Lausanne: Terre des hommes lance sa campagne de printemps (260393)
Lausanne, 26mars(APIC/Jacques Berset) L’aide humanitaire, quand elle devient "l’indécent spectacle" médiatisé de l’opération onusienne en Somalie,
cache les vrais problèmes et évite de les résoudre, estime le célèbre pédiatre français Alexandre Minkowski. Invité jeudi en Suisse romande par
Terre des hommes à Lausanne, qui lance sa campagne de printemps axée sur
"les enfants et la guerre", le professeur Minkowski n’hésite pas à prôner
une intervention militaire décidée et efficace pour éviter les génocides
programmés.
"L’ingérence humanitaire, il y a des moments où c’est du cirque", lance
cet écorché vif, en évoquant le ministre français Bernard Kouchner en Somalie, avec son sac de riz sur le dos... et les caméras de tv à profusion!
Surtout si elle donne bonne conscience et sert à masquer l’impuissance du
monde civilisé!
L’ONU, la "cathédrale des voeux pieux"
Pour cet homme âgé de 77 ans, qui a vécu les deux guerres mondiales,
connu la persécution antisémite sous Pétain, et visité de nombreux théâtres
d’opérations ces dernières décennies, comme le Vietnam, le Cambodge, le Liban, Israël et les Territoires occupés, l’ONU est devenue une bureaucratie
impuissante, une "cathédrale des voeux pieux".
Aujourd’hui, face à "l’ethno-génocide" serbe en Bosnie, il en vient à
souhaiter la mise sur pied d’une armée onusienne efficace. Une force capable d’intervenir et de mener la guerre préventive quand il s’agit d’empêcher l’extermination de peuples entiers: "Si on était intervenu après Vukovar, on aurait pu stopper la guerre, en bombardant les 600 sites militaires
serbes les plus importants, et l’on n’en serait pas là où l’on en est en
Bosnie!" Parce que dans l’ex-Yougoslavie, comme ailleurs, la guerre tue
d’abord les enfants et les mères et ceux qui restent sont traumatisés pour
la vie.
Depuis sa retraite, sans cesse sur le terrain dans le cadre de l’association "Partage avec les Enfants du Tiers Monde", aidé de collaborateurs
pédopsychiatres, psychologues, assistants sociaux et infirmiers psychiatriques, le professeur Minkowski soigne les séquelles psychiques et affectives
dues à la guerre. Des séquelles beaucoup plus difficiles à guérir que les
traumatismes physiques ou les effets de la malnutrition.
Au Cambodge, toujours sous la menace des Khmers rouges, le pédiatre militant se demande ce qui va se passer après le départ des casques bleus de
l’ONU. Si ce n’est plus la guerre ouverte, la population, qui ne peut se
défaire du cauchemar de Pol Pot, subit une sorte d’aliénation collective et
le pays n’a plus de psychiatres... Tous furent liquidés sous les Khmers
rouges.
Parmi les pathologies dues à cette situation de guerre, et le tableau
est le même aujourd’hui en ex-Yougoslavie, il note la cassure du lien mèreenfant, - les femmes ne s’occupent plus de leur bébé, l’allaitement est
abandonné ou n’a jamais commencé -, des réminiscences de la souffrance sous
forme obsessionnelle, des insomnies, des cauchemars, des hallucinations,
des troubles importants du langage, de l’anorexie, de nombreux cas de type
schizophrénique et autistiforme, des attitudes psychotiques... Et toutes
ces pathologies nécessitent une psychothérapie de longue durée, qui, à
tort, n’est souvent pas considérée comme prioritaire dans une situation de
guerre.
Restituer aux enfants leur enfance volée
Autre invitée de Terre des hommes, Takla Wakim, coordinatrice des programmes de l’oeuvre d’entraide suisse au Sud du Liban, reconnaît que la
"guerre militaire" a cessé depuis deux ans au Liban (à l’exception de la
frontière "chaude" avec Israël). Mais ces 16 ans de guerre ont laissé des
cicatrices profondes dans le coeur des enfants: "Cette guerre leur a volé
leur jeux, leurs fêtes, la chaleur familiale, leur père ou mère, parfois
tous les deux, leur maison et village, leur sourire, leur épanouissement et
l’amitié de celui qui appartient à l’autre clan".
Takla Wakim déplore que les enfants de la guerre aient grandi prématurément, dans la haine et le fanatisme: "Ces enfants qui n’ont entendu parler
que de kalachnikov, blindés, canons, barrages, laissez-passer, n’ont d’autre jeux que de se comporter en miliciens, gardes ou otages kidnappés"...
Dans l’un des jardins d’enfants de Terre des hommes à Saïda, au Sud du Liban, à la récréation, les bambins montent des barricades avec leurs petites
chaises et leurs tables, se divisent en deux pour former les fronts, prennent leurs crayons comme fusils et miment les combats. Une enfance que les
adultes ont volée aux enfants, une enfance que Terre des hommes aimerait
bien leur restituer. (apic/be)