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    Une fête des familles à Sion, en 2018 © Bernard Hallet

    La Rencontre mondiale des familles au chevet des couples blessés

    « Les difficultés sont nombreuses dans les couples » mais « le Christ ne brise jamais son alliance » : le témoignage atypique d’un prêtre ayant lui-même vécu l’expérience du mariage, de la séparation et du veuvage avant de s’engager dans le sacerdoce a marqué le deuxième jour de la Rencontre mondiale des familles, le 23 juin 2022.

    Des participants venus du Canada, d’Afrique du Sud et d’Italie ont évoqué des situations douloureuses de séparation et de divorce, mais ont aussi offert des témoignages de pardon et de réconciliation, devant les participants rassemblés en Salle Paul VI.

    Danielle Bourgeois, une femme venue de Montréal, au Québec, et marquée par l’humiliation d’un divorce subi quand elle n’avait que 30 ans, a présenté la famille spirituelle « Solitude Myriam ». Ce mouvement propose une vie communautaire à des personnes séparées ou divorcées ayant choisi de demeurer dans la fidélité à leur premier engagement en devenant des célibataires consacrés et en promouvant « la sainteté des couples et des familles ».

    Elle a expliqué avoir fondé cette communauté en 1981, en la présentant comme « une réponse de Dieu à la misère de son peuple » et une expérience «ajustée à notre époque», qui donne l’opportunité au Seigneur de « consoler ses enfants blessés ».

    Cette Canadienne a évoqué la détresse de nombreux jeunes femmes abandonnées par leurs maris, et qui l’ont contactée après qu’elle soit intervenue dans des paroisses pour témoigner de son parcours spirituel après son divorce. Elle a pris un soir l’initiative de réunir chez elle douze de ces femmes « qui pleuraient au téléphone, brisées par le rejet de leur époux » et culpabilisées par la détresse de leurs enfants « qui mendiaient le retour de leur papa ».

    Une quête de guérison pour les femmes seules et pour les enfants

    Au fil des années, les temps de prière et l’écoute de la Parole de Dieu ont permis à certaines femmes de cheminer vers le sacrement du pardon. « Jésus guérit les cœurs blessés», a souligné Danielle Bourgeois, en remarquant que ces femmes ont pu passer « de la tristesse à la joie », en pardonnant même, dans certains cas, à la nouvelle compagne de l’époux. Ces situations ont aussi permis aux enfants de retrouver un peu plus de sérénité, notamment lorsque leurs mères ont cessé de rechercher des compensations avec d’autres hommes dans des relations parfois instables, pour se recentrer sur leurs enfants et leur relation avec Dieu.

    Grâce au soutien de cette communauté, certains couples en difficulté peuvent aussi « échapper au divorce » et « revenir à leur premier amour », s’est-elle émue, en expliquant que ces réconciliations sont une grande joie pour les personnes divorcées qui ne veulent pas que d’autres couples vivent les mêmes traumatismes. « Merci à Dieu qui guérit les cœurs », a-t-elle lancé.

    Le groupe initial de 12 personnes s’est progressivement agrandi et la communauté s’est structurée grâce au soutien du diocèse de Montréal, à partir de 1984, et à l’octroi d’une maison. Elle compte actuellement sept maisons ou relais au Canada, et elle s’est aussi implantée en Argentine, au Chili, aux États-Unis, en Suisse, en Autriche, en Allemagne, en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion.

    Le père Erick Kagy, prêtre accompagnateur de la Famille « Solitude Myriam » a souligné la responsabilité d’une pastorale de la réconciliation et de la médiation, pour laquelle il a été missionné par le diocèse de Montréal. Ce prêtre a un parcours atypique, car a lui-même été marié puis séparé. Par la suite, son épouse est décédée, et, devenu veuf et donc célibataire selon le droit de l’Église, il a ensuite voulu « donner sa vie plus radicalement ». Après un temps de discernement et de formation, il est devenu prêtre diocésain.

    Le Père Kagy, qui est aussi père et grand-père, a souligné que « ce sont les enfants qui sont les plus malheureux, les plus blessés » dans les situations de divorce. Il a mis en avant « l’insécurité » que provoque « un monde enténébré », en relevant le manque de compréhension du sens du sacrement et de l’indissolubilité du mariage parmi les jeunes qui veulent se marier. « Des couples heureux » peuvent être de « bons formateurs », a-t-il toutefois souligné, remarquant aussi l’importance de la compassion vis-à-vis des couples séparés et divorcés.

    Le pardon « change l’avenir »

    Stephen et Sandra Conway, venus d’Afrique du Sud, ont présenté le mouvement “Retrouvaille”, qui organise des sessions pour des couples en difficulté. Eux-mêmes ont traversé une période de crise, lorsque Stephen s’est progressivement investi dans son club sportif plus que dans son foyer, dans lequel il souffrait du manque d’intimité lié à la présence de ses beaux-parents. Il a fini par avoir une liaison avec une femme avec qui il faisait de la course à pied.

    Son épouse s’est sentie profondément humiliée et en colère lorsqu’elle a découvert cette relation, mais un parcours de lecture de la Parole de Dieu leur a permis de trouver le chemin de la reconstruction et du pardon, à l’image de Jésus qui a « sauvé la femme adultère de la lapidation », ont-ils expliqué.

    « Le pardon ne change pas le passé mais change l’avenir », a précisé Stephen, qui a reconnu que « le processus de guérison ne se fait pas du jour au lendemain », mais que l’honnêteté et le dialogue entre époux permettent d’avancer. Il ne s’agit pas de revenir dans la phase romantique et naïve des débuts d’une relation, mais dans « la phase de la joie », en s’identifiant comme couple et non plus comme deux individus aux intérêts divergents.

    Le mariage répond à un « désir divin »

    Karine et André Parreira, des Brésiliens parents de sept enfants et venus du Minas Gerais, sont engagés dans l’accompagnement des couples en difficulté, en lien avec l’Institut Jean-Paul II pour la famille. Ils ont comparé l’amour familial à « un diamant, à différentes facettes », en rappelant que Dieu s’est incarné dans une famille. « Le mariage n’est pas une simple volonté humaine, mais un désir divin », ont-ils insisté.

    L’amour conjugal est donc un « chemin de sainteté : nous rencontrons notre conjoint pour rencontrer Dieu », ont-ils souligné. L’expérience quotidienne de l’amour familial et du pardon fait progresser vers la sanctification, et la présence du Seigneur donne un sens à ce « cheminement exigeant et stimulant ».

    « Nous ne vivons pas dans un monde de fantaisie », et la recherche du Ciel nécessite de « garder les pieds sur terre », ont-ils reconnu, s’inquiétant de la montée des divorces après la pandémie, une situation qui révèle des lacunes sur le sens de la vie familiale, et la perte du sens du pardon.

    Ils ont néanmoins reconnu que les crises rencontrées par les familles n’ont pas de solutions faciles ou formatées. « Nous devons prendre garde à ne pas transformer le couple en expérience technique », ou à transformer la pastorale familiale en « usine à couples ». La famille doit être « l’image de Dieu, et non pas le résultat de techniques ».

    Cette série de témoignages sur les blessures familiales était animée par un couple de Milanais, Cristina Riccardi et Paolo Pellini, mariés depuis 1992 et parents de trois enfants. Ils ont insisté sur l’importance d’un accompagnement régulier et patient des couples, avant et après le mariage, pour « éviter les déchirures, voire les ruptures définitives ». Engagés également dans une association de soutien pour les enfants placés hors de leur foyer d’origine en raisons de fragilités familiales, ils ont souligné que l’Église doit se pencher sur les « problèmes réels des personnes ». (cath.ch/imedia/cv/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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