Soutien au peuple haïtien et rejet du projet "Barras" sur l’objection
Lausanne, 7décembre(APIC) L’assemblée générale de la section Suisse romande du mouvement international catholique pour la paix "Pax Christi",
s’est déroulée samedi 5 décembre à Lausanne, en présence de Mgr Amédée
Grab, responsable au sein de la Conférence des Evêques suisses du dicastère
de la paix. L’assemblée de Pax Christi a adopté deux résolutions, l’une de
soutien au peuple haïtien après les événements sanglants du dimanche 29 novembre, et l’autre de rejet du projet de modification du code pénal militaire et de la loi fédérale sur l’organisation militaire, connu sous le nom
de projet "Barras".
Particulièrement impliqué dans le processus démocratique en Haïti par
l’envoi comme observateur du processus électoral de son président André Gachet, dans le cadre de Pax Christi International, la section romande de Pax
Christi "exprime son horreur devant la violence sauvage des opposants à la
démocratie" et "dénonce la complicité manifeste entre l’armée haïtienne et
les macoutes qui, par la terreur, ont réussi à bloquer le processus
démocratique en provoquant par la mort et le sang l’arrêt des élections
tant désirées par le peuple haïtien". Pax Christi demande aux militaires du
CNG (Conseil national de gouvernement) d’identifier et de faire juger les
responsables des massacres et de revenir sur leur décision de dissoudre le
Conseil électoral provisoire (CEP). Pax Christi invite les Evêques suisses
et l’Union des Supérieurs Majeurs suisses à encourager l’engagement de la
Conférence épiscopale haïtienne et de l’Union des Supérieurs Majeurs d’Haïti dans le processus démocratique. Le mouvement demande finalement au gouvernement suisse d’intervenir auprès du CNG pour que l’élan démocratique ne
soit pas définitivement arrêté.
La situation des objecteurs de conscience en Suisse ne cesse de préoccuper tous ceux qui ont à coeur le plein respect des droits de l’homme, d’autant plus après l’échec des diverses initiatives populaires à ce sujet
(initiative de Münchenstein et initiative dite "de la preuve par l’acte"),
affirme Pax Christi dans une autre résolution. Dans les milieux d’Eglise,
relève le mouvement catholique, on ne se résigne pas à accepter sans autre
le statu quo actuel. Aussi Pax Christi a-t-elle constitué un groupe de travail pour étudier cette question notamment dans le contexte du projet "Barras" que les Chambres fédérales doivent examiner dans le courant de l’année
1988. Pax Christi "persiste à croire qu’il faut trouver une solution définitive pour les objecteurs de conscience par une modification constitutionnelle établissant un vrai service de remplacement comme alternative au service militaire. Si le mouvement "reconnaît et apprécie" les bonnes intentions du projet "Barras" qui cherche, dans le cadre constitutionnel actuel,
à dépénaliser l’objection de conscience sans la décriminaliser, il constate
cependant que l’objection de conscience demeurerait un acte coupable et
toujours punissable, tandis que serait "maintenue l’inacceptable discrimination entre objecteurs de conscience reconnus - pour des motifs religieux
et éthiques - et d’autres qui ne le seraient pas".
L’Assemblée générale de Pax Christi considère que le léger assouplissement dans l’appréciation des motifs de conscience ainsi que la non-inscription au casier judiciaire seraient de bien maigres consolations pour une
peine certainement plus longue, même qualifiée désormais "d’astreinte au
travail" hors du cadre carcéral. Elle rejette par conséquent le projet
"Barras" et estime préférable une application de la loi en vigeur "avec
tous les assouplissements possibles". En effet, pour le mouvement catholique pour la paix, "l’humanisation de la pratique actuelle semble meilleure
qu’une mauvaise solution qui risque de durer longtemps". (apic/be)