Lausanne : Caritas Suisse lance sa nouvelle campagne (221189)
Lausanne, 22novembre(APIC/Pierre Rottet) Aucun discours n’y changera
rien, il faut voir les choses en face: 500’000 enfants sont morts des suites de la dette du Tiers-Monde ces douze derniers mois. C’est ce qu’a révélé Caritas Suisse au cours d’une conférence de presse tenue mercredi 22 novembre à Lausanne sous la présidence de son président, le conseiller national valaisan Vital Darbellay. L’oeuvre d’entraide catholique lance sa nouvelle campagne nationale avec comme point fort "Les enfants de la rue dans
le Tiers-Monde", car le destin de ces enfants sans abri représente pour
elle un défi tout particulier.
La dette du Tiers-Monde menace des millions de vies humaines et les pays
pauvres sont contraints de rembourser des milliards de dollars. Leur développement est étouffé, constate Caritas, qui souligne l’importance de la
pétition qu’elle vient de lancer avec d’autres oeuvres d’entraide suisses
(Action de Carême, l’Entraide protestante suisse, Helvetas, Pain pour le
Prochain, Swissaid). Pétition qui demande au Conseil fédéral et au Parlement de constituer, pour le 700e anniversaire de la Confédération, un fonds
d’au moins 700 millions de francs destiné au désendettement des pays les
plus pauvres.
La corrélation entre les enfants de la rue abandonnés et affamés et la
dette, Moacir Gadotti, professeur à l’Université de Sao Paulo et pédagogue
auprès du secrétariat de l’éducation de cette ville, s’est chargé de la démontrer en exposant la situation du Brésil. Les chiffres sont édifiants
pour ce pays de 140 millions d’habitants sur lequel pèse une dette de quelques 127 milliards de dollars. 15 millions d’enfants souffrent de malnutrition; 9 millions n’ont pas accès à l’école, et 10 millions sont dans l’obligation de travailler.
"Ils contribuent aussi à rembourser la dette", relève Moacir Gadotti.
Pour chaque dollar qui entre au Brésil, deux autres sortent du pays, affirme-t-il, avant d’ajouter : "Chaque enfant brésilien vient au monde avec une
dette de 1000 dollars alors que le salaire mensuel moyen ne dépasse guère
30 dollars". Ces chiffres suffisent à eux seuls pour expliquer la campagne
de Caritas qui depuis des années soutient des programmes en Afrique, en
Asie et en Amérique latine - à Sao Paulo notamment -, en Bolivie et en Colombie.
Au Brésil, on estime à 45 millions les enfants qui vivent dans des
conditions inhumaines. Ils représentent, de plus, un sixième de la force de
travail dans les plantations. Au Pérou, pays dans lequel 170 enfants meurent quotidiennement de malnutrition, des gamins de 6 ans construisent des
bâtiments et vont travailler dans des mines. En Iran, des fillettes tissent
des tapis 72 heures par semaine. En Colombie, 8 enfants sur 10 travaillent.
A l’échelle mondiale, 60 à 70% des enfants de 6 à 14 ans vivent dans une
situation anormale.
D’une manière générale, 110 millions d’enfants dans le monde vivent
d’expédients, vol, mendicité et prostitution, dénonçait pour sa part cet
été à Singapour la Conférence des Ordres religieux de l’Asie du Sud-Est.
Aucun texte ni aucune convention, fut-elle la Convention de l’ONU sur les
droits des enfants adoptée lundi à New York, ne changeront cette réalité
s’ils ne s’accompagnent d’actes concrets, d’une révolution des mentalités.
Car le problème de l’enfant-esclave est un fléau qui existe aujourd’hui; il
n’est pas un phénomène particulier à une aire géographique, culturelle ou
religieuse, ni à une époque... La liste des différents sorts réservés à ces
enfants est longue. Expédiés qu’ils sont d’un pays à l’autre, séparés de
leurs parents, vendus comme domestiques, kidnappés ou abandonnés, abusés
sexuellement, envoyés à la guerre ou exploités dans l’obligation de travailler qui leur est faite.
Autre triste réalité: le tourisme sexuel, "qui rapporte gros et les
clients en veulent toujours plus", constataient cet été à Genève les membres du groupe de travail sur les formes contemporaines d’esclavage. Aujourd’hui, dénonçaient-il, "les petites vierges et les jeunes gamins sains
se vendent bien". Les enfants pauvres du Tiers-Monde sont les premières
victimes de cet odieux tourisme sexuel. (apic/pr/bd)