remise à la Chancellerie fédérale avec 250’000 signatures
Rendez-vous le 21 juin au Conseil national
Berne, 12juin(APIC) C’est munie de quelque 250’000 signatures que la pétition des oeuvres suisses d’entraide intitulée "Le désendettement, une
question de survie" a été remise mardi à Berne à Francine Jeanprêtre, présidente de la Commission des pétitions du Parlement. Premier test pour la
pétition : le jeudi 21 juin, le conseiller national radical soleurois Urs
Scheidegger proposera à la Chambre du peuple d’entrer en matière sur une
proposition de porter l’aide officielle prévue pour des opérations de désendettement en faveur des pays les plus pauvres de 100 à 700 millions de
francs.
Devant la Chancellerie fédérale, des jeunes étudiants originaires du
tiers-monde ont porté une "montagne de dettes" en sagex, que le secrétaire
central de l’oeuvre d’entraide protestante "Pain pour le Prochain", Hans
Ott, a entrouverte avec un levier, faisant apparaître les cartons contenant
les signatures récoltées en huit mois à travers toute la Suisse. La pétition, qui a connu un succès certain dans la population malgré la complexité
des mesures proposées, ne demande pas que l’on efface simplement la dette
des pays les plus pauvres du tiers-monde. Elle propose en fait la constitution d’un fonds de désendettement "créatif" de 700 millions de francs, à
l’occasion des 700 ans de la Confédération en 1991. La remise de la dette
se ferait à la condition que le gouvernement bénéficiaire constitue un
fonds de développement en monnaie locale pour financer des projets à la base dans le domaine de la santé, de la formation, de la production alimentaire pour la population, etc.
Pour Urs Scheidegger, président du Groupe parlementaire Suisse-TiersMonde, la population mondiale va passer de 5 à 8 millliards ces prochaines
années, au "profit" essentiellement du tiers-monde. Cela va encore augmenter la pression démographique, avec comme conséquences possibles l’accroissement de la sous-alimentation, de l’analphabétisme, des maladies, de la
destruction écologique... poussant encore plus de demandeurs d’asile en direction des pays du Nord.
La part de responsabilité des pays riches
A terme, estime-t-il, il est impensable que l’humanité puisse vivre de
façon équitable et pacifique si la prospérité matérielle ne profite qu’à
quelques pays tandis que la misère continue de faire des ravages dans tous
les autres. Ainsi, même si une partie des problèmes se trouve dans les pays
pauvres eux-mêmes (corruption, budgets militaires, projets de prestige,
etc.), les pays riches ont également une grande part de responsabilité. Et
d’affirmer de façon imagée : "On ne voit pas comment les plus pauvres d’entre les pauvres pourraient - comme le baron de Münchhausen - se prendre
eux-mêmes par les cheveux pour se sortir du marais de l’endettement".
Dans cet esprit, la pétition des oeuvres d’entraide "indique des voies
possibles". Le parlementaire radical a bon espoir que sa proposition de
porter le montant prévu pour des opérations de désendettement de 100 à 700
millions de francs (comme le demande la pétition) sera acceptée le 21 juin
par le Conseil national, avec l’aide de la gauche, des écologistes, mais
également d’une partie des démocrates-chrétiens et des radicaux.
Vue du tiers-monde, la création d’un fonds de contrepartie en monnaie
locale présente plus d’avantages que d’inconvénients. Comme l’a rappelé à
Berne le professeur Gervase Maipose, de l’Université de Lusaka, en Zambie,
il existe déjà un petit fonds de ce genre dans son pays, le "Swiss Kwacha
Fund", soutenant principalement des programmes agricoles coopératifs. Le
risque d’accroître par un tel fonds la poussée inflationniste - argument
avancé par les opposants à cette initiative - est largement compensé par
les bénéfices qu’on en retire si on adopte cette mesure de façon paritaire
et différenciée. (apic/be)