Une table ronde au chevet "du christianisme en perte d’influence"
Lausanne, 26septembre(APIC) Le colloque "Religion et culture" organisé
notamment par le Fonds national suisse de la recherche, du Département
d’Histoire et des Sciences de l’Université de Lausanne, s’est achevé mercredi à Lausanne. Commencé deux jours auparavant, il a réuni des politiciens suisses et des spécialistes de la sociologie de la religion. Une table ronde a rassemblé mardi 24 septembre plusieurs personnalités pour constater, selon ces dernières, "une perte d’influence du christianisme".
Le constat dressé par les intervenants à cette table ronde ne fait pas
de doute: "Les Eglises institutionnelles n’ont que peu d’incidence sur la
société et l’individu". Pourtant, devant l’offre d’autres religions, le
christianisme peut encore offrir quelque chose proche d’un nouvel ordre de
solidarité. Pour autant qu’il ne soit pas miné par ses propres divisions.
Animé par Jean-Claude Péclet, rédacteur en chef de "L’Hebdo", le débat
avait pour thème "Religion et société suisse, quel devenir?" Les invités
étaient Guy-Olivier Segond, radical, conseiller d’Etat du canton de Genève,
René Longet, conseiller national socialiste genevois, Roland Campiche, professeur de sociologie de la religion et directeur de l’Institut d’éthique
sociale (IES) à Lausanne, Roland Ruffieux, professeur aux Universités de
Fribourg et Lausanne, Alfred Dubach, de l’Institut de sociologie pastorale
(SPI) à Saint-Gall.
Le besoin religieux existe. Il est même croissant dans notre société.
Tel est le premier constat que fait René Longet, qui voit par ailleurs dans
la religion une force gardienne des limites éthiques. L’important, c’est
l’éthique, estime pour sa part Guy-Olivier Segond, à l’heure où le génie
génétique et la biotechnologie mettent les scientifiques devant des questions cruciales. La religion contribue à fournir des éléments de réponses
indispensables lorsqu’il s’agit de la vie et de nos sens.
Rétrécissement du rôle de la religion dans notre société?
Mais devant les attentes des politiciens, les sociologues de la religion
se montrent très prudents: Roland Campiche pronostique "un rétrécissement
du rôle de la religion dans notre société en tant que gardienne des valeurs, car le public refuse de plus en plus de recevoir des ’diktats’ de la
part des Eglises, même en matière d’éthique. Considérer les Eglises comme
pourvoyeuses de normes ne rejoint plus, aujourd’hui déjà, une volonté populaire. Pour la science, le recours aux Eglises est transitoire, car très
vite les milieux scientifiques auront leurs spécialistes en questions éthiques".
Le christianisme aura-t-il le dynamisme suffisant pour s’adapter aux
exigences d’une société pluraliste, multiculturelle et individualiste, ou
bien s’est-il fossilisé à l’extrême? Dans ce deuxième aspect du débat, Alfred Dubach a montré le déficit actuel entre le contenu de la foi, prôné
par l’institution, et l’expérience religieuse recherchée par l’individu.
Face à l’offre de démarches religieuses de toutes sortes, Roland Campiche
pense que le christianisme peut encore proposer une ouverture qui soit en
quelque sorte un nouvel ordre de solidarité, surtout dans le dialogue NordSud.
Selon les conclusions des intervenants à propos de l’avenir, "les Eglises n’ont plus les moyens d’être un groupe d’action dans la société". Reste
une troisième voie possible, comme le relevait Roland Campiche, qui consisterait à ce que les milieux chrétiens puissent offrir une pédagogie éthique, des outils de réflexion et de démarche susceptibles de rejoindre les
individus et la société dans laquelle ils vivent. (apic/spp/pr)