Lausanne : quels rapports entre foi et littérature ? (241188)
Lausanne, 24novembre(APIC) Le centre catholique romand de formation permanente (CCRFP) accueillait mercredi 23 novembre à Lausanne le Père JeanPierre Jossua, dominicain et directeur de la revue "La Vie spirituelle"
pour une journée d’étude sur le thème "L’apport de la littérature pour un
renouvellement du langage religieux". Historique des rapports entre foi et
littérature, attention à la diversité des lieux où s’exprime l’acte théologique, retour aux textes qui révèle la capacité créatrice du langage, aptitude de la littérature à exprimer une expérience spirituelle et étude de
deux poètes contemporains : tels ont été les thèmes abordés.
Le Père Jossua a commencé par envisager les rapports entre foi et
littérature dans une perspective historique : du XVIIIème siècle aux années
soixante un fossé culturel entre littérature et théologie, puis une ouverture de cette dernière aux sciences humaines et à l’expérience, une attention réciproque qui fait de la littérature un lieu théologique spécifique
par sa capacité à exprimer la présence de l’être et l’expérience.
Reconnaître l’acte théologique
Pour le Père Jossua il est indispensable, avant toute réflexion dans ce
domaine, de distinguer les différents niveaux d’expression de l’acte
théologique. Pour y parvenir le chercheur doit s’imposer une méthode de
travail rigoureuse : dépasser l’apologétique, la tentation de tout situer
par rapport à la foi et se mettre à l’école des écrivains; consentir à des
autonomies : toute expérience spirituelle n’est pas chrétienne; reconnaître
l’acte théologique là où il est, non pas réservé aux théologiens mais
présent dans l’activité de l’écrivain; exercer une critique qui renvoie au
monde et à la présence de l’auteur.
Ces limites fixées, il est possible de discerner l’apport des écrivains,
croyants ou non, au renouvellement du langage théologique : dans le type de
référence qui est le leur ils rejoignent les théologiens par leur visée
d’absolu et leur proposent une nouvelle grammaire de la foi, de la catéchèse, de la liturgie.
L’écriture comme lieu théologique
Pour illustrer sa démarche le conférencier, parcourant la littérature
moderne, a relevé les lieux où s’exprime une expérience théologique : la
capacité créatrice du langage; le roman comme cheminement vers la sainteté,
qui révèle une Présence autre à travers les états de conscience; l’expérience spirituelle de l’instant qui, réactualisé, rejoint l’Incarnation;
le langage du seuil ou vocabulaire liminaire dans son extraordinaire puissance de suggestion.
Des ponts existent
Le Père Jossua, partant de l’oeuvre de deux poètes contemporains,
Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy, a tenté de jeter des ponts entre
littérature et réflexion chrétienne. La poésie touche à la théologie lorsqu’elle devient "poétique des signes de l’insaisissable", attention aux
signes du sacré, de l’absolu dans l’existence comme chez Jaccottet; lorsque, récusant les concepts, elle traduit l’incarnation et consent à la finitude comme chez Bonnefoy.
Trois pistes s’ouvrent au chercheur désireux de rejoindre la littérature
en tant que lieu théologique : le désir qu’exprime l’écriture d’une transcendance dans l’instant, la Présence de l’Absolu au coeur de l’instant et
l’espoir, qui fait de toute chose un signe.
Conserver son identité
Le Père Jossua a mis en garde le chrétien contre la tentation d’une
théologie naturelle : il ne s’agit pas d’esthétiser la foi, mais de situer
l’expérience de la beauté à l’intérieur d’une foi historique. Si littérature et théologie se rejoignent dans la recherche de l’Absolu, elles
diffèrent fondamentalement sur un point : l’initiative de la recherche.
Chez l’écrivain elle vient de lui-même, chez le chrétien elle vient de Dieu
et l’écriture est accueil d’une initiative, dialogue avec un Autre.
(apic/cor)