La Suisse et l’endettement des pays les moins avancés (260189)
Fribourg, 26janvier(APIC) Pour marquer le 700e anniversaire de la Confédération suisse qui aura lieu en 1991, l’Eglise avait proposé de faire un
geste en faveur des pays du tiers-monde qui croûlent sous le poids de leurs
dettes extérieures. lancée en 1986 par les oeuvres d’entraide, Pain pour le
prochain et l’Action de carême en collaboration avec l’Institut d’éthique
sociale de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse et la Commission nationale suisse Justice et Paix, l’idée à depuis fait son chemin. Un
projet de recherche en vue de favoriser le désendettement des pays les
moins avancés (PMA) a pris naissance. Il est dirigé par le professeur Maurice Villet de l’Université de Fribourg et Hans Balz Peter, directeur de
l’Institut d’Ethique social, et soutenu financièrement par le Fonds national.
Les oeuvres d’entraide voient dans l’année 1991, l’année du 700e, une
occasion unique de concrétiser le sentiment de solidarité qui lie un pays
riche comme la Suisse aux pays pauvres du tiers-monde. Elles ont suscité et
apporté leur soutien à un avant-projet élaboré par l’Université qui a limité sa tâche à la recherche fondamentale et à l’établissement d’une base
scientifique indispensable à l’acceptation par les milieux concernés par la
dette, d’un éventuel programme d’action concrète.
Selon le niveau du revenu par tête, on distingue aujourd’hui, tant dans
les milieux scientifiques que politiques, deux sortes de débiteurs: les
pays à revenus intermédiaires (du type des pays latino-américains) et les
pays à bas revenus (du type des pays d’Afrique sub-saharienne). Pour cette
dernière catégorie, les propositions de la Conférence de Toronto du Fonds
Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale à Berlin, ont ouvert
la voie à une solution préconisant l’allégement, voire l’annulation complète de la dette extérieure.
Des impératifs éthiques
L’esprit de la recherche menée par les professeurs Villet et Peter et
par une équipe de trois jeunes chercheurs est empreint de deux types de
préoccupatons, l’une de nature économique, l’autre éthique. Persuadés que
les différents modes de financement doivent s’inscrire dans une conception
globale du développement, les chercheurs du projet veulent aboutir à un
choix de politique économique qui ne soit pas uniquement préoccupé d’efficacité économique. Les responsables partent de l’idée que des propositions
rationnelles au point de vue économique peuvent avoir des incidences concrètes (sociales, démographiques) éthiquement inacceptables. Il faut alors
que la décision soit dominée par des impératifs éthiques, font-ils remarquer.
Le projet en question se distingue des propositions de Toronto et de
Berlin. Si ces dernières visent à l’effacement des dettes envers les créanciers publics, l’objectif du projet est d’effacer les dettes envers les
créanciers privés, celles contractées envers les créanciers publics suisses
ayant déjé été remises et transformées en dons. Selon le professeur Villet,
il convient dans le cadre de ce projet de rassembler un milliard de francs
afin de rembourser en partie les créanciers privés suisses qui remettraient
les dettes aux pays débiteurs. De plus, les pays endettés pourraient convertir leur créance, jusqu’ici en monnaie forte, en monnaie de leur pays,
de sorte que cet argent soit utilisé pour des projets de développement.
Le travail de recherche n’a pas encore abouti à une proposition définitive, mais il est certain que celle-ci veillera à porter le bénéfice du
désendettement sur les classes les plus démunies des pays pauvres, fait remarquer le professeur Villet. Qui ajoute: "Comment ne pas y voir une manifestation d’une recherche qui, tout en étant guidée par une éthique
chrétienne, n’est en rien menacée dans sa démarche scientifique!".
(apic/pr)