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    La désunion aggrave beaucoup la situation dans le sud

    Le cardinal Danneels, de retour du Soudan: (040394)

    Bruxelles, 4mars(APIC) "Donnez-nous deux camions et un prêtre": cette demande, adressée au cardinal Danneels dans un camp de réfugiés du sud du

    Soudan, résume assez bien à ses yeux les besoins des populations locales.

    De l’aide humanitaire, bien sûr, mais aussi une aide religieuse, car la responsabilité du régime islamique de Khartoum ne peut occulter celle des

    factions du sud, qui tiennent les populations en otage.

    Mgr Danneels, qui est le premier cardinal à se rendre dans le sud du

    Soudan, avait été invité, en sa qualité de président de Pax Christi International, par Mgr Paride Taban, évêque de Torit et président du Nouveau

    Conseil des Eglises du Soudan. Il était accompagné par Etienne De Jonghe,

    secrétaire général du mouvement international, et par Jan Gruiters, de la

    section néerlandaise, qui s’était déjà rendu en mission sur place fin 1993.

    De Nairobi (Kenya), la délégation s’est rendue dans deux localités du

    sud, Ler et Nimule, proches de l’Ouganda, dans une région qui se trouve

    sous le contrôle de forces rebelles au régime de Khartoum, elles-mêmes divisées. "En effet, chez les chrétiens du sud, il n’y a pas d’unité, pas de

    réconciliation. Il y a au moins deux camps... Il ne s’agit donc pas simplement d’une guerre civile entre le Nord arabe et musulman et le Sud chrétien

    et africain, mais, hélas aussi d’un conflit entre factions rivales du Sud",

    a souligné Mgr Danneels. C’est pourquoi la délégation s’est rendue dans

    chacune des régions contrôlées par l’un et l’autre camp. La situation soudanaise est d’ailleurs d’une grande complexité puisque, comme l’a signalé

    J. Gruiters, la désunion dans le sud se double de l’oppression exercée dans

    le nord également par le régime fondamentaliste de Khartoum.

    On ne sait plus d’où viennent les balles

    Aux yeux du cardinal Danneels, on ne peut pas parler, dans le cas du

    Soudan également, d’une guerre de religion. Comme ailleurs, on se trouve en

    présence d’une lutte pour le pouvoir où, si les facteurs religieux entrent

    en ligne de compte et sont même exploités, les rivalités personnelles et

    ethniques divisent entre eux aussi bien les musulmans que les chrétiens.

    Une agression du sud chrétien par le nord islamique serait déjà grave, commente le cardinal. "Mais ce qui aggrave encore beaucoup la situation, ditil, c’est qu’au sud même les chrétiens ne sont pas unis. Il y a au moins

    deux factions, si pas trois, qui s’entre-tuent, de sorte qu’on ne sait plus

    d’où viennent les balles".

    Le cardinal Danneels a été impressionné par la vitalité de la foi qui

    anime les populations locales dans des circonstances désespérées. Elle a pu

    constaté sa ferveur lors d’une messe en plein air que le cardinal Danneels

    a concélébrée avec Mgr Taban le dimanche 27 février. 4.000 personnes y ont

    assisté, sous un soleil brûlant, à leur troisième messe en dix ans.

    La délégation a surtout été impressionnée par le sentiment qu’ont les

    populations rencontrées que la communauté internationale se désintéresse

    complètement de leur sort. "Nous avons rencontré des populations très menacées par la guerre, qui vivent dans d’énormes difficulté, pas tellement du

    point de vue économique ou de la faim, l’aide humanitaire étant assez bien

    organisée dans cette région, mais à cause de la crainte constante des bombardements qui peuvent survenir à tout moment. Ce qui augmente encore leur

    peine et leur souffrance, c’est qu’ils se sentent délaissés par les communautés catholiques de par le monde", souligne Mgr Danneels.

    Aux yeux du cardinal, ces bombardements visant des objectifs civils ont

    pour unique but de semer la panique pour obliger les populations à prendre

    la fuite. Avec pour résultat que ces populations se trouvent hors d’atteinte des convois d’aide humanitaires, qu’elles ne peuvent plus semer ni faire

    redémarrer l’économie. Ces populations sont en outre complètement inféodées

    aux forces militaires du sud, qui les tiennent en otage. Les bombardements

    ont pour effet non seulement de déstabiliser complètement le sud du Soudan,

    ajoute le cardinal, mais aussi de refouler de plus en plus les populations

    vers l’Ouganda et le Kenya et de déstabiliser aussi l’économie de ces pays.

    Que cessent les bombardements

    La première urgence, pour le cardinal Danneels, est de faire en sorte

    que cessent les bombardements sur les populations civiles, qui sont une

    violation flagrante des règles les plus élémentaires, et notamment de la

    Convention de Genève, que le Soudan a signée. La deuxième est de favoriser

    les négociations.

    La guerre prolongée au Soudan devenant une charge trop lourde pour les

    pays voisins, et notamment pour l’Ouganda et le Kenya, où affluent les réfugiés soudanais, il s’agira ensuite, préconise la délégation, d’assurer

    l’appui politique et matériel de la communauté internationale aux négociations menées sous les auspices de l’IGADD (Intergovernemental Agency for

    Drought and Development). Pax Christi International insiste beaucoup sur la

    nécessaire coordination des négociations, les initiatives prises en ordre

    dispersé hypothéquant souvent toute chance de succès. A ce propos, Pax

    Christi se réjouit que les Eglises et les O.N.G. travaillent de plus en

    plus en harmonie.

    A ce titre, la délégation préconise également de soutenir les Eglises,

    notamment à travers le Conseil oecuménique soudanais (NSCC) que préside Mgr

    Taban. "Depuis trois an, les Eglises font des efforts incroyables pour réconcilier les factions chrétiennes, car sans cette réconciliation, il est

    impossible de traiter avec Khartoum", relève Mgr Danneels, qui avoue avoir

    rarement vu une situation à ce point inextricable, "presque sans solution

    si les chrétiens du sud ne commencent pas par se réconcilier", dit-il. Mgr

    Taban l’a rappelé sans ménagement au colonel local de Ler, en présence du

    cardinal: "De quoi vous plaignez-vous? Vous vous plaignez de l’Europe, de

    l’ONU, du Christ qui ne vous sauve pas, des Eglises, des chrétiens des autres pays, mais commencez par vous réconcilier!"

    Le cardinal Danneels a insisté sur le rôle incontournable des Eglises,

    car elles "sont pour le moment, dans le sud du Soudan, les seules instances

    qui garantissent encore un certain tissu social".

    Une demande entendue dans un camp de réfugiés a frappé le cardinal:

    "Donnez nous deux camions et un prêtre". Une demande qui résume bien ce

    dont ont besoin les populations du sud, dit-il, à savoir "une aide humanitaire et une aide religieuse, car depuis des années il n’y a plus aucun

    prêtre dans cette région. J’ai même entendu un plaidoyer pour avoir un prêtre catholique de la part d’un protestant", ajoute Mgr Danneels.

    Outre une réflexion sur la politisation croissante de l’aide humanitaire

    - qui ne peut être en aucun cas un prétexte pour en priver le Soudan -, la

    délégation de Pax Christi International insiste très fort pour que s’organisent "des visites de délégations ecclésiales, politiques et non gouvernementales comme signe de solidarité et contribution au processus ’permanent’

    d’observation des évolutions actuelles au Soudan du Sud". A ce propos, on

    rappellera que la visite était le prolongement d’une mission exploratoire

    effectuée de Pax Christi dans le Sud-Soudan en octobre-novembre 1993, dont

    un rapport, intitulé "Sudan, A Cry for Peace" (Soudan, un cri pour la

    paix), sera remis par le cardinal Danneels à Mgr Paride Taban. Pax Christi

    International envisage d’effectuer une autre visite au Soudan dès cette année, dans le Nord et à Khartoum cette fois, à laquelle prendrait part encore le cardinal Danneels.

    Parmi d’autres initiatives promues par Pax Christi International, on signalera encore une session sur le Soudan qui sera organisée à Rome en avril

    prochain, dans le cadre du synode africain, et des initiatives politiques

    des sections locales, entre autres aux Pays-Bas, en Grande- Bretagne, en

    Belgique et aux Etats-Unis. (apic/cip/pr)

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