Le Burkina Faso, pays dirigé par un régime militaire, a retiré coup sur coup, en juin 2025, l'autorisation d’exercer à onze ONG, dont quatre étrangères. Il a aussi suspendu pour trois mois deux autres associations, dont la Communauté de Sant’Egidio.
Cela a commencé avec la suspension pour trois mois de l’Action œcuménique suédoise Diakonial, par un arrêté du 4 juin 2025 dans lequel ne figure aucun motif officiel. Cette association exerce au Burkina Faso depuis novembre 2015 pour le renforcement de la société civile et les droits humains.
Toute une série d’ONG se sont vues ensuite signifier leur interdiction de continuer à exercer leurs activités au Burkina Faso, par des arrêtés datés du 16 juin 2025. Le ministre de l’Administration territoriale Émile Zerbo a déclaré que cette décision a été prise pour «non-respect de l’obligation de signature de la convention d’établissement», un document obligatoire pour toute activité sur le territoire national.
Sont affectées: la Coalition internationale des chrétiens hommes, femmes d’affaires et décideurs (CICHFD), l’Associazione don Bartolomeo Del Gaudio pro Africa ETS, Dignity-Institut danois contre la torture, l’Alliance pour une mine responsable-Europe (ARM Europe) – toutes 4 étrangères - ainsi que Pratical Action, Legamondo, Une goutte d’eau au Faso, Saint Joseph berger fidèle en Afrique (JBFA), l’Alliance panafricaine des scénaristes et réalisateurs de théâtre, de la radio et de nouvelles technologies, l’Association de gestion collective APASER, le Tony Blair Institute et la Mission évangélique de la foi internationale (MEFINT).
Le travail pour les enfants de San't Egidio
Quelques jours plus tard, le 25 juin, la Communauté chrétienne de Sant’Egidio a été à son tour suspendue pour «trois mois renouvelables». Cette association d’aide aux plus démunis et spécialisée dans la diplomatie de la paix exerce au Burkina Faso depuis juillet 2019. Elle est accusée d’avoir effectué une «collecte de données à caractère personnel sur le territoire burkinabè et leur hébergement à l’étranger sans autorisation préalable».
Cette association chrétienne gère notamment au Burkina Faso son programme BRAVO! qui vise à garantir à tous les enfants un certificat de naissance (Birth Registration for All Versus Oblivion), un droit humain fondamental au sens de l’art. 7 de la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfant. Sur 125 millions d’enfants qui naissent chaque année, 51 millions, soit plus de 40%, ne sont pas enregistrés à la naissance.
En Afrique subsaharienne, 85 millions d’enfants de moins de cinq ans n’ont pas d’actes de naissance, soit 56% d'entre eux. Or les enfants non enregistrés sont plus facilement exposés à toutes formes d’abus. "Privés d’existence légale, ces enfants n’ont souvent pas accès aux services de base, comme l’éducation et la santé, et leurs petites vies sont plus exposées au trafic d’êtres humains, à l’exploitation sexuelle, au mariage précoce, au travail des mineurs, à l’enrôlement dans les forces armées", décrypte l'organisation.
Au nom de la souveraineté du pays
Les autorités du pays évoquent la nécessité de remettre de l’ordre administratif dans le paysage associatif du pays et de «s’assurer que toutes les entités étrangères opèrent en pleine conformité avec les lois nationales». Mais selon des observateurs étrangers, cette action obéit plutôt à des objectifs politiques autoritaires.
Suite à deux coups d’État successifs, les autorités militaires ont pris les rênes du pays en septembre 2022 et Ibrahim Traoré est devenu le président de ‘transition’ du pays. Annonçant quelques mois plus tard de grandes offensives à venir contre les djihadistes, il a renforcé sa coopération militaire avec la Russie. Il a été reconduit dans sa fonction présidentielle le 25 mai 2024, au terme de nouvelles assises de la transition auxquelles n'ont participé ni les collectifs de la société civile ni les partis d’opposition.
Au nom de la souveraineté du pays et de la lutte contre les violences djihadistes qui endeuillent le pays depuis 10 ans, les autorités militaires répriment les voix discordantes. Elles semblent aussi vouloir se débarrasser des témoins étrangers possiblement gênants. Des enlèvements de membres de la société civile et de journalistes ont été signalés, des diplomates accusés d'«activités subversives» ont été expulsés et plusieurs médias étrangers ont été suspendus, comme TV5 Monde.
C'est dans ce contexte qu'il faut lire la radiation ou suspension de cette série d'ONG. (cath.ch/ag/arch/lb)