La responsabilité des chrétiens face au problème de l’écologie
Lausanne, 20février(APIC) "L’Eglise a le droit et le grave devoir d’attirer l’attention sur les dangers qui guettent l’homme et la nature, y
compris sur la menace écologique". Ce virage écologique de l’Eglise, Mgr
Antoine Ntalou, évêque de Yagoua, au nord du Cameroun, l’a amorcé lundi 2o
février à Lausanne au cours d’une conférence de presse placée sur le thème
de la responsabilité des chrétiens pour la "Sauvegarde de la Création".
Organisée par les oeuvres d’entraide des Eglises, Pain pour le prochain
et Action de Carême, avec le soutien du World Wildlife Fund Suisse (WWF),
cette conférence s’inscrit dans le cadre de la campagne oecuménique de ces
oeuvres. Au centre de cette campagne figurent une préoccupation et un slogan: "Plus jamais le déluge... le temps presse.
La "Sauvegarde de la Création"? Une manière de gérer la création sur le
plan économique, certes, mais elle représente surtout une garantie maximale
pour l’homme d’aujourd’hui et de demain. Ce problème n’intéresse pas que
les pays industrialisés. Il est l’affaire de tous les pays et de toutes les
régions du monde, à commencer par le tiers monde. "Nous sommes tous concernés face aux menaces qui pèsent sur l’environnement, personne n’est à
l’abri", a relevé Mgr Mtalou pour lequel la menace écologique revêt plusieurs formes: la destruction de la flore par les feux de brousse, en ce qui
concerne son pays par exemple; le déboisement immodéré et systématique,
sans régénération des essences; la désertification accélérée par la surpopulation des troupeaux; le braconnage; la surexploitation des ressources
naturelles et des forêts notamment; enfin, la disparition des cours d’eau.
Mais un autre danger menace. Depuis un certain temps, dénonce Mgr Ntalou, des scandales montrent qu’une autre calamité a fait son apparition:
l’exportation de déchets toxiques et nucléaires. L’appât du gain, du profit
facile, l’ignorance dans certains cas ou la réalisation imprudente de projets de développement dont on n’a pas su évaluer les effets sur les êtres
humains et l’environnement en général sont autant d’éléments qui expliquent
en partie pourquoi la création est perturbée, en danger.
En ce sens, explique Mgr Mtalou, la part de l’Eglise face à la menace
écologique est réelle et grande. "Elle joue le rôle de guetteur pour tout
ce qui touche la qualité de la vie humaine, la libération et la santé intégrales de l’homme, ceci dans la dimension de son esprit, mais de son
corps également", dit-il, en relevant que Dieu a confié la Création à
l’homme et a demandé à ce dernier de la soumettre, de la transformer, mais
pas de la détruire. Cette affirmation, les porte-parole de Pain pour le
Prochain, Christine von Garnier, et Charles Ridoré pour l’Action de Carême,
la partagent. Selon Charles Ridoré, on ne peut séparer le problème de
l’homme avec celui de l’écologie. Dans le tiers monde, en Amazonie par exemple, des groupes d’hommes sont en danger, des populations sont marginalisées... ces catégories, dont l’existence même est menacée, ce sont des
éléments humains de la Création, et prendre conscience du grave problème de
la menace écologique est la responsabilité de tout homme. Pour les responsable de cette campagne, "c’est aussi une forme d’engagement que doivent
prendre les chrétiens". Le temps presse. Ainsi que le demande Mgr Mtalou,
une éthique internationale devrait être développée sur le thème du respect
et de la sauvegarde de la Création.
Réagir et agir... une nécessité
La sensibilisation de l’opinion publique aux problèmes écologiques ne
date pas d’aujourd’hui. L’Action de Carême et Pain pour le Prochain n’ont
du reste pas attendu le lancement de leur campagne pour susciter une prise
de conscience et lancer des programmes d’action. Reste que face aux carences de trop de gouvernements, voire à la complicité de certains autres ou
en l’absence de mesures politiques concrètes, des sols, des forêts, des
pays sinon des continents, sont d’ores et déjé cernés de près face à la
destruction de l’environnement, estiment bon nombre de scientifiques. On
connait le déboisement de plus en plus systématique du poumon du monde, à
savoir l’Amazonie, ou des dizaines de milliers d’hectares sont annuellement
sacrifiés à la boulimie du profit.
En dépit de certaines actions et de programmes de reboisement, les limites de cette forêt reculent en même temps que se voient menacés dans leur
existence et leur identité les Indiens de cette région du monde. L’exemple
de la tribu des Waimiri-Atroari au Brésil est significatif: ils étaient
6000 en 1905, ils n’étaient guère plus que 374 en 1987. Déplacés de leur
environnement pour les besoins de "l’homme blanc", combien sont-ils encore
aujourd’hui. D’une manière générale, on estimait à quelque 5 millions le
nombre d’Indiens qui peuplaient le Brésil à l’arrivée des Portugais au 16e
siècle, ils n’en subsitent plus que 200.000 aujourd’hui...
Tout aussi préoccupante est la situation en Afrique, puisque selon un
haut responsable des Nations Unies pour l’environnement, quelque 740 millions d’hectares, soit plus du quart du continent, subissent une grave
dégradation et pourraient devenir totalement improductifs.
Il ne s’agit pas d’être alarmiste à outrance, estiment plusieurs
organisations que ces problèmes touchent, il est tout simplement nécessaire
de réagir et d’agir, disent-elles. L’Institut "Worldwatch" (Institut
d’observation des problèmes écologiques mondiaux, en RFA), n’estime-t-il
pas dans un de ces récents rapports que le nombre de "réfugiés écologiques"
augmente, et de 10.000 qu’ils sont aujourd’hui, ils pourraient être 50
millions dans 60 ans. (apic/pr)