Il n’a jamais été à la tête d’un diocèse, mais demeure depuis plus de 40 ans simple évêque auxiliaire de San Salvador : le cardinal Gregorio Rosa Chávez atteint ce 3 septembre 2022 le seuil des 80 ans, perdant donc son statut de cardinal électeur. Ce disciple et héritier de Mgr Romero porte la voix de l’Amérique centrale au sein du Sacré-Collège.
L' anniversaire de Mgr Rosa Chavez porte à 131 le nombre de cardinaux électeurs – 11 unités au dessus de la limite fixée par Paul VI – et à 95 le nombre de cardinaux non électeurs, soit 226 cardinaux au total.
Devenu le premier cardinal salvadorien de l’histoire lors du consistoire de juin 2017, Mgr Gregorio Rosa Chávez apparaissait alors comme une anomalie protocolaire : jamais en effet un évêque auxiliaire n’avait été promu au cardinalat. Mais plus qu’un poste épiscopal, c’est une filiation qui était ainsi relayée au sein du Sacré-Collège. Le cardinal a assumé son cardinalat comme « une reconnaissance imméritée au nom du bienheureux Oscar Arnulfo Romero », qu’il considère comme « une icône, le pasteur dont l’Église a besoin aujourd’hui encore ».
Mgr Oscar Romero (1917-1980), dont les relations avec l’entourage de Jean-Paul II étaient plutôt distantes, n’a en effet jamais été cardinal. Archevêque de San Salvador de 1977 à 1980, il fut assassiné en pleine messe après un épiscopat marqué par son action inlassable en faveur des pauvres et de la défense des droits humains. Béatifié en 2015 et canonisé en 2018, il fait l’objet d’une intense vénération dans son pays et dans toute l’Amérique latine.
La longue amitié du cardinal Gregorio Rosa Chávez avec Mgr Romero
Gregorio Rosa Chávez, né le 3 septembre 1942 dans la localité de Sociedad, s’était lié avec le Père Oscar Romero dès 1965, alors qu'il était séminariste. Ordonné prêtre en 1970 pour le diocèse de San Miguel, Gregorio Rosa Chávez fut ensuite envoyé en Belgique, à l’Université catholique de Louvain, pour des études de communication.
De retour dans ce pays d’Amérique centrale très instable, il sera recteur du Grand séminaire de San Salvador de 1977 à 1982, faisant ainsi partie des proches conseillers de Mgr Romero jusqu’à son assassinat.
Il devient ensuite évêque auxiliaire de la capitale salvadorienne sur nomination de Jean-Paul II, le 17 février 1982. Un an plus tard, le 6 mars 1983, il accueille le pape polonais lors de l’étape salvadorienne de sa tournée en Amérique centrale, durant laquelle le pontife se recueille sur la tombe de Mgr Romero à la cathédrale de San Salvador, dans un climat de grande tension. Le chef de l’État de l’époque, Roberto d’Aubuisson, sera ultérieurement considéré comme le commanditaire de l’assassinat de Mgr Romero par une milice d’extrême-droite.
Mentionné 17 fois dans le journal de Romero, comme le rappelle Il Sismografo, l’évêque auxiliaire de San Salvador a prolongé son héritage spirituel, notamment son engagement pour les pauvres et sa quête de paix et de réconciliation. Il a également apporté une contribution décisive pour la signature des accords de paix de 1992, qui mirent fin à 12 ans de guerre civile ayant fait plus de 100'000 morts.
Demeuré très actif malgré son âge avancé, le cardinal Gregorio Rosa Chávez occupe toujours son poste d’évêque auxiliaire, qu’il cumule avec celui de curé de la paroisse San Francisco à San Salvador, et les présidences de la Caritas salvadorienne et du réseau Caritas pour l’Amérique latine et les Caraïbes, ce qui l’amène à effectuer de nombreux déplacements. Il est par ailleurs membre du dicastère pour le Service du développement humain intégral.
Interrogé par Vatican News à l’occasion du consistoire du 27 août 2022, le cardinal salvadorien s’inquiétait de la dérive autoritaire du président actuel Nayib Bukele, alors que 50'000 membres présumés de gangs ont été récemment arrêtés et détenus dans des conditions parfois insalubres, qui auraient conduit au décès d’au moins 73 d’entre eux, selon Amnesty international. Ces arrestations massives, qui touchent une partie considérable de la population de ce pays de six millions d’habitants, montre une nouvelle fois la fragilité de l’État de droit dans ce pays marqué par une violence endémique.
Mais pour le cardinal Gregorio Rosa Chávez, même à 80 ans, le souvenir du martyre de Mgr Romero rend très concret le don de la vie jusqu’à l’effusion du sang, comme le symbolise le rouge cardinalice. En commentant le récent consistoire, il expliquait que « le pape présente une Église du martyre, c’est l’Église de Jésus-Christ. C’est une caractéristique de l’Église, la mission du martyre, où que nous nous trouvions ». (cath.ch/imedia/cv/mp)