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    Bruxelles, 20 décembre 1994 (CIP) Une vingtaine de lecteurs du quotidien

    Le cardinal Danneels à la rencontre des lecteurs d’un journal catholique

    catholique "La Libre Belgique" ont été reçus récemment à Malines par le

    cardinal Godfried Danneels. Dans son édition du 20 décembre, le journal

    rend longuement compte de cette rencontre "à bâtons rompus". Les lecteurs,

    note le journal, "ont exprimé, avec beaucoup de sincérité et de franchise,

    leurs questions, leurs doutes, leurs sentiments, leurs inquiétudes, et

    parfois leur désarroi, de chrétiens dans l’Eglise actuelle". L’archevêque

    leur a répondu "avec simplicité et conviction". A propos de l’école

    chrétienne, le cardinal partage les préoccupations dont des parents lui

    font part, tout en soulignant la nécessité de s’adapter à de nouvelles

    situations, et donc d’être une école "beaucoup plus missionnaire".

    L’archevêque sla solidarité, la réconciliation, la tolérance". Mais "une

    école qui ne transmet que les valeurs chrétiennes sans la relation vivante,

    personnelle et interpersonnelle au Christ, est une école en danger". Le

    suicide des jeunes a particulièrement interpellé une lectrice, surtout

    après le refus d’un prêtre de célébrer une liturgie de funérailles en

    pareil cas. Pour le cardinal Danneels, "ce prêtre a agi en opposition

    totale avec ce que demande l’Eglise". Certes, il fut un temps où l’on

    refusait pareilles célébrations par souci pédagogique d’éviter toute

    complaisance devant le suicide. Mais il s’est avéré qúun tel souci était en

    porte-à-faux par rapport à la souffrance vécue. Dès lors, si quelqúun s’est

    suicidé, il est bon que l’Eglise, à l’occasion de l’enterrement religieux,

    prie pour lui. L’archevêque réclame, par ailleurs, une attention aux causes

    du suicide : "Pour vivre, il faut avoir des points d’attache et de

    référence. Si ceux-ci ne sont pas stables - le travail, les parents, les

    amis, la société, la religion, la culture... -, on souffre d’un vertige

    préparatoire au suicide. Mais comment faire ? Car le suicide est aussi la

    conséquence immédiate d’un vide de sens, aujourd’hui assez grand et

    momentanément rempli par de pseudo-points de référence, eux aussi très

    instables, que sont la drogue, l’alcool, le sexe, etc." L’échange rebondit

    donc sur la question de l’éducation et de l’avenir des jeunes. "Offrir un

    peu de bonheur aux jeunes, souligne le cardinal, c’est directement

    proportionné aux valeurs qúon leur donne et leur transmet." Cela suppose

    une autorité parentale. Or, "notre société connaît une énorme crise de

    paternité et de maternité. Peut-être plus encore de paternité." Il y a lieu

    aussi d’éduquer les enfants à "opérer des choix", donc à comprendre que

    "faire un choix en exclut un autre". L’éducation implique l’apprentissage

    de la "part de souffrances et de solitude" que comporte l’existence. Enfin,

    le cardinal Danneels insiste sur "l’Eglise domestique", l’Eglise en

    famille. "Il ne faut pas attendre que la messe soit intéressante pour

    l’enfant. Il y a beaucoup d’autres choses à faire à la maison" pour l’éveil

    religieux de l’enfant, pour l’initiation à la prière, pour la transmission

    de connaissances religieuses nécessaires au "reboisement de la mémoire

    collective". "Une religion qui se vit dans le bâtiment d’une église, sans

    que rien ne corresponde à la maison, ne tiendra pas." Des lecteurs

    s’étonnent que l’âge de la confirmation puisse varier. Le cardinal sait que

    la question est discutée. "L’Eglise orientale, rappelle-t-il, a opté pour

    les trois sacrements d’initiation (baptême, confirmation et communion) en

    même temps. Contrairement à l’Eglise occidentale latine. Parce que celle-ci

    a voulu que la confirmation soit reliée à l’évêque. Et celui-ci ne peut

    évidemment être présent à tous les baptêmes." On a cru, en retardant la

    confirmation à l’âge de 16 ou 18 ans, que l’on préserverait la pratique

    religieuse des jeunes. L’expérience ne confirme pas cette hypothèse. Et

    surtout, cette postposition de la confirmation en transforme le sens : de

    sacrement d’initiation, elle devient "sacrement de la militance".

    L’archevêque reste donc partisan de la confirmation à l’âge de 12 ans. Deux

    mois après la lettre du Vatican sur l’accès des divorcés remariés à la

    communion eucharistique, la question est revenue sur la table. Le cardinal

    a redit la position des évêques de Belgique, soulignant "le rôle important

    du discernement de la conscience personnelle bien formée" et réaffirmant

    "qúil n’appartient pas au ministre de la communion de refuser publiquement

    l’accès à celle-ci, sauf en cas de provocation ou de grave scandale."

    Au-delà du cas particulier des divorcés remariés, l’archevêque insiste

    surtout pour qúil n’y ait, en aucun cas, "banalisation de la communion",

    qui n’est jamais un "droit", mais "toujours une grâce". "Quand on communie

    mal, on pèche. Il faut rendre au Seigneur, dans son corps et son sang, le

    respect et l’honneur." Dernière des questions retenues par "La Libre

    Belgique" : la difficulté de concilier les "messages" émanant du pape ou de

    Rome avec les points de vue de l’évêque ou du pasteur le plus proche et,

    enfin, la conscience personnelle. Pour le cardinal Danneels, il faut tenir

    compte des trois : de "l’objectivité de la norme" souvent rappelée par Rome

    ; de "l’interprétation et l’application de la norme à une situation

    concrète culturelle donnée", ainsi que peuvent en proposer le pasteur ou

    l’évêque ; enfin, de la conscience personnelle. Le pape a son propre rôle,

    annoncé par le rôle de Pierre dans les évangiles : "Il y a, dans l’Eglise,

    une personne qui peut déterminer, à un certain moment, ce qui va dans la

    ligne de la volonté du Christ sur son Eglise. Le perdre, c’est perdre

    quelque chose de fondamental. Ceci dit, il y a différents styles pour

    exercer cette confirmation dans la Foi." Le cardinal Danneels croit donc

    possible qu’au troisième millénaire, la fonction papale "puisse s’exercer

    un peu autrement". En attendant, tout en reconnaissant la "personnalité

    forte" de Jean-Paul II, il relève que "le pape a un véritable désir de

    collégialité".

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