"Ce que croire veut dire"
Lausanne, 23novembre(APIC) Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la
Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, était l’invité lundi dernier de l’aumônerie universitaire catholique de Lausanne. Il a donné une
conférence en l’aula archicomble de l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de
Lausanne) sur le thème : "Ce que croire veut dire".
"La foi est-elle digne d’un monde moderne et adulte", s’est tout d’abord
demandé le cardinal. Toute vie humaine ne recourt-elle pas constament à des
techniques dont elle ignore les fondements. L’homme utilise par exemple une
foule d’appareils ménagers sans comprendre les lois de l’électricité. Sa
confiance lui vient d’une somme d’expériences positives faites dans le
vécu. Pourquoi dès lors ce qui est vrai pour les sciences dites exactes ne
pourrait-il pas s’appliquer à la théologie ?
Aucune intelligence ne parvient à prouver que Dieu n’existe pas. Tous au
plus est-il possible de travailler sur l’hypothèse de sa non-existence.
C’est qu’on est ici aux limites des capacités cognitives de l’homme.
Dès lors, la pensée moderne a trouvé une réponse qui lui semble satisfaisante : l’agnosticisme. Au lieu de trancher en faveur de l’existence ou
de la non-existence de Dieu, elle laissse la question ouverte, faute de
pouvoir trouver une réponse satisfaisante. Une voie qui n’est pas satisfaisante pour Mgr Ratzinger. Car soit l’homme agit "comme si" Dieu n’existait
pas, faisant d’une hypothèse éventuellement fausse la base de sa vie; soit,
il "fait comme si" Dieu existait et sa croyance purement subjective n’a pas
de consistance face à la grandeur de Dieu : le fameux pari de Pascal.
Pour le conférencier, la question de Dieu ne tolère pas l’abstention.
Dans un monde dominé par la soif du pouvoir, la foi est irremplaçable.
S’appuyant sur une épitre de St-Paul ou l’apôtre déclare le monde coupable,
parce que conscient du combat qui se livre entre les valeurs spirituelles
et les valeurs matérielles immédiates, Mgr Ratzinger n’hésite pas à
déclarer dans l’aujourd’hui : "Les sources de la vie s’obstruent; une
civilisation de la mort s’établit".
Etre des fenêtres ouvertes sur la lumière du Dieu vivant
Seul, l’homme n’est pas capable de faire triompher la Vérité, retenue
volontairement captive de l’injustice. Dieu doit venir à lui, s’adresser à
lui. Comment ? par l’intermédiaire d’autres hommes qui l’ont connu. Cela
place le discours de la foi sur le plan d’une confiance mutuelle. Le savoir
de l’autre devient mon savoir. La Samaritaine, après avoir vu Jésus, court
vers les siens pour leur annoncer qu’elle a vu le Messie. Ceux-ci ajoutent
foi à ses paroles.
Mais le "grand voyant", c’est Jésus lui-même, qui, contemplant le Père,
nous le désigne par sa Parole, expression authentique de sa vision. "Qui me
voit a vu le Père", nous dit-il. Et ceux qui voient Jésus sont non seulement les saints canonisés, dont le réalisme assure une assise réelle à la
théologie: sans ce réalisme, elle ne serait en effet qu’un pur jeu intellectuel. Mais nous aussi, baptisés, sommes appelés à être à notre tour des
saints, des points de référence pour les autres, des "fenêtres ouvertes sur
la lumière du Dieu vivant".
C’est dire du même coup que la foi est un acte nécessairement ecclésial.
"Je ne peux pas constituer ma propre foi dans un dialogue privé avec
Jésus", dira le cardinal pour conclure. C’est un acte qui se conjugue dans
le nous des croyants et de l’Eglise.
La théologie de la libération
Au terme de son exposé , le cardinal Ratzinger a bien voulu répondre à
quelques questions. La plus piquante avait trait à la théologie de la
libération : pourquoi opposer les moyens autoritaires et répressifs de la
hiérarchie pour la combattre, alors même que les termes de solidarité, de
confiance et de communion émaillaient le discours de l’orateur?
Réponse en deux temps : sur le fond, d’abord. Si l’idée de solidarité et
l’option préférentielle pour les pauvres ne posent pas de problèmes au
préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, par contre, selon
lui, "l’amalgame de la théorie économique, sociale et historique avec la
foi contredit les fondements de la liberté du chrétien".
Sur la forme: le Vatican a demandé au Père Boff une année de silence
"littéraire" sans lui interdire son enseignement. Il l’a fait "non par le
recours à un pouvoir qu’il n’a pas, mais parce que l’Eglise est une communauté. Et toute communauté qui veut vivre et se perpétuer doit garantir une
identité commune". Le Vatican est intervenu dans ce cas pour dire clairement - "comme elle a le devoir de le faire" - que dans ce cas-ci, "la
doctrine de la théologie de la libération n’était plus une doctrine de cette communauté". (apic/jm/bd)
Le pourquoi de l’absence du cardinal au rendez-vous avec la CTEC (231188)
Fribourg, 23novembre(APIC) Le cardinal Ratzinger avait été absent lorsque
la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC) devait se
rendre à Rome à la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Mgr Ratzinger a
expliqué au micro de la Radio Suisse Romande le 22 novembre que son secrétaire, Mgr Alberto Bovone, et lui-même se répartissent les rencontres avec
les nombreux groupes et personnes qui viennent à la Congrégation. Pour la
CTEC, ils avaient donc prévu que ce soit Mgr Bovone qui soit présent. Il
faut rappeler que la CTEC avait déçue de cette absence. (apic/bd)