Le 8 novembre 2025, le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster, célébrera ses 80 ans, synonyme de perte de ses droits d’électeur en cas de conclave. Figure importante dans le dialogue avec l’Église d’Angleterre, il est actuellement le seul cardinal à être évêque au Royaume-Uni.
Le 9 novembre, au lendemain de l’anniversaire du cardinal Nichols, le collège des cardinaux comptera 245 cardinaux, parmi lesquels 126 électeurs et 119 non-électeurs en cas de conclave. Le prélat anglais aura participé à l’élection d’un seul pape, celle de Léon XIV, le 8 mai dernier.
Vincent Nichols est né en 1945 dans une petite ville de la banlieue de Liverpool, sur les bords de la Mersey. Fils d’instituteurs catholiques d’origine irlandaise, il a grandi en rêvant de devenir chauffeur de camion. Mais un jour, dans les tribunes du stade d’Anfield, cœur battant de la cité industrielle, au milieu de la foule, il dit avoir entendu un appel pressant à suivre le Christ, et bien que troublé, avoir plus tard décidé de devenir prêtre.
En 1963, Vincent Nichols est donc entré au séminaire puis a été envoyé faire ses études au Venerable English College à Rome, où il a été ordonné en 1969 par Mgr Paul Marcinkus. De 1970 à 1971, il a poursuivi ses études à Manchester puis a été nommé vicaire dans une paroisse de Wigan, dans la banlieue de Liverpool. Il y est resté jusqu’en 1974.
Le Père Nichols est ensuite passé pendant un an à la Loyola University de Chicago où il a obtenu une maîtrise en éducation. Puis il est retourné à Liverpool où on lui a donné des responsabilités éducatives. L’archevêque de Westminster en a ensuite fait son bras droit en 1984 et l’a propulsé au poste de secrétaire général de la Conférence des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles jusqu’en 1992. Entre 1989 et 1996, Vincent Nichols s’est aussi engagé dans le domaine œcuménique en devenant modérateur du comité directeur du Conseil des Églises de Grande-Bretagne et d’Irlande.
Entre Londres et Birmingham
Le pape Jean Paul II le nomme en 1991 évêque auxiliaire de Westminster, avec pour responsabilité le nord de Londres. Il est consacré en 1992. Six ans plus tard, il représente les évêques européens lors du Synode des évêques de l’Océanie puis est nommé secrétaire spécial du Synode pour l’Europe en 1999.
Après la mort soudaine, en 1999, de l’archevêque de Westminster, le cardinal George Basil Hume, dont il aurait été le «protégé», il se voit confier les rênes du diocèse par Jean Paul II en tant qu’administrateur apostolique. Encore trop jeune, il ne peut toutefois succéder au cardinal défunt.
En 2000, il est nommé archevêque de Birmingham, la ville de saint John Henry Newman, où il reste pendant neuf ans. Son travail auprès des nombreuses communautés de cette cité ouvrière, des victimes de l’alcoolisme et de la drogue est unanimement salué, tout comme sa gestion de cas d’abus par des membres du clergé. En 2018, il a été néanmoins accusé d’avoir mal géré un cas. Il a nié toute dissimulation et a organisé une enquête indépendante qui a estimé qu’il n’avait pas parfaitement géré un cas, sans que cela n’entraîne pour autant de sanction à son encontre.
Archevêque de Westminster
Finalement, Benoît XVI décide de le renvoyer à Londres pour prendre la tête de l’archidiocèse de Westminster en 2009, et ce malgré l’envoi d’une lettre au pape de deux évêques anglais le mettant en garde contre un profil trop autoritaire. S’il a quelques adversaires dans l’Église catholique en Angleterre, il est globalement apprécié pour son sens du compromis, mêlant engagement pastoral et social et rigueur doctrinale.
L’année de son arrivée à Westminster, Mgr Nichols est élu président de la Conférence des évêques du Royaume-Uni et du Pays de Galles à l’unanimité. En 2010, il reçoit la visite de Benoît XVI au Royaume-Uni, la dernière d’un pape dans son pays.
Après l’élection du pape François en 2013, Mgr Nichols commence à se voir confier des responsabilités à Rome, avec d’abord un siège à la puissante congrégation pour les Évêques en 2013 et un autre à celle des Églises orientales en 2014. Cette même année, il est élevé à la pourpre cardinalice. Il a activement participé aux Synodes sur la famille en 2014 et 2015.
Un rapprochement avec la couronne britannique
Sous le pontificat de François, le cardinal Vincent Nichols participe au rapprochement entre la couronne britannique, protectrice de l’Église d’Angleterre, et l’Église catholique anglaise. Après la mort de la reine Elizabeth II le 8 septembre 2022, il participe activement aux obsèques. Il a aussi un rôle dans la cérémonie de couronnement de Charles III – une première pour un prélat catholique depuis le sacre d’Elizabeth Ire en 1559.
Le cardinal est autorisé en 2025 à célébrer les premières obsèques catholiques de la famille royale – de la duchesse de Kent. Il accompagne la même année le roi Charles III à Rome pour un voyage lors duquel des titres religieux honorifiques sont échangés entre le pape Léon XIV et le souverain. Le cardinal avait auparavant participé à l’élection du pontife nord-américain après la mort du pape François.
Qui pour remplacer le cardinal Nichols?
Avec le 80e anniversaire du cardinal Nichols, il ne reste désormais plus qu’un seul cardinal britannique au sein du collège électeur: le cardinal Arthur Roche, préfet du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements. Ce dernier est membre de la Curie romaine – et pourrait prochainement prendre sa retraite, ayant atteint les 75 ans canoniques.
Pour l’heure, le cardinal Nichols reste archevêque de Westminster, mais il est probable que Léon XIV procède à la nomination de son successeur prochainement. Son archidiocèse, situé Londres, est souvent amené à jouer un rôle institutionnel et est considéré comme le plus important de l’Église catholique au Royaume-Uni. Il a toujours été accompagné de la barrette cardinalice ce dernier siècle. Le choix du prochain archevêque sera donc particulièrement surveillé.
Le successeur du cardinal Nichols aura notamment pour tâche de dialoguer avec la prochaine archevêque de Canterbury, Sarah Mullaly, qui doit être installée en janvier prochain. Une tâche délicate: si les relations avec le primat anglican ont été excellentes sous le pontificat de François, la Communion anglicane connaît une grave crise interne. (cath.ch/imedia/cd/bh)