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    Lausanne: forum "la Suisse demain" (210493)

    Caritas plaide pour une politique de réformes

    Lausanne, 21avril(APIC) Une centaine de collaborateurs des Caritas de

    Suisse romande ont participé mercredi à Lausanne à une journée de réflexion

    consacrée aux défis qui se présentent pour la Suisse au seuil de l’an

    2’000. Des changements profonds dans le fonctionnement de notre société

    sont inéluctables si l’on veut surmonter la crise, et offrir à chaque être

    humain, en Suisse et dans le monde, des conditions de vie garantissant sa

    dignité, ont relevé les cinq orateurs invités.

    Pierre Gilliand, directeur de l’Institut des hautes études en administration publique de Lausanne, a constaté que le système de sécurité sociale

    suisse se trouve confronté à de nouveaux problèmes. Vieillissement de la

    population, éclatement des structures familiales, précarité du statut des

    femmes, posent de nouveaux défis. Mais pas question de se laisser glisser

    vers un système à deux vitesses en permettant l’affaiblissement de la protection sociale acquise, parfois de haute lutte, depuis une quarantaine

    d’années seulement.

    Et le professeur Gilliand de stigmatiser la pensée "molle et rétrograde"

    qui vise au démantèlement de certains acquis sociaux pour retomber dans un

    système d’assistance publique. La lutte contre la pauvreté ne doit pas se

    résumer à l’aide aux pauvres, a-t-il indiqué. L’idée d’un revenu minimum

    garanti est dans ce sens à exclure. Sous couvert d’efficacité et de justice, elle cache en fait une assistance pouvant conduire à la dépendance et

    finalement à l’exclusion. Donner un "salaire aux pauvres" est une abdication face aux problèmes. Alors que le but de la protection sociale devrait

    être précisément de pouvoir se passer de l’assistance. La thèse du professeur Gilliand consiste à compléter et à parfaire notre système de protection sociale.

    Jean-Pierre Hocké, ancien Haut Commissaire des Nations Unies pour les

    réfugiés, a relevé de son côté l’échec de la politique restrictive de

    l’asile pratiquée depuis une dizaine d’années. "C’est un cul de sac qui

    risque de devenir explosif". Il est, à son avis, faux de prétendre que

    l’Europe vieillissante n’est pas un continent d’immigration. D’ici une

    trentaine d’années un apport extérieur de population sera nécessaire pour

    maintenir le niveau de la Suisse et des pays d’Europe occidentale. Si l’Europe peut dépenser des dizaines de milliards de francs par an pour lutter

    contre l’afflux de réfugiés, pourquoi n’est-elle pas capable d’investir

    dans une politique globale de collaboration et de développement? Il faut

    aussi constater que les immigrants proviennent à 80% des pays de l’espace

    méditerranéen. Il est évident également que le courant migratoire ne pourra

    pas être stoppé ni ne va s’éteindre de lui-même. L’Europe occidentale doit

    pouvoir intégrer une migration au moins temporaire et offir un savoir-faire

    aux gens qui rentrent chez eux. Et Jean-Pierre Hocké de plaider pour un

    nouvel état d’esprit. Pourquoi ne pas imaginer le départ de paysans suisses

    en Russie ou en Ukraine par exemple?

    "Nain géographique, géant économique, modeste coopérant", tel est le

    portrait de la Suisse dressée par Makita Kasongo, professeur d’origine zaïroise, enseignant à l’Institut de science politique de l’Université de Lausanne. Si l’aide suisse au développement est bonne qualitativement, elle

    est insuffisante quantitativement. Une série de mesures permettrait une

    sensible amélioraton, estime Makita Kasongo. L’adhésion de la Suisse à

    l’ONU apporterait un plus au niveau international. La lutte renforcée contre la fuite des capitaux favoriserait directement le renforcement des processus de démocratisation en cours, notamment en Afrique. Le travail de réflexion et d’information des organisations non-gouvernementales doit permettre d’élaborer de nouveaux modèles en dehors d’une logique d’Etat souvent improductive. Le développement consiste en l’humanisation des conditions de vie, souligne Makita Kasongo.

    La dignité de la personne humaine est à la base de l’engagement de

    l’Eglise et des chrétiens dans le domaine social, a rappelé l’abbé Marc

    Donzé, professeur à l’Université de Fribourg. Dans la société contemporaine

    où l’Etat a pris en charge, selon son devoir, une grande partie du travail

    social, l’Eglise doit être présente dans des domaines spécifiques. Son premier lieu d’action est celui du débat démocratique pour transmettree les

    valeurs évangéliques au sein de l’Etat. Une action personnalisée envers les

    plus défavorisés et les cas extrêmes constitue un deuxième pôle. Non pas

    dans le sens d’un bouche-trou, mais dans celui d’un complément nécessaire.

    La charité "capillaire", selon le terme de Jean Paul II, consiste dans

    l’entraide au niveau le plus simple de la société: famille, voisinage, etc.

    Elle constitue un réel témoignage évangélique. La formation des acteurs sociaux et éducatifs est le quatrième lieu de positionnement pour l’Eglise.

    Enfin le lien de la vie dans l’Esprit soutient l’ensemble, même s’il n’est

    pas explicitement exprimé. "Dieu est gratuit", a conclu Marc Donzé.

    Dernier orateur de la journée, Jürg Krummenacher, directeur de Caritas

    Suisse a rappelé le rôle des organisations non gouvernementales. Il a remarqué en Suisse une tendance à l’étatisation du domaine de l’entraide et

    une dépendance accrue des oeuvres d’entraide par rapport aux pouvoirs publics. La bureaucratisation n’est jamais une solution, a expliqué le directeur de Caritas Suisse qui plaide pour une plus grande transparence de

    l’activité des oeuvres d’entraide. Afin de contribuer à l’avènement d’une

    société plus solidaire. (apic/mp)

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