"Oecuménisme : climat actuel et perspectives"
Lausanne, 12février(APIC) C’est à l’invitation de la Commission Diocésaine pour l’Oecuménisme du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg que les
membres des commissions cantonales romandes se sont retrouvés samedi 11
février à Lausanne pour une journée de réflexion sur les problèmes et les
perspectives de l’oecuménisme actuel. L’assemblée a salué la présence de
Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et
Fribourg et de l’Abbé Jacques Banderet, vicaire épiscopal.
Progrès réalisés dans le domaine de l’oecuménisme depuis un quart de
siècle, avenir du mouvement, crise doctrinale, nouveaux lieux oecuméniques,
autant de questions développées par le Père Jean-Marie Tillard, Dominicain,
professeur à Ottawa et Fribourg, vice-président de la Commission "Foi et
constitution" et co-signataire catholique de plusieurs accords oecuméniques
dans un exposé intitulé "Oecuménisme : climat actuel et perspectives".
Le Père Tillard a commencé par étudier les "pas en avant irréversibles"
réalisés depuis l’entrée officielle de l’Eglise catholique dans le dialogue
oecuménique, soit depuis 25 ans : une nouvelle façon de regarder les autres
baptisés et une nouvelle façon d’être-ensemble.
Un nouveau regard
Le changement de regard est né d’une découverte importante : les oppositions confessionnelles sont souvent un masque cachant une communion latente. Les Eglises, guidées par le "sensus fidelium", sont passées "de la
défiance spontanée à la confiance instinctive" selon le conférencier, qui a
souligné le rôle joué par le COE (Conseil Oecuménique des Eglises) dans
cette évolution.
Il s’est arrêté sur le chemin parcouru par l’Eglise catholique, qu’il a
résumé en quatre étapes : l’engagement de Rome dans des dialogues bilatéraux faisant tomber des murs d’incompréhension et créant des liens
nombreux; la mise sur pied de la Commission "Foi et constitution" signifiant la volonté des catholiques de travailler avec les chrétiens des
autres confessions; les gestes prophétiques de Paul VI démontrant que l’oecuménisme, plus qu’un simple devoir, est "un acte de charité fraternelle";
la naissance du Secrétariat pour l’Unité des chrétiens.
Le regard neuf que les Eglises chrétiennes portent les unes sur les
autres a permis une "découverte bouleversante" de tout ce qu’elles confessent en commun et du peu qu’il reste à acquérir pour atteindre l’unanimité.
Mais pour le Père Tillard ce peu est immense, puisqu’il a des racines psychologiques plus profondes que les racines doctrinales.
Une nouvelle façon d’être-ensemble
Ce second pas se réalise par la communion dans l’engagement sur le terrain : les chrétiens soutiennent ensemble de grands projets humains pour
promouvoir la justice et la paix. A cet égard le Père Tillard a souligné la
nécessité pour les Eglises de porter un jugement unique sur les situations
et les solutions. Une nouvelle façon d’être-ensemble c’est aussi former une
communauté de prière lors d’événements significatifs dans la vie de chaque
Eglise.
L’avenir de l’oecuménisme
L’étape franchie est-elle le seul aboutissement possible de l’action oecuménique ou est-il raisonnable d’espérer une Eucharistie, une confession
de foi et un ministère communs ? Le Père Tillard a tenté de cerner l’avenir
en étudiant les causes de la crise doctrinale et en définissant de nouveaux
lieux oecuméniques.
Trois facteurs expliquent les questions actuelles sur l’oecuménisme : la
profonde crise doctrinale que traversent toutes les Eglises, marquée par un
retour à la défense de l’identité confessionnelle; les "anomalies" découvertes entre elles par les différentes Eglises; le déplacement des forces
vives vers le Tiers-monde, peu intéressé aux problèmes doctrinaux.
De nouveaux lieux d’oecuménisme
Le Père Tillard a évoqué les nouveaux lieux oecuméniques tout en mettant
en garde contre leurs dangers : lieux d’"impatience" qui risquent de se situer en marge de la position officielle; lieux d’"urgence missionnaire" qui
se manifestent dans la pastorale des foyers mixtes, les paroisses et les
nouvelles communautés ou sont posés des actes sacramentels communs et les
grands mouvements d’Eglise qui rassemblent toutes les confessions : il y a
danger d’élargir le fossé entre un "oecuménisme de la base" et un "oecuménisme hiérarchique"; lieux d’"oecuménisme populaire", dans les pays du
Tiers-monde, privilégiant l’expérience sur la recherche, l’engagement commun sur le dialogue.
En conclusion le Père Tillard a rappelé que s’il n’y a pas de dialogue
doctrinal sans une praxis commune, il y a des problèmes doctrinaux que
l’engagement commun ne résoud pas : les deux réalités sont inséparables.
Dans cette perspective il a convié chacun à l’espérance et au courage intelligent. (apic/cor)