Le cardinal Mario Zenari, figure majeure de la diplomatie pontificale et toujours en poste en tant que nonce apostolique en Syrie, fête ses 80 ans ce 5 janvier 2026 et quitte donc le collège des cardinaux électeurs en cas de conclave. L’anniversaire de ce fervent défenseur de la présence chrétienne en Syrie porte à 122 le nombre de cardinaux électeurs.
Dorénavant, les 123 cardinaux non-électeurs deviennent donc majoritaires au sein du Sacré-Collège, ce qui représente une configuration inédite dans l’histoire de l’Église catholique.
Il est l’un des cardinaux créés par François pour qui la pourpre cardinalice – qui rappelle le sang des martyrs – n’est pas qu’un symbole. Nonce apostolique dans un pays victime de la plus grave catastrophe humanitaire d’origine humaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», selon ses dires, le diplomate du pape est présent depuis plus de 15 années auprès du peuple syrien à qui il a dédié son cardinalat. «Comment un représentant du pape pourrait-il être crédible s’il s’enfuit de l’endroit où on a le plus besoin de lui?», glisse-t-il à L’Avvenire en 2014, alors que la Syrie s’enfonce dans l’abîme.
Né à Vérone en 1946, Mario Zenari, qui rêvait pourtant d’être curé de campagne, est entré dans les services de la diplomatie vaticane en 1980 avant de faire ses gammes au Sénégal, au Liberia, en Colombie, en Allemagne et en Roumanie. En 1994, il est nommé observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) et de l’Office des Nations unies à Vienne.
Puis le pape Jean Paul II le fait archevêque et le nomme en 1999 nonce apostolique en Côte d’Ivoire, au Niger et au Burkina Faso. Un poste délicat puisque Rome lui demande notamment de proposer la médiation du Saint-Siège dans la crise politico-militaire qui embrase la Côte d’Ivoire à partir de 2002. Deux ans plus tard, il est envoyé au Sri Lanka où il hérite d’une autre crise, celle qui oppose Cinghalais et Tamouls et qui déchire la communauté catholique.
La Syrie, pays déchiré par les ingérences extérieures
Le nonce italien s’apprête à fêter ses 63 ans quand, en 2008, Benoît XVI le nomme en Syrie. Quelques années plus tard, la vague du «printemps arabe» déferle sur le pays, en mars 2011. L’opposition au président Bachar al-Assad est réprimée, le pays sombre dans une guerre civile dans laquelle de nombreuses puissances internationales vont s’inviter.
Le sang coule et le diplomate alerte sur le drame d’un pays qui compte encore en 2011 plus d’un million de chrétiens. Il prévient que les violences ne les visent pas spécifiquement et que la souffrance des chrétiens est la même que celle subie par les autres citoyens syriens. Il expliquera d’ailleurs que les sunnites ont payé le prix le plus élevé de cette guerre qui a notamment donné naissance à l’hydre «État islamique».
En septembre 2013, alors que les puissances occidentales hésitent à intervenir militairement, il est un des artisans de la grande veillée de prière organisée place Saint-Pierre par le pape François pour la paix en Syrie.
Un militant infatigable du dialogue
Fidèle à la ligne du Saint-Siège, le nonce Zenari milite de toutes ses forces pour que le conflit puisse trouver une solution autour de la table des Nations Unies. Avec le président Bachar Al-Assad, qu’il rencontrera officiellement à trois reprises, il maintient le dialogue, mais garde une liberté de ton, n’hésitant pas à dénoncer les exactions du régime tout comme celles des opposants islamistes.
De nature discrète, le cardinal Zenari s’emploie à témoigner des atrocités de la guerre dont lui-même a failli faire les frais. En novembre 2013, une roquette atterrit sur la terrasse de la nonciature à Damas. À 5 mètres près, elle le fauchait.
Aux médias occidentaux qui se lassent de couvrir un conflit éclipsé par d’autres, il rappelle que la catastrophe n’est pas terminée, que plus de 500’000 personnes ont péri, que plus de 11 millions de Syriens ont été déplacés et que la «bombe» de la pauvreté fait des ravages. Sans succès, il appelle à la levée des sanctions internationales, qui pénalisent la population plus durement que les cadres du régime.
Un diplomate de terrain
Si les nonces sont généralement familiers des salons, lui devient un diplomate de terrain, sillonnant des régions et des villes ravagées par les obus et appliquant à la lettre le souhait du pape François d’une «Église-hôpital de campagne». Il œuvre à la bonne coordination des fonds humanitaires provenant d’organismes chrétiens et qui financent notamment des projets de santé. L’archevêque ressent aussi l’urgence d’aider la minorité chrétienne qui ne représente désormais que moins de 3% de la population. Avec la guerre, les deux tiers des chrétiens ont fui le pays, et parmi eux, bien souvent les plus diplômés. Fatigués, les épiscopats ont eux aussi besoin d’un souffle pour affronter un quotidien sans espoir.
En 2016, quand le pape François crée de nouveaux cardinaux, il prend soin d’annoncer le nom de Mario Zenari en premier; un honneur qui révèle toute l’estime que le pontife argentin a pour celui qui est devenu, au fil des mois, ses yeux et ses oreilles en Syrie. En recevant la barrette cardinalice, le diplomate italien devient aussi le premier nonce apostolique en poste à être créé cardinal depuis la mise en place de la diplomatie moderne de l’Église. Le jour du consistoire, dans la basilique Saint-Pierre, Mario Zenari plaide devant le pape et ses frères cardinaux pour une Église du «bon Samaritain», qui se penche sur les «millions de «malheureux», adultes et enfants […] laissés morts ou à moitié morts dans les rues de leurs villages et de leurs quartiers, ou sous les décombres de leurs maisons et de leurs écoles».
En 2024, la chute de Bachar al-Assad lui donne cependant des raisons d’espérer, et il défend dès lors la place des chrétiens dans la Syrie du nouveau régime, qui n’a pas été formellement reconnu par le Saint-Siège. Malgré les signes d’ouverture du président Ahmed al-Charaa, qui a pris soin de s’entretenir avec des personnalités chrétiennes, la situation de l’Église demeure très incertaine et les violences persistent. Une église orthodoxe a été attaquée à Damas le 22 juin dernier lors d’un attentat qui a coûté la vie à 25 personnes, et le 31 décembre, un attentat dans le quartier chrétien d’Alep a été déjoué grâce à l’intervention d’un policier musulman, qui a perdu la vie.
Une succession délicate à Damas
Le cardinal Mario Zenari a participé au récent conclave de mai 2025, qui a conduit à l’élection du pape Léon XIV. Le 18 mai sur la place Saint-Pierre, lors de la messe d’installation du nouveau pontife, il a remplacé à la dernière minute le cardinal français Dominique Mamberti, victime d’un malaise, pour le rite d’imposition du pallium.
Le 80e anniversaire du cardinal Zenari précède celui d’un autre diplomate pontifical de haut niveau: le cardinal français Christophe Pierre, lui aussi toujours en poste, en tant que nonce apostolique aux Etats-Unis, aura 80 ans le 30 janvier prochain. Les nominations de leurs successeurs respectifs seront scrutées de près, mais dans le cas du successeur du cardinal Zenari se posera la question de l’accréditation du nonce auprès des nouvelles autorités syriennes.
La ligne prudente du Saint-Siège pourrait laisser présager d’une prolongation du mandat du cardinal Zenari à Damas, bien qu’il ait déjà dépassé d’une décennie l’âge de la retraite, possible pour les nonces dès leur 70ème anniversaire. (cath.ch/imedia/cv/bh)