Le Bouveret, 30mai(APIC) Le 7ème rencontre de Mission et Romandie,
organisée par le GCMSR (Groupe de coopération missionnaire en Suisse
romande), a réuni à l’Ecole des missions au Bouveret les 28 et 29 mai
quelque 300 personnes engagées dans l’évangélisation pour une réflexion sur
leur action et leurs projets. "Le peuple de Dieu annonce l’Evangile" était
le thème de ces journées de remise en question, mais aussi de partage en
profondeur d’expériences vécues. Des témoignages d’Amérique latine ont
éclairé la réflexion et renforcé la conviction missionnaire de chacun.
Conférences, carrefours, célébrations et soirée récréative animée par le
groupe bolivien Coca ont constitué les temps forts du rassemblement.
Invité à témoigner de son expérience d’évangélisation dans son pays, Mgr
Marcelo Pinto Carvalheira, évêque du Nord-Est brésilien, chargé de
l’apostolat des laïcs dans la Conférence des évêques du Brésil, a insisté
sur la présence de plus en plus active des pauvres dans la vie de l’Eglise.
Bâtisseurs de l’histoire, ceux-ci amènent les oppresseurs à se rendre
compte de la nécessité d’abandonner leurs privilèges. Le milieu populaire
qui émerge aujourd’hui dans et par l’Eglise invente une nouvelle manière de
vivre la fraternité. Evoquant les étapes de l’histoire que sont le Concile
Vatican II et les assemblées de Medellin et de Puebla, Mgr Carvalheira a
réaffirmé sa conviction d’un engagement de l’Eglise peuple de Dieu aux
côtés des pauvres qui sont les artisans de leur libération : "Nous devons
nous associer à la cause historique du pauvre et nous convertir à la
fraternité". Une fraternité qui, suscitant une floraison de ministères
laïcs, oblige la hiérarchie à se remettre en question en découvrant le
potentiel évangélique des pauvres.
José Bravo, Equatorien au service de l’Eglise catholique de Neuchâtel,
a, à partir d’une analyse sociale et économique de la réalité, tenté de
définir la notion de "peuple". "Lieu social décisif ou se jouent avec une
pureté étonnante les valeurs évangéliques que sont la pauvreté, la faim et
la soif de justice, la solidarité et le partage", il constitue la base du
travail ecclésial qui est "dénonciation et destruction du mal et de
l’injustice comme contraire au salut". Le peuple, pour José Bravo, "a une
existence et une conscience propre" que tous en Eglise ont à découvrir et
encourager. "Pourquoi ne pas se laisser interpeller par la simplicité des
pauvres et être évangélisé par eux", a lancé José Bravo au terme de son
exposé.
Frère Mario Rafael Toro a partagé son expérience franciscaine de vie
avec les plus pauvres en Colombie, une vie qui par les exigences qu’elle
implique est une évangélisation par les pauvres. Elle a transformé sa
prière en y intégrant les richesses de nouvelles cultures, simplifié la vie
communautaire en instaurant une relation de partenariat, provoqué
l’identification avec les valeurs des pauvres et l’insertion libératrice
dans le peuple : "Nous devons être là pour travailler avec les pauvres".
Frère Toro a terminé par une interrogation à l’Eglise de Suisse : "Que
signifie être chrétien dans une telle Eglise ?".
La rencontre a débouché sur 3 objectifs : encourager en Suisse les
moyens d’analyse de la réalité, aller vers les autres pour, en accueillant
leurs richesses, porter un autre regard sur notre manière de vivre,
susciter des lieux de partage en profondeur des questions essentielles. Une
célébration oecuménique a mis un terme à ces deux jours de partage et de
réflexion missionnaire. (apic/cor/ym)