Caritas plaide pour une politique de réformes
Lausanne, 21avril(APIC) Une centaine de collaborateurs des Caritas de
Suisse romande ont participé mercredi à Lausanne à une journée de réflexion
consacrée aux défis qui se présentent pour la Suisse au seuil de l’an
2’000. Des changements profonds dans le fonctionnement de notre société
sont inéluctables si l’on veut surmonter la crise, et offrir à chaque être
humain, en Suisse et dans le monde, des conditions de vie garantissant sa
dignité, ont relevé les cinq orateurs invités.
Pierre Gilliand, directeur de l’Institut des hautes études en administration publique de Lausanne, a constaté que le système de sécurité sociale
suisse se trouve confronté à de nouveaux problèmes. Vieillissement de la
population, éclatement des structures familiales, précarité du statut des
femmes, posent de nouveaux défis. Mais pas question de se laisser glisser
vers un système à deux vitesses en permettant l’affaiblissement de la protection sociale acquise, parfois de haute lutte, depuis une quarantaine
d’années seulement.
Et le professeur Gilliand de stigmatiser la pensée "molle et rétrograde"
qui vise au démantèlement de certains acquis sociaux pour retomber dans un
système d’assistance publique. La lutte contre la pauvreté ne doit pas se
résumer à l’aide aux pauvres, a-t-il indiqué. L’idée d’un revenu minimum
garanti est dans ce sens à exclure. Sous couvert d’efficacité et de justice, elle cache en fait une assistance pouvant conduire à la dépendance et
finalement à l’exclusion. Donner un "salaire aux pauvres" est une abdication face aux problèmes. Alors que le but de la protection sociale devrait
être précisément de pouvoir se passer de l’assistance. La thèse du professeur Gilliand consiste à compléter et à parfaire notre système de protection sociale.
Jean-Pierre Hocké, ancien Haut Commissaire des Nations Unies pour les
réfugiés, a relevé de son côté l’échec de la politique restrictive de
l’asile pratiquée depuis une dizaine d’années. "C’est un cul de sac qui
risque de devenir explosif". Il est, à son avis, faux de prétendre que
l’Europe vieillissante n’est pas un continent d’immigration. D’ici une
trentaine d’années un apport extérieur de population sera nécessaire pour
maintenir le niveau de la Suisse et des pays d’Europe occidentale. Si l’Europe peut dépenser des dizaines de milliards de francs par an pour lutter
contre l’afflux de réfugiés, pourquoi n’est-elle pas capable d’investir
dans une politique globale de collaboration et de développement? Il faut
aussi constater que les immigrants proviennent à 80% des pays de l’espace
méditerranéen. Il est évident également que le courant migratoire ne pourra
pas être stoppé ni ne va s’éteindre de lui-même. L’Europe occidentale doit
pouvoir intégrer une migration au moins temporaire et offir un savoir-faire
aux gens qui rentrent chez eux. Et Jean-Pierre Hocké de plaider pour un
nouvel état d’esprit. Pourquoi ne pas imaginer le départ de paysans suisses
en Russie ou en Ukraine par exemple?
"Nain géographique, géant économique, modeste coopérant", tel est le
portrait de la Suisse dressée par Makita Kasongo, professeur d’origine zaïroise, enseignant à l’Institut de science politique de l’Université de Lausanne. Si l’aide suisse au développement est bonne qualitativement, elle
est insuffisante quantitativement. Une série de mesures permettrait une
sensible amélioraton, estime Makita Kasongo. L’adhésion de la Suisse à
l’ONU apporterait un plus au niveau international. La lutte renforcée contre la fuite des capitaux favoriserait directement le renforcement des processus de démocratisation en cours, notamment en Afrique. Le travail de réflexion et d’information des organisations non-gouvernementales doit permettre d’élaborer de nouveaux modèles en dehors d’une logique d’Etat souvent improductive. Le développement consiste en l’humanisation des conditions de vie, souligne Makita Kasongo.
La dignité de la personne humaine est à la base de l’engagement de
l’Eglise et des chrétiens dans le domaine social, a rappelé l’abbé Marc
Donzé, professeur à l’Université de Fribourg. Dans la société contemporaine
où l’Etat a pris en charge, selon son devoir, une grande partie du travail
social, l’Eglise doit être présente dans des domaines spécifiques. Son premier lieu d’action est celui du débat démocratique pour transmettree les
valeurs évangéliques au sein de l’Etat. Une action personnalisée envers les
plus défavorisés et les cas extrêmes constitue un deuxième pôle. Non pas
dans le sens d’un bouche-trou, mais dans celui d’un complément nécessaire.
La charité "capillaire", selon le terme de Jean Paul II, consiste dans
l’entraide au niveau le plus simple de la société: famille, voisinage, etc.
Elle constitue un réel témoignage évangélique. La formation des acteurs sociaux et éducatifs est le quatrième lieu de positionnement pour l’Eglise.
Enfin le lien de la vie dans l’Esprit soutient l’ensemble, même s’il n’est
pas explicitement exprimé. "Dieu est gratuit", a conclu Marc Donzé.
Dernier orateur de la journée, Jürg Krummenacher, directeur de Caritas
Suisse a rappelé le rôle des organisations non gouvernementales. Il a remarqué en Suisse une tendance à l’étatisation du domaine de l’entraide et
une dépendance accrue des oeuvres d’entraide par rapport aux pouvoirs publics. La bureaucratisation n’est jamais une solution, a expliqué le directeur de Caritas Suisse qui plaide pour une plus grande transparence de
l’activité des oeuvres d’entraide. Afin de contribuer à l’avènement d’une
société plus solidaire. (apic/mp)