"Le destin de l’Europe se joue plus dans son Sud que dans son Est"
Lausanne, 3mars(APIC) Organisées par les paroisses catholiques et protestantes du centre ville de Lausanne, les cinq conférences de Carême 1993
ont débuté mardi soir, avec, comme premier témoin, l’ancien ministre français Edgard Pisani. A la cathédrale, devant plus de 200 personnes, dans une
ambiance recueillie, celui qui est depuis 1988 président de l’Institut du
monde arabe à Paris, a insisté sur le rôle que doit jouer l’Europe "dans un
nouvel ordre international depuis l’effondrement de l’Union Soviétique".
S’exprimant en tant qu’acteur et militant de la construction européenne,
Edgard Pisani a relevé que le droit international ne doit pas être géré
seulement par les Etats-Unis, mais par un "ordre multipolaire où l’Europe,
le Japon, l’Amérique latine et d’autres, pourraient être des pôles pour la
régulation du monde".
La recherche de cet équilibre mondial est une préoccupation essentielle
pour les années à venir. "De cet équilibre géopolitique dépendent la paix
et la prospérité ou la guerre et la misère". Quelle Europe faut-il donc
construire aujourd’hui? Pour l’ancien ministre, "l’Europe doit se construire comme une entité internationale, respectueuse des pays qui la constituent. Il ne faudrait pas que la nécessité d’identification culturelle, qui
peut faire naître dans le monde plus de 500 entités autonomes, vienne récuser la volonté politique de défense d’intérêts communs".
Le monde arabe entre la modernité et le repliement
Le politicien français s’est ensuite interrogé sur la paralysie du monde
arabe depuis le XVIe siècle et sur son influence actuelle. "Le monde arabe
est en balance entre une évolution vers la modernité comme le préconise
l’Europe et un repliement sur sa tradition, sur sa force militante de conquête religieuse. A propos de l’hésitation du monde arabe face à la modernité, le président de l’Institut du monde arabe à Paris à pris l’assistance
à témoin: ""Sommes-nous assez sûr de cette modernité qui, au niveau scientifique, a peur par exemple des risques de manipulation génétique, et au
niveau économique, maintient le scandale des pays riches face à la pauvreté
des deux-tiers de l’humanité. D’une modernité qui garde ses vieillards dans
des asiles?" N’y a-t-il pas sagesse de leur part à hésiter devant une modernité qui semble étrangère à leurs valeurs?"
D’un autre côté, note Edgard Pisani, les risques sont considérables si
les "forces de repliement se confirment". Et d’ajouter à ce propos: "L’Europe, depuis la chute du mur de Berlin, s’occupe davantage des pays de
l’Est... comme si le Sud n’existait pas alors qu’il est clair qu’entre une
Europe chrétienne et un islam arabe, la Méditerranée reste un des lieux
douloureux dans l’équilibre du monde. Le destin de l’Europe se joue plus
dans son Sud que dans son Est". (apic/flr/pr)