Où les prêtres catholiques peuvent-ils être formés? Cette question fait l'objet d'un différend entre le cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne et le gouvernement régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Deux juristes interviennent dans le débat.
Les professeurs d'université Stefan Muckel et Markus Ogorek mettent en garde l'archevêque de Cologne, Mgr Rainer Maria Woelki, contre le transfert de la formation scientifique des prêtres de l'université publique de Bonn à la faculté de théologie catholique de Cologne (KHKT), qui appartient à l'Église, rapporte l'agence KNA le 7 août 2025.
Concordat de Prusse de 1929
Une telle mesure serait contraire au concordat de Prusse de 1929 (voir encadré), un accord toujours en vigueur entre le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et le Vatican, écrivent Stefan Muckel et Markus Ogorek dans un article qui sera publié prochainement, et dont dispose l'agence de presse catholique KNA. Interrogé par KNA, l'archevêché a déclaré qu'il n'y avait pas de transfert de ce type.
Depuis des années, la KHKT fait l'objet d'un conflit entre l'Église et le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. En 2020, l'archevêché avait repris l'université des Missionnaires de Steyl, à l'initiative du cardinal Woelki. Depuis lors, de futurs prêtres y étudient également la théologie.
Critiques: contrepoids conservateur
Les détracteurs reprochent à l’archevêque de Cologne de vouloir créer, avec la KHKT, un contrepoids conservateur à la faculté de théologie catholique de l'université de Bonn. Le gouvernement régional insiste sur le fait que seule l'université de Bonn est un lieu de formation pour les prêtres de l'archevêché et souhaite, à partir de l'année prochaine, ne plus reconnaître le cursus correspondant à la KHKT. Il s'appuie pour cela sur le concordat prussien.
Archevêché: pas d'obligation d'étudier à Cologne
Cette position est soutenue par les auteurs de l'article qui doit paraître en octobre dans la revue spécialisée Die Öffentliche Verwaltung et dont le Frankfurter Allgemeine Zeitung a été le premier à rendre compte.
Le concordat de Prusse contient une garantie d'existence pour la faculté de théologie de Bonn. Il interdit ainsi à l'Église de créer des centres de formation concurrents.
«Car la garantie d'existence n'a de sens que si l'offre de formation fournie par l'État est effectivement utilisée», expliquent Stefan Muckel et Markus Ogorek. Interrogé par KNA, l'archevêché a souligné que les futurs prêtres pouvaient choisir librement leur lieu d'études, par exemple à Cologne, Bonn, Lantershofen, Paris, Würzburg ou Munich. (cath.ch/kath.ch/kna/bh)
Le concordat de Prusse
Le concordat signé le 14 juin 1929, dit «concordat prussien", prévoyait la définition du statut juridique de l'Église catholique en Prusse, particulièrement en matière d'enseignement, de nominations ecclésiastiques, et de biens de l'Église. Négocié par Eugenio Pacelli (futur pape Pie XII), alors nonce apostolique, l'accord donna notamment un cadre à l'érection du diocèse d'Aix-la-Chapelle et du diocèse de Berlin et un remaniement territorial de plusieurs prélatures et missions catholiques dans ce qui fut l'État libre de Prusse. Aujourd'hui, quand on entend le mot 'concordat', on pense d'abord au concordat signé le 20 juillet 1933 entre le Saint-Siège et le Reich allemand. Ce concordat de 1929 a eu une influence sur la signature du Concordat avec le Reich allemand en 1933, également négocié par Eugenio Pacelli, qui a cherché à obtenir un accord similaire avec le régime nazi. BH