"La dette extérieure du tiers-monde et la pétition
pour un fonds de désendettement"
Lausanne, 29janvier(APIC) Mieux comprendre le processus historique de la
dette du tiers-monde, ses mécanismes, ses causes, ses conséquences pratiques et éthiques : tel était le but de la dernière assemblée thématique de
la Communauté Romande de l’Apostolat des Laïcs (CRAL) qui s’est déroulée à
Lausanne le 27 janvier. Les délégués des mouvements étaient réunis autour
de Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et
Fribourg pour s’interroger sur "La dette extérieure du tiers-monde et la
pétition pour un fonds de désendettement" et réfléchir à l’engagement des
chrétiens aux côtés des oeuvres d’entraide.
Si les participants ont poursuivi la réflexion amorcée à Bâle en 1989
dans le cadre du mouvement oecuménique mondial "Justice, Paix et sauvegarde
de la Création", ils ont surtout réfléchi au problème de la dette, se familiarisant par des conférences et des témoignages avec le thème de la campagne de Carême 1990, "Le désendettement - une question de survie". La CRAL a
accueilli Jean Vallat, professeur d’économie à l’EPFZ et président de la
commission d’experts du secteur coopération au développement à l’Action de
Carême et le Père Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’"Echo illustré"
et professeur d’éthique à l’Institut de Journalisme et des Communications
sociales de l’Université de Fribourg.
Remettre en cause le système capitaliste
Le professeur Vallat a rappelé que la dette du tiers monde s’élève à environ 1250 milliards de dollars. Evoquant la création en 1944 du Fonds Monétaire International (FMI), il a mis en garde contre le danger d’appliquer
à une économie de subsistance une structure intégrée à une économie monétarisée et dénoncé l’"irresponsabilité" des banquiers. Pour lui, c’est une
erreur et une utopie de vouloir que les lois du marché régissent aussi bien
les pays en voie de développement (PVD) que les pays développés, les premiers étant incapables d’assimiler et de gérer les flux monétaires créés.
Jean Vallat a montré les insuffisances du système capitaliste, relevant que
l’aide financière, loin de profiter entièrement aux pays débiteurs, encourage les exportations des pays développés.
Une telle analyse a conduit l’économiste à remettre en cause le système
actuel basé sur les interventions du FMI, synonymes d’une austérité budgétaire aux conséquences tragiques : blocage des salaires et des dépenses sociales, suppression des subventions aux produits alimentaires, privatisation des services publics, hausse des taux d’intérêt et des impôts. "Il
faut trouver un autre chemin que le FMI" a affirmé Jean Vallat.
Le "remboursement créatif" : peut-être une solution
Quelle solution adopter ? Ni le rééchelonnement de la dette ni son annulation ne sont capables de résoudre le problème. Jean Vallat a proposé une
troisième solution : les "3D" (Dette-Développement-Démocratie), ou "remboursement créatif", qui envisage la création d’un fonds de désendettement
dans les pays industrialisés. Une telle solution permettrait de financer
des projets de développement favorisant les intiatives locales, surtout
dans le domaine social. Elle est celle que prône la pétition lancée l’automne dernier par les oeuvres suisses d’entraide Action de Carême, Pain
pour le Prochain, EPER, Helvetas, Caritas et Swissaid et intitulée : "Le
désendettement : une question de survie".
La dette : un enjeu éthique
L’exposé du Père Longchamp sur "L’argent, la dette et la Bible" a permis
à chacun de mieux saisir l’attitude de l’Eglise face à l’argent. La relecture des textes bibliques a mis en lumière le rôle ambigu de la richesse :
si elle est condamnable par son pouvoir de séduction et sa fausseté, elle
est aussi signe de bénédiction divine.
Dans l’Ancien Testament déjà, le Code de l’alliance fixe des conditions
au prêt : il ne doit pas opprimer l’émigré et ne donner lieu à aucun intérêt, respectant ainsi la valeur fondamentale de la dignité de l’homme et du
travail. Pour le Père Longchamp, dans le Nouveau Testament Jésus inaugure
une ère nouvelle caractérisée par la remise constante des dettes : une invitation à contester toute situation d’injustice. Cette attitude doit être
celle du chrétien, fidèle à l’esprit de l’Ancien Testament. (apic/cor)