Le cardinal Juan Luis Cipriani Thorne, archevêque émérite de Lima (Pérou), aujourd’hui âgé de 81 ans, a été sanctionné en 2019 par le Vatican en raison d’accusations d’abus sexuels sur mineurs, a confirmé le Saint-Siège, via Vatican News, le 26 janvier 2025. La veille, un article du quotidien espagnol El País avait révélé l’existence de ces sanctions contre ce membre de l’Opus Dei, qui assure les avoir respectées tout en clamant son innocence.
Les sanctions, toujours en vigueur, ont été imposées «par un précepte pénal assorti de mesures disciplinaires» de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (aujourd’hui dicastère pour la Doctrine de la foi) au cardinal juste après sa démission le 25 janvier 2019, affirme le Saint-Siège.
L’archevêque de Lima (entre 1999 et 2019) avait dépassé l’âge canonique de la retraite quelques jours auparavant – il avait fêté ses 75 ans le 28 décembre 2018. Sa renonciation était donc passée inaperçue à l’époque, mais elle aurait en fait été précipitée par le pape.
Certaines permissions accordées
Selon Matteo Bruni, le cardinal s’est à l’époque vu assigner l’obligation d’une résidence permanente en dehors du Pérou, l’interdiction de porter les insignes cardinalices en public, une restriction du ministère sacerdotal et le silence. Il insiste sur le fait que ces mesures restent «toujours en vigueur». Ces sanctions correspondent à celles imposées à d’autres prélats, par exemple à Mgr Carlos Ximenes Belo, évêque du Timor oriental et prix Nobel de la Paix en 1996.
La décision du dicastère pour la Doctrine de la foi a été «signée et acceptée» par le cardinal Cipriani, assure le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, tout en reconnaissant «qu’en certaines occasions, certaines permissions aient été accordées pour répondre à des demandes liées à l’âge et à la situation familiale du cardinal». Le 7 janvier dernier, le cardinal était rentré à Lima, où il avait reçu la médaille du mérite de la municipalité de Lima des mains du maire de la ville, Rafael López Aliaga.
Des attouchements datant de 1983
El País révèle qu’un homme aujourd’hui âgé de 58 ans affirme avoir été abusé par le cardinal en 1983 dans un centre de l’Opus Dei à Lima, alors qu’il avait entre 16 et 17 ans. Il raconte que, lors d’une confession, le cardinal lui aurait passé la main sous un vêtement, l’aurait caressé et lui aurait donné des baisers.
La victime présumée assure avoir prévenu des responsables de l’Opus Dei à l’époque, et, des années plus tard, s’être décidé à avertir le pape François en 2018 après avoir constaté les sanctions sévères qu’il avait imposées à l’épiscopat chilien, alors empêtré dans un grave scandale d’abus. Le pontife lui aurait alors envoyé un représentant pour l’écouter et aurait pris au sérieux ses accusations. Il révèle qu’une autre plainte contre le cardinal Cipriani aurait été adressée en 2002.
Le cardinal Cipriani se dit innocent
Dans un communiqué (relayé par Vatican News), le cardinal Cipriani a qualifié ces accusations de «complètement fausses» et s’est dit «totalement innocent». Il a cependant confirmé l’existence des sanctions – qu’il a assuré avoir toujours respectées. Il a expliqué en avoir été informé par le nonce au Pérou en 2019 après que des accusations aient été portées contre lui en 2018.
L’archevêque émérite de Lima déclare avoir accepté les sanctions «sans avoir été entendu» par un tribunal. Il déplore que ces données confidentielles, qui proviendraient de documents du Saint-Siège, aient été publiées «partiellement». «Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’un cardinal est faussement accusé», assure-t-il.
Le cardinal Cipriani explique avoir habité à Rome entre 2019 et 2024 où il s’est acquitté de sa mission de membre du dicastère pour les Causes des saints, puis avoir déménagé à Madrid après ses 80 ans. Il assure soutenir «la lutte de l’Église pour éradiquer ce fléau, suivant les instructions de Jean Paul II, Benoît XVI et le leadership particulier du pape François, mettant les victimes au centre».
Le premier cardinal de l’Opus Dei
Le cardinal Cipriani a été l’homme fort de l’Église catholique au Pérou pendant deux décennies. Réputé conservateur, il a aussi été le premier cardinal membre de l’Opus Dei, important mouvement laïc (90’000 membres) fondé par le prêtre espagnol Josémaria Escrivá en 1928 et institué comme prélature personnelle par le pape Jean Paul II en 1982.
Ces révélations sur l’archevêque émérite de Lima sont un nouveau tremblement de terre dans l’Église catholique au Pérou, quelques jours seulement après l’annonce de la dissolution par le pape François de la Sodalité de Vie Chrétienne (SVC), organisation catholique fondée dans le pays andin. Une récente enquête du Vatican avait révélé des cas d’abus sexuels de la part de son fondateur, mais aussi des problèmes d’abus spirituels et physiques et de mauvaise gestion financière chez ses membres.
Complicité avec la Sodalitium?
Durant son mandat comme archevêque de Lima, le cardinal Cipriani avait été mis en cause par certains médias péruviens qui lui reprochaient sa gestion des cas d’abus dans la Sodalité, apparus au début des années 2000. «Le cardinal Cipriani était le cardinal de l’Opus Dei dont la Sodalitium avait besoin», a confié la victime présumée à l’agence AP, affirmant que le mouvement avait bénéficié de complicité au sein de la hiérarchie catholique et à Rome. Le cardinal Cipriani a pour sa part assuré avoir respecté les règles en traitant les accusations pendant son mandat. (cath.ch/imedia/cd/rz)