux et éthiques".
Dans une déclaration rendue publique jeudi au Vatican, le cardinal Franciszek Macharski, archevêque de Cracovie, dénonçait "la violente campagne
d’accusation et de diffamation" de quelques milieux juifs occidentaux et
"l’attaque insultante qui n’était pas que verbale" contre le couvent
d’Auschwitz. Dans une atmosphère d’"exigences agressives" et en raison
d’actions qui suscitent des désordres, la réalisation prévue du Centre
d’Information, d’Education, de Rencontre et de Prière sous le signe du respect mutuel devient cependant impossible, peut-on lire dans la déclaration, "car la base pour une oeuvre de paix doit être également le désir de
paix".
Rappelons que le déplacement du carmel, selon les accords de Genève de
février 1987, aurait dû se faire dans un délai de deux ans. Le non-respect
de cet accord a causé un profond malaise dans les relations judéo-chrétiennes et suscité l’hostilité, voire des manifestations agressives de militants juifs devant le carmel, à Auschwitz même. Mgr Macharski a condamné
explicitement le fait que des militants juifs aient pénétré de façon violente dans le carmel d’Auschwitz à la mi-juillet. Sept hommes, sous la conduite du rabbin Abraham Weiss, de New York, avaient occupé le carmel durant
six heures et avaient demandé sa dissolution.
Le cardinal souligne que par cette action, les juifs ont manqué de respect à l’égard des carmélites, porté atteinte à leur dignité humaine et
chrétienne et troublé la paix à laquelle ces religieuses cloîtrées ont
droit. "Les convictions chrétiennes, les symboles de la foi et de la piété
n’ont pas été respectés, dit-il. (apic/cic/be)