Le carmel d’Auschwitz au coeur des relations judéo-chrétiennes (060189)
Paris, 6janvier(APIC) Tandis qu’approche la date du 22 février 1989 ou,
conformément aux accords signés à Genève le 22 février 1987 entre la comunauté juive et l’Eglise catholique, le carmel d’Auschwitz doit avoir été
déplacé, l’émotion croît dans la communauté juive. Faut-il voir un ultimatum dans l’affirmation de Gerhard Riegner, co-président du Conseil directeur du Congrès juif mondial (CJM) que les graves conséquences qui surviendraient si les accords n’étaient pas respectés pourraient aller jusqu’à
la suspension de toutes les relations entre la communauté juive et le Vatican ? "Certainement pas, répond le Père Jean Dujardin, secrétaire de la
Commission épiscopale française pour les relations avec le judaïsme. Mais
il y va de la crédibilité du dialogue judéo-chrétien. Pour convaincre un
interlocuteur, les paroles ne suffisent pas : il faut poser des actes. La
visite de Jean Paul II à la synagogue de Rome en fut un. Le déplacement du
carmel d’Auschwitz en est un autre, dont l’importance symbolique est capitale."
Auschwitz, en effet, est pour les juifs le symbole de la Shoah. Mais,
précise le Père Dujardin, "nous assistons ici à l’affrontement de deux symboles : l’un, de portée universelle, qui met en cause le dialogue judéochrétien; l’autre, local. Car Auschwitz est, pour les Polonais, le symbole
du martyr de la Pologne". De fait, la très faible représentation de la communauté juive en Pologne - conséquence de l’holocauste - n’a pas favorisé
le dialogue ni même la prise de conscience du problème, constate le Père
Dujardin, qui signale qu’a été pourtant créée depuis quelques temps une
Commission épiscopale polonaise pour les relations avec le judaïsme : "cette Commission met sur pied un important travail, notamment pour la formation des prêtres et des religieuses. Car nous nous trouvons aujourd’hui en
présence de deux urgences : respecter les accords, bien sûr; mais aussi
faire évoluer les consciences et les mentalités".
C’est dans cette seconde perspective qu’il faut resituer l’ensemble des
accords de Genève : certes, il y a l’engagement de déplacer le carmel; mais
aussi cette décision fondamentale de créer un centre d’études de la Shoah centre ou le carmel trouvera sa place.
Lors de la rencontre du 20 décembre dernier à Paris des responsables des
communautés catholiques et juives, les cardinaux Decourtray, Lustiger et
Danneels se sont engagés à faire respecter l’accord de Genève et également
à ne pas faire de commentaires sur la question quoiqu’il arrive. De quels
moyens disposent-ils pour faire respecter cet accord ? "Vous comprendrez
que, sur ce point, j’observe une totale discrétion, répond le Père Dujardin. Mais nous ne sommes pas encore au 22 février, et j’espère bien que,
d’ici-là, il va se passer quelque chose..." (apic/mjh/bd)