«La venue du pape en Irak est un acte prophétique», a confié le Patriarche des Chaldéens, Mgr Louis-Raphaël Sako, le 7 décembre 2020, réagissant à l’annonce le même jour par le Bureau de presse du Saint-Siège du voyage du pontife argentin en Irak du 5 au 8 mars 2021.
Elevé au rang de cardinal en 2018, Raphaël Sako a exprimé à l'agence I.MEDIA toute sa joie quant à la venue de l’évêque de Rome dans son pays pour une durée de trois jours. Selon le prélat irakien, le pape pourrait célébrer une messe à Bagdad, la capitale du pays, ainsi qu’à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, au nord du pays. Il devrait en outre participer à une rencontre interreligieuse sur le site de l’ancienne ville d’Ur, à 370 kilomètres au sud-est de Bagdad, à l’endroit même où, selon la Bible, Abraham, le “Père” des trois religions monothéistes, naquit.
Un message d'espérance
«La venue du pape en Irak est un acte prophétique, un message d’espérance et de fraternité», a confié le cardinal Sako suite à l’annonce officielle de la venue du pape dans son pays. «Le Saint-Père veut dire à l’Irak mais aussi à tous les pays qui nous entourent et qui souffrent que nous sommes frères et qu’il faut collaborer ensemble», a-t-il souligné. Il s’agit également d’un geste à l’adresse des terroristes: «Par son passage à Mossoul, le pape François veut montrer que le terrorisme n’a pas d’avenir».
Le Patriarche rappelle en outre que le pape porte un message de fraternité depuis des années, mais que «les gens ne l’ont pas entendu, malgré les armes et les morts». Durant le voyage, le cardinal irakien est certain que le successeur de Pierre saura marteler l’appel de l'encyclique Fratelli tutti. «Il fera entendre une autre voix, une voix prophétique. 'Vous êtes frères et membres de la même famille! Pourquoi vous déchirez-vous? Aimez-vous les uns les autres!'». Cette déclaration qu’imagine déjà Mgr Sako sera peut-être portée lors de la cérémonie interreligieuse qui pourrait avoir lieu symboliquement sur le site d’Ur, au pays d’Abraham.
À Mossoul, signifier la “renaissance” du christianisme
Le passage du pontife à Mossoul six ans seulement après la prise de la ville par l’organisation État islamique sera, pour le chef des Chaldéens, un symbole de « renaissance ». « C’est un signe de réveil de l’identité chrétienne et irakienne », a-t-il assuré, espérant que cette visite fasse avancer les revendications de la jeunesse irakienne et des chrétiens en matière d’accès aux droits civiques, de citoyenneté ou bien simplement de respect de la dignité de chacun.
Dans l’ancienne "capitale" de Daech en Irak, le pape François pourrait se rendre au chevet de quatre églises détruites par les islamistes – chaldéenne, arménienne, syriaque catholique et syriaque orthodoxe. Le symbole que représente sa venue dans la région pourrait encourager les chrétiens à y retourner.
«Le gouvernement fera tout pour assurer le sécurité du voyage»
Pour autant, le Patriarche se veut réaliste et n’imagine pas que la venue du pape fera revenir les milliers de chrétiens irakiens exilés à l’étranger après des années de souffrance. «Il faudra attendre. Tout dépend de la situation», tempère-t-il, avant d’insister lourdement: «Le retour des chrétiens dépend des musulmans. Ils doivent accueillir leurs frères chrétiens qui ont beaucoup donné à l’Irak et aux autres pays du Moyen-Orient, comme le Liban ou la Syrie. Il faut qu’ils comprennent que les menacer et les chasser est une grande perte pour tout le monde».
Sur la question de la sécurité du voyage, le cardinal irakien ne se veut pas inquiet. «Le gouvernement fera tout pour assurer la sécurité du Saint-Père», assure-t-il, confiant.
Sur Twitter, le président de la République irakienne a d’ailleurs salué la venue du pontife, une première pour son pays. «Ce voyage du pape François en Mésopotamie, berceau de la civilisation, lieu de naissance d’Abraham, Père des fidèles, sera un message de paix aux Iraquiens de toutes les religions et permettra d’affirmer nos valeurs communes de justice et de dignité», a écrit Barham Salih. (cath.ch/imedia/hl/rz)