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    Pour une Europe à visage humain

    Lausanne: Forum sur l’Europe de demain (120491)

    Lausanne, 12avril(APIC) L’Europe de 92 ne peut se réduire à la CEE et

    privilégier les échanges économiques, ont souligné les intervenants au Forum organisé jeudi à Lausanne par Caritas Suisse sur le thème "Pour une Europe sociale et solidaire". Elle est aussi un espace social qu’il faut aménager en créant des solidarités nouvelles capables de promouvoir le respect

    de chacun dans la paix et la justice; elle doit être un lieu d’accueil et

    d’ouverture dans le dialogue et la concertation. Vaste programme, précisé

    tout au long du Forum, qui a rassemblé une cinquantaine de participants, et

    qui exige l’engagement politique des oeuvres d’entraide et des Eglises.

    Le temps n’est plus où l’Europe se définissait uniquement en termes de

    croissance, a précisé Edouard de Brandt, directeur de Caritas Belgique et

    premier intervenant au Forum: elle est devenue, sous la pression des travailleurs, un espace de négociation. Un bref historique des institutions

    européennes lui a permis d’en dégager les limites: si l’aménagement d’un

    espace économique européen témoigne d’un souci constant d’unité et de stabilité, il a créé des formes d’exclusion toujours plus tragiques pour ceux

    qui n’entrent pas dans le système de production. Un état de fait que le

    conférencier a dénoncé en affirmant que l’Europe de demain ne doit pas être

    l’Europe des travailleurs, mais celle des citoyens, dotée d’un système de

    contrôle démocratique qui permette à chacun de faire entendre sa voix.

    L’Europe des citoyens ne se fera pas sans l’engagement de chacun, et en

    particulier des oeuvres d’entraide et des Eglises, dont le rôle est déterminant pour l’humanisation de l’Europe, a affirmé E. de Brandt. Il importe

    avant tout de créer un partenariat entre les instances officielles et les

    responsables des groupements sociaux non-gouvernementaux et pour ces derniers d’être présents sur la scène politique: "... exercer une influence

    politique doit devenir une priorité, au même titre que prendre des initiatives de lutte contre la pauvreté et la marginalisation", car "la responsabilité des grandes options sociales ne peut être laissée en exclusivité aux

    employeurs et aux travailleurs". Pour le directeur de Caritas Belgique le

    temps presse, car l’Europe économique se construit à grands pas.

    Nécessaire adaptation pour la Suisse

    C’est une Suisse "incroyablement méfiante" face à l’Europe qu’a décrite

    Philippe Bois dans son exposé. Professeur de droit social à l’Université de

    Neuchâtel, le conférencier a examiné le processus européen et ses exigences

    pour la politique sociale suisse, comparant les différents droits en vigueur dans l’Europe d’aujourd’hui. Une constatation: la Suisse ne pourra

    pas rester isolée au coeur de l’Europe, elle devra s’adapter, au risque de

    "brader" certains droits sociaux acquis durant ces dernières décennies. Le

    processus européen l’obligera notamment, quelle que soit sa position face à

    l’Europe des Douze, à développer l’eurocompatibilité de son droit, ce qui

    implique, a souligné Philippe Bois, des rythmes politiques différents. Il

    est nécessaire et urgent pour la Suisse d’aller dans cette direction si elle veut rester crédible face à ses partenaires européens, a-t-il conclu.

    Faciliter l’intégration des étrangers

    Le Forum a aussi été l’occasion d’aborder le problème des migrations,

    toujours plus aigu sur le continent. Pour Pierre Zwahlen, secrétaire romand

    de l’Office Suisse d’Aide aux Réfugiés (OSAR), "il faut sortir de ce faux

    antagonisme" qui consiste à opposer l’Est au Sud. On ne peut plus nourrir

    l’illusion d’une "forteresse Europe" face aux 3 à 5 millions d’immigrés attendus d’ici l’an 2’000. Il faut mettre sur pied une politique d’asile cohérente et lucide qui s’attaque aux causes des migrations en luttant contre

    les guerres civiles et pour le respect des droits de la personne humaine et

    une égale répartition des ressources de la planète. La Suisse elle aussi

    doit s’interroger sur sa politique dans ce domaine, a affirmé le conférencier: elle doit se refuser à toute distinction entre les étrangers qui se

    pressent aux frontières et s’opposer à tout contingentement.

    Les oeuvres d’entraide sont conscientes de l’ampleur du phénomène des

    migrations. Elles proposent des pistes d’action concrète pour une meilleure

    insertion, exposées par Pierre Zwahlen lors du Forum: il faut créer des

    lieux de participation, notamment dans la vie associative et les loisirs;

    promouvoir des quartiers socialement diversifiés où coexistent Suisses et

    étrangers; enfin, informer sur les conditions d’assistance et de séjour en

    Suisse et les causes des migrations.

    Une Europe attentive aux plus pauvres

    L’Europe de demain résultera de la redéfinition des ensembles géopolitiques mondiaux, a affirmé Mario Carera, coordinateur de la Communauté de

    travail Swissaid/ Action de Carême/ Pain pour le Prochain/Helvetas. Il a

    d’abord évoqué la "marginalisation" économique, commerciale et financière

    du tiers monde et les tragiques conséquences de la crise de l’endettement

    dans les pays pauvres, débiteurs pour 1’341 milliards de dollars. Il a déploré la diminution de l’aide publique de l’Europe occidentale et la multiplication des barrières protectionnistes. Deux écueils sont à éviter: privilégier l’aide à l’Est au détriment de l’aide au Sud et créer des différences entre les pays pauvres.

    Quelles alternatives de relations Nord-Sud ? Mario Carera en a développé

    quelques-unes: promouvoir le concept de "développement durable", socialement équitable et respectueux de l’environnement; réformer le système commercial international pour mieux tenir compte des besoins des pays les plus

    pauvres; privilégier les relations avec les partenaires du Sud. La Suisse

    doit revoir sa politique de développement avec le tiers monde, par exemple

    en s’alignant sur les normes européennes en matière d’aide publique, augmentant sa participation de 0,31% à 0,5% du PNB, demandent notamment les

    oeuvres d’entraide.

    Les Eglises, lieux de débat et d’ouverture oecuménique

    Les participants ont réfléchi en compagnie du Père Roger Berthouzoz, dominicain de Genève, à la pastorale sociale dans l’Europe de 92. La pastorale sociale doit continuer à se situer entre une fonction de suppléance

    (prise en charge par l’Etat et les services sociaux à l’époque moderne sous

    l’influence d’une culture anthropocentrique) et la sacralisation de pratiques sociales communes. L’Eglise, a affirmé le Père Berthouzoz, a toujours

    lié annonce de l’Evangile et justice sociale, même si elle n’a jamais proposé de modèle de société. Deux défis majeurs sont lancés aux Eglises par

    le processus européen: le rapport de l’homme au monde, qui doit évoluer

    vers le respect de la Création, et les critères de développement de la

    science et de la technique, qui doivent être subordonnés à la conscience.

    Pour participer à la construction de l’Europe de demain, les Eglises doivent être des lieux de débat, de concertation, de dialogue et d’ouverture

    au niveau oecuménique; leur tâche est de promouvoir la paix, la justice et

    la sauvegarde de la Création. (apic/cor)

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