Le cardinal König, ancien archevêque de Vienne, a 85 ans (020890)
Vienne, 2août(APIC) L’ancien archevêque de Vienne, le cardinal Franz König, a dit sa préoccupation face à la "tendance à une polarisation toujours
plus grande" dans l’Eglise catholique dans une interview accordée à l’agence de presse autrichienne "Kathpress" à l’occasion de son 85e anniversaire,
qu’il fêtera le 3 août. "Si dans l’Eglise s’installait un climat où le
dialogue loyal n’apparaîtrait plus possible, où règnerait la méfiance
réciproque, où l’on commencerait à voir celui qui pense autrement comme
l’"adversaire", voire l’"ennemi" au lieu de le considérer comme un
chrétien, alors ce serait néfaste pour l’Eglise et sa crédibilité", a
souligné le cardinal.
Chacun dans l’Eglise doit être prêt à accepter l’autre, à respecter ses
intentions et à chercher avec lui une base de dialogue positive: "Le pape,
les évêques et les prêtres aussi bien que tout autre croyant". "Il y a sûrement encore beaucoup de choses à améliorer dans ce sens, notamment en ce
qui concerne les relations entre Rome et les Eglises locales ainsi que les
relations entre les Eglises locales", a constaté le cardinal. Un dialogue
"mieux conduit et qui cherche avec plus d’insistance le but à atteindre"
peut permettre de trouver une solution à de nombreux conflits qui existent
à l’heure actuelle.
Le Concile Vatican II: "Un élan remarquable"
Pour le cardinal König, l’Eglise catholique a connu "durant le Concile
Vatican II et après un remarquable élan". Elle a prouvé sa capacité à "se
renouveler intérieurement et à relever les défis de son temps". Elle a aussi donné des impulsions et des orientations valables jusqu’à aujourd’hui.
Elle a "mis en mouvement des fronts immobiles" dans ses relations avec les
autres Eglises chrétiennes, dans le dialogue entre autres avec le judaïsme
et les autres religions du monde ou "avec des forces et des puissances politiques".
Le cardinal König a souligné que l’Eglise en Afrique, en Asie du Sud et
en Amérique latine connaît un "immense essor"; en Europe, malgré "l’évaporation de la foi", on assiste à un "élan intérieur". Les chrétiens "découvrent qu’en tant que baptisés et confirmés dans l’Eglise ils ont des
responsabilités, ils doivent dialoguer et s’occuper des affaires de l’Eglise". Le christianisme européen aussi est "devenu plus mûr et solidaire":
"L’image de l’Eglise héritée du Concile Vatican II a aussi donné à l’Eglise
de la ’vieille’ Europe un nouveau visage". Il existe à l’heure actuelle des
forces "qui remettent en question le Concile", mais aussi des groupes "qui
veulent jeter par-dessus bord tout ce à quoi l’on ne peut renoncer". La mise en oeuvre du Concile Vatican II n’est est "qu’à ses débuts". Il est donc
naturel que des tensions se créent dans l’Eglise.
L’activité théologique: liberté et lien ecclésial
A la question de savoir s’il voyait la "liberté de la théologie menacée"
dans l’Eglise catholique, le cardinal König a répondu: "Deux choses ne doivent en aucun cas être objets de controverses: le fait que la théologie
comme science a besoin d’un espace de liberté et le fait qu’elle ne peut
remplir sa tâche qu’à l’intérieur de la communuauté ecclésiale et en lien
étroit avec elle". Où l’on affaiblit l’une ou l’autre de ces conditions, on
fait naître un déséquilibre, dont l’Eglise souffre à la longue. Que la
théologie comme toute autre science donne lieu à des discussions "ne
devrait pas nous inquiéter".
Le cardinal se réjouit du fait que l’Eglise "ait faite sienne la question des droits de l’homme". Autre motif de joie: la liberté et la démocratie sont "aujourd’hui clairement au premier plan" des préoccupations du
monde, bien qu’en de nombreux pays de la planète existent "encore de graves
déficiences" en ce domaine. "C’est un scandale à notre époque que des millions d’hommes en Afrique, mais aussi dans d’autres parties du monde, meurent littéralement de faim alors qu’on pourrait les aider sans pour autant
que cela demande de dramatiques sacrifices à la société de consommation".
La tolérance, mais sans renier les principes
Aussi importante que soit la lutte pour plus de justice, l’Eglise ne
doit pas s’y tenir strictement: "des valeurs autres que matérielles contribuent à la qualité de la vie humaine, dans les domaines spirituel, culturels, éthique et religieux. Y contribue également un climat de tolérance
dans la société, dans laquelle l’esprit communautaire l’emporte sur la division, les conflits ne sont pas portés dans un esprit de rancune, un équilibre des intérêts correct est possible, où les minorités et les groupes
marginaux puissent se sentir acceptés". Mais l’un des principes "dont en
conscience on ne peut s’écarter est pour nous chrétiens la protection sans
conditions de la vie humaine sous toutes ses formes et à tous ses stades",
a affirmé le cardinal König.
Le cardinal König satisfait des changements à l’Est
L’ancien archevêque de Vienne se déclare "heureux" des changements récents survenus sur le continent européen ainsi que dans les relations entre
l’Est et l’Ouest. La fin de la course aux armements comme la confrontation
politique et militaire est "le seul chemin pour protéger l’humanité de la
catastrophe qui pourrait la détruire toute entière". Le cardinal se dit
surpris par le "tempo" auquel les changements se sont déroulés à l’Est, lui
qui a misé des années durant sur une transformation intérieure des systèmes
et des sociétés à l’Est. (apic/kpr/gbr/cor)