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    Chantiers en cours et réflexions du moment

    Lausanne: Action catholique romande (270193)

    Lausanne, 27janvier(APIC) (Pierre Dufresne) Des personnes engagées dans

    l’Action catholique ont témoigné des actes de la tendresse de Dieu pour les

    plus vulnérables, lors de l’Assemblée de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs (CRAL), qui s’est déroulée samedi à Lausanne. Un petit panorama de quelques chantiers. Dans leur action auprès des chômeurs, auprès

    des victimes de la guerre ou des démunis de chez nous, voire en assumant sa

    condition de veuvage, la présence palpable de l’Evangile vécu peut être

    perçue.

    Gilberte Dominé consacre 25% de son temps, bénévolement, à l’Assemblée

    de défense des chômeurs (ADC) à Genève. Très vite elle a eu l’intuition que

    ces personnes doivent le plus possible s’organiser elles-mêmes, compter sur

    leurs propres forces. Ainsi une vingtaine de chômeurs assurent la permanence de l’ADC, aident d’autres chômeurs, les forment à se défendre eux-mêmes.

    Certains ont retrouvé du travail mais continuent d’apporter leur savoir,

    leur énergie et leur coeur. Le mercredi soir a lieu une réunion de partage.

    Chacun s’exprime. Les "anciens" donnent l’image de personnes qui ont su assumer leur condition difficile. Leur contact est un encouragement pour les

    chômeurs de fraîche date, souvent accablés par la dévalorisation qui accompagne cet état. Bien d’autres, mieux informés, pourraient entrer dans ce

    circuit d’aide mutuelle, de puissant encouragement, de restauration d’une

    dignité humaine momentanément entamée. Il importerait que l’Eglise catholique favorise ce "plus" d’humanité et d’amour, suggère-t-elle.

    "Mieux vaut prévenir que guérir"

    Martin Bernet montre comment "Pax Christi" s’efforce d’agir pour contribuer à mettre fin au conflit dans l’ex-Yougoslavie, indiquant quatre pistes

    d’action. Il suggère aussi une prise de conscience fondamentale: partout,

    dans chaque pays peuvent survenir un jour de tels accès de violence et de

    haine. Un appel à la vigilance. En effet, ne vaut-il pas pas mieux prévenir

    que guérir ?

    Serge Zanoli parle du service social polyvalent de Caritas à Lausanne. Y

    arrivent toujours plus nombreux les démunis d’ici et d’ailleurs, les bas

    salaires, les chômeurs, les personnes qui n’ont qu’une rente AVS ou invalidité, de plus en plus de femmes veuves ou divorcées. Ce qui frappe c’est

    leur degré de solitude, leur désarroi et leur angoisse, surtout chez les

    "nouvellement arrivés dans la pauvreté". C’est aussi la souffrance morale

    des requérants d’asile quand ils s’aperçoivent que certains les considèrent

    comme des voleurs de l’argent des Suisses, celle également des Africains

    objets d’attitudes racistes. Autant de personnes qu’il faut aider à reconstruire leur quotidien.

    "Assumer son veuvage"

    Margrit Suter, parlant des veuves, pose la question: "Est-il vrai que

    l’expérience de celles qui ont traversé la même épreuve ne sert à rien ?".

    Nullement, affirme-t-elle. La fréquentation des veuves qui ont pu assumer

    un tel deuil constitue un encouragement puissant. Elle témoigne: "J’avais

    l’impression qu’une partie de moi-même allait mourir aussi. J’ai fini par

    penser que j’avais au contraire à revivre. Je me sens unie avec mon mari

    pour l’éternité. Aujourd’hui, je salue chaque jour qui se lève en disant

    "oui"..."

    Après ces témoignages, des réflexions ont surgi, des pistes de solution

    ont été esquissées. L’un pense à l’avenir: "Nous entrons dans une ère où il

    n’y aura plus de travail pour tout le monde. Le partage des biens s’imposera encore davantage. Nous aurons à changer de style de vie. Et ces changements personnels devront être accompagnés de changements politiques, d’élaboration de nouvelles politiques. Rendre les gens sujets, acteurs de leur

    propre vie est plus jamais nécessaire face aux défis du monde".

    Vivre dans un style différent?

    Enchainant sur cette remarque , un autre participant a répliqué: "mener

    une vie différente, plus simple, plus modeste est peut-être encore à notre

    portée. Mais que va-t-il advenir de nos enfants, habitués au nécessaire et

    au superflu? Il y a déjà bien des rivalités entre eux maintenant. Si la société devient de plus en plus "à deux vitesse", les répercussions sur les

    plus défavorisés seront terribles. D’autant que si on les prépare à des emplois, ils ne sont guère formés à la vie. Ce sont de nouvelles recrues pour

    la drogue!".

    "Ne nous laisssons pas accabler", réplique quelqu’un. "Dans toutes les

    situations, il subsite des marches de manoeuvre, de pouvoir. Il importe de

    l’utiliser et de promouvoir ensemble de nouvelles pratiques favorables aux

    plus faibles. Il le faut d’autant plus que ceux-ci par crainte, sont plus

    enclins à se protéger qu’à s’engager et prendre des risques".

    D’autres participants ont voulu dire aussi leurs réflexions sur le plan

    de la foi et de l’évangélisation. "Les mouvements d’action catholique sont

    complémentaires; ils doivent s’ouvrir les uns aux autres; et même favoriser

    le passage de l’un à l’autre quand c’est judicieux. Il leur faut mieux utiliser les médias pour faire passer leur message et former l’opinion publique dans le cadre concret des réalités présentes".

    Les exigences de la vie de foi

    Enfin d’autres ont tenu à exprimer des exigences toutes simples, sous

    forme lapidaire, pleines de l’expérience vécue: "Il est urgent d’inverser

    la présentation actuelle des exigences évangéliques: ce qui est à faire

    doit primer sur ce qu’on ne doit pas faire". Ou bien: "La prière doit être

    un moteur d’action et non une évasion, un refuge". Ou encore: Au sein des

    mouvements, il faut vivre une fraternité réelle; chacun doit être une petite Eglise où l’on s’aime et s’aide. C’est une condition de leur efficacité;

    enfin : "Ni les personnes individuellement ni les mouvements ne peuvent se

    passer, surtout aujourd’hui, d’un prophétisme d’engagement".

    Concluant la journée, Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire à Lausanne,

    souligna avec force que nous devons croire à la présence et à l’efficacité

    de l’Esprit dans le monde et en même temps savoir qu’il ne veut pas le

    transformer, ce monde, sans notre participation active. Une conclusion que

    les mouvements d’Action catholique n’ont eu aucune peine à faire leur.

    (apic/pd/ba)

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