Lausanne: la Suisse a-t-elle besoin d’une loi contre le racisme? (180691)
Lausanne, 18juin(APIC) L’actualité et l’imminence du débat sur le projet
fédéral d’adhésion de la Suisse à la Convention internationale contre la
discrimination raciale de 1985, qui à ce jour a été ratifiée par quelque
128 Etats, et sur la modification du Code Pénal suisse (CPS) qui en découle
ont amené la Section vaudoise de la Ligue internationale contre le racisme
et l’antisémitisme (LICRA) ainsi que la Communauté israélite de Lausanne à
proposer une Conférence au sujet de ce projet de loi. Devant une centaine
de personnes réunies lundi à Lausanne, Michaël Kohn, président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) en a précisé les enjeux.
Au moment où la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme retrouvent un
peu partout dans le monde un regain de vigueur, le Conseil fédéral annonçait, il y a un an et demi, deux mesures visant les tendances discriminatoires et racistes croissantes. Un avant-projet de révision du CPS, article
261 bis (discrimination raciale), était élaboré. Selon l’orateur, un tel
avant-projet "réprimerait non seulement la discrimination raciale qui se
manifeste dans la criminalité violente, mais également la dépréciation patente, quotidienne de ’l’autre’, y compris dans le domaine de l’appartenance relgieuse".
A la suite de la procédure de consultation effectuée par le Conseil fédéral, des dizaines d’institutions ont donné leur avis. L’éventail des réactions va de "l’accueil bienveillant" du Parti socialiste suisse et du
Parti démocrate-chrétien à la "réaction positive" des Eglises nationales.
Ces dernières devront, selon les voeux de l’orateur, "faire valoir leur influence de poids dans le domaine de la lutte pratique contre l’antisémitisme aussi".
De son côté, la FSCI a exprimé son désir de "pouvoir se constituer partie civile en cas de procès pénal, en tant qu’association". Elle a en
outre demandé "que soit mentionné spécialement l’état des faits de la falsification historique. D’autres réactions sont venues s’ajouter, pour affirmer qu’il faut lutter contre la discrimination raciale en émettant des
"mais", en particulier dans les domaines qui touchent à la liberté d’opinion et à l’application des dispositions pénales. Certains partis vont plus
loin encore que la simple réserve et rejettent purement et simplement le
texte de loi. Devant ces réactions, l’orateur a rappelé que "le comprtement
face à des minorités est comme un thermomètre de la culture politique d’une
société".
Racisme et antisémitisme
Pour Michaël Kohn, "l’antisémitisme est un délire raciste d’une espèce
particulière, et il importe de faire la différence". Après avoir reconnu
qu’en Suisse les actes racistes sont dirigés contre les requérants d’asile
et les gens de couleur, et que l’"on s’en prend plus rarement aux juifs,
même si on a constaté une tendance croissante de profanation des cimetières", le conférencier a fait remarquer: "L’expérience historique nous a appris que l’étincelle de l’animosité et de la haine des minorités peut nous
atteindre".
La parole est maintenant au parlement. La discussion de ce projet de loi
contre le racisme devrait avoir lieu dans le courant de l’année 1992-1993.
(apic/ecl/pr)