La visite du pape au Bénin (050293)
Cotonou, 5février(APIC) (Michel Bavarel) Dans l’intimité d’une petite
salle proche de l’archevêché de Cotonou, Jean Paul II recevait, jeudi soir,
entre une réception à la présidence de la République et les vêpres à la
cathédrale, une délégation des adeptes des religions traditionnelles et
notamment du culte vaudou.
Vêtus de costumes hauts en couleurs, coiffés qui d’une couronne dorée,
qui d’un casque colonial, ces délégués accueillirent chaleureusement le pape, alors que retentissaient tambours et calebasses et que des danseuses en
tunique rouge se déhanchaient. Ce fut un joyeux désordre, d’autant que le
service de sécurité avait de la peine à contenir les photographes.
"Nous adorons tous, sous quelque nom et de quelque manière que ce soit,
l’unique Créateur de l’univers", affirma un dirigeant de la Communauté nationale du culte vaudou, avant d’exprimer sa joie de rencontrer le chef de
l’Eglise catholique. "Vous êtes au milieu de nous comme le signe tangible
de l’amour du Dieu vivant", dit-il au Saint-Père. "L’animisme a été et demeure pour bon nombre de Béninois, l’expression la plus heureuse du sentiment religieux. Il n’y a aucune honte à cela. Au reste, il y a des milliers
d’animistes qui vont tous les dimanches à l’église", ajouta-t-il. Il déplora cependant "la campagne de dénigrement" dont font l’objet les adeptes du
culte vaudou dans certaines Eglises et paroisses.
La reconnaissance envers les aînés
"Vous êtes fortement attachés aux traditions que vous ont léguées vos
ancêtres. Il est légitime d’être reconnaissant envers des aînés qui ont
transmis le sens du sacré, la croyance en un Dieu unique et bon, le goût de
la célébration, l’estime pour la vie morale et l’harmonie dans la société",
répondit le pape. "Vos frères chrétiens apprécient comme vous tout ce qui
est beau dans ces traditions. Mais ils sont également reconnaissants dans
leurs ancêtres dans la foi, depuis les Apôtres jusqu’aux missionnaires, de
leur avoir apporté l’Evangile", releva-t-il ensuite.
Jean Paul II insista encore sur le fait que Jésus n’a forcé personne et
que l’Eglise considère la liberté religieuse comme un droit inaliénable. Il
remit aux représentants des religions traditionnelles, en cadeau, un tableau dont le président de la conférence épiscopale, Mgr Lucien Monsi-Agboka, expliqua le sens. Sur ce tableau, on voit un arbre qui figure la croix
de Jésus- Christ et deux calebasses, l’une ouverte, l’autre fermée. La calebasse fermée, c’est le vaudou avec ses secrets, la calebasse ouverte le
christianisme.
Un fond de polémique
Cette importante rencontre - inédite - entre le pape et les adeptes du
vaudou s’est déroulée sur fond de polémique. Celle-ci a surgi à propos de
"Ouidah 92", un festival des arts et cultures vaudou organisé la semaine
prochaine par la République du Bénin, avec l’aide de la France. Il se tiendra à Ouidah, une bourgade de la côte où de nombreux esclaves ont été embarqués pour l’Amérique. Il se situe d’ailleurs, avec un léger retard, dans
le cadre du 500e anniversaire du voyage de Christophe Colomb et les prêtres
vaudou d’Haïti, du Brésil et de Cuba y participeront.
Des chrétiens craignent qu’en mettant en valeur la culture vaudou,
l’Etat béninois favorise en même temps une restauration du culte vaudou.
Certains vont jusqu’à dire que le festival est dirigé contre l’Eglise. Il
est vrai que sur le terrain, les conflits ne sont pas rares entre les adeptes du vaudou ou d’autres cultes traditionnels qui ont tendance à imposer
les coutumes et des chrétiens qui résistent au nom des droits de l’homme.
"Les progrès du catholicisme ne nous effrayent guère. La conscience de
la liberté gagne du terrain dans notre pays. Elle envahira nos communautés", a déclaré le représentant de la communauté vaudou devant Jean Paul II
pour apaiser ces craintes. (apic/mbv/ba)