Lausanne: détresse morale et prière (191192)
Lausanne, 19novembre(APIC) Elvira Pancheri, psychothérapeute lausannoise,
s’est penchée dans une conférence, mercredi soir au Centre universitaire
catholique de Lausanne, sur le rapport entre la détresse morale et la prière. Devant une soixantaine d’auditeurs, Elvira Pancheri a relaté avec émotion son expérience avec ses patients. Cette conférence faisait partie d’un
cycle consacré aux diverses approches du sacré et organisé par le Centre
catholique d’études de Lausanne.
68 patients de la psychothérapeute Elvira Pancheri ont accepté de répondre à un questionnaire consacré à leur rapport avec la foi. A la question:
"croyez-vous à la présence divine?" tous ou presque ont répondu ’oui’. Les
jeunes étant les plus convaincus. Et l’un d’entre eux de préciser: "Ce qui
compte c’est qu’il existe quelqu’un pour faire le lien; qu’importe qu’il
s’appelle Allah ou Dieu." Près de la moitié des personnes interrogées considèrent Dieu comme un ami, leur meilleur ami. Cette réponse interpelle Elvira Pancheri. Ces personnes en détresse souffrent d’un énorme vide qu’elles cherchent à combler ou à dépasser. "Le suicide, la colère, la honte
sont autant d’appels au secours, je dirais même de prières d’imploration.
En s’enfermant dans une relation intimiste avec Dieu, ils se ferment au
monde et accroissent leur solitude, et peut-être même leur détresse."
Une prière de solitude
Pour Elvira Pancheri, la prière peut s’exprimer de trois manières: le
dimanche a travers la codification des rites et des chants; sous forme de
colère face à l’injustice; enfin parfois lorsqu’un obstacle traverse
l’existence de la personne. "A chaque étape de notre vie, nous passons par
ces points", note la psychologue. Et à chaque époque de l’histoire, "nous
modalisons une autre façon de prier". Aujourd’hui, l’homme se place seul
face à Dieu, le recherche seul, dans une relation individuelle. Selon Elvira Pancheri, l’homme est capable d’adopter une telle attitude pour se protéger de la détresse des autres et la repousser au loin. Ce rejet s’exprime
parfois par le biais de jugements de valeur tels que: "Il mérite ce qu’il
vit, ce n’est qu’un faible." Le devoir vis-à-vis des gens en détresse est
de les conduire hors de leur chemin difficile, non de les y confiner. Il
faut dépasser son propre narcissisme pour aller vers l’autre. "Cela veut
aussi dire, conclu Elvira Pancheri, dépasser le côté sécurisant des rites
et de la seule messe du dimanche, afin de s’investir au côté de l’autre".
Et pourquoi pas en priant avec lui. (apic/frc/mp)