La violence continue au Salvador (090590)
Madrid, 9mai(APIC) La violence continue au Salvador. Le nouveau recteur
de l’Université catholique centro-américaine de San Salvador (UCA), le Père
jésuite Francisco Estrada, craint pour sa vie et affirme que le président
salvadorien Alfredo Cristiani "ne contrôle en somme rien du tout" dans le
pays. Le Père Estrada avait succédé au Père Ignacio Ellacuria, assassiné le
16 novembre dernier à l’UCA avec cinq autres jésuites et deux femmes.
Dans une interview publiée mercredi par le quotidien madrilène "El
Pais", le Père Francisco Estrada déclare craindre constamment pour sa vie.
Il accuse: "Les meurtres et les déportations continuent, de même que les
bombardements des campagnes et la poursuite des réfugiés jusqu’au Honduras". Selon lui, les escadrons de la mort sont toujours présents et la mentalité des militaires n’a pas changé. Pour les militaires salvadoriens,
"celui qui est contre eux est un communiste et les communistes, il faut les
tuer".
Le Père Estrada n’espère plus que l’on puisse demander des comptes pour
le meurtre des six jésuites et des deux femmes. L’un des principaux accusés, le général Guillermo Alfredo Benavides, directeur de l’école militaire
de San Salvador au moment des assassinats, vit "comme un roi" dans une maison de repos pour officiers. Le président salvadorien Alfredo Cristiani
n’est pas impliqué dans l’affaire du meurtre, mais "il ne contrôle en somme
rien du tout", a affirmé le Père Estrada.
Lundi le porte-parole de la Maison Blanche à Washington, Marlin Fitzwater a exprimé l’inquiétude du gouvernement américain face à la lenteur de
la procédure contre les militaires qui ont attaqué l’Université. La décision, qui est actuellement en discussion au Congrès, concernant la poursuite de l’aide au Salvador est déterminée essentiellement par la progression
de l’enquête sur le meurtre des jésuites, a ajouté Fitzwater. La somme discutée se monte pour l’exercice en cours à environ 285 millions de dollars.
L’aide militaire pourrait cependant être réduite de moitié.
OUverture d’une enquête sur un document-clé
A la suite des déclarations de la Maison Blanche, le président salvadorien a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête sur la disparition d’un document - les noms des soldats qui sont entrés dans l’école militaire ou en
sont sortis dans la nuit du 16 novembre 1989 - qui contiendrait des preuves
dans l’affaire des jésuites assassinés. Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque
auxiliaire de San Salvador, a quant à lui affirmé que si l’enquête était
menée à bien, elle permettrait de remonter "jusqu’ à la centrale de commande des forces armées". (apic/kna/cic/cor)