La parole, le son des mots prononcés et articulés chaque jour, entendus,
chesse peu valorisée bien qu’utilisée dans toutes les langues du monde. Du
premier cri poussé à la naissance au dernier soupir... Une richesse parce
que véhicule de la pensée, des sentiments de bonheur ou de tristesse. Une
richesse, disions-nous, que ne partage pourtant pas tout le monde, les handicapés de la parole, les sourds, les enfants trisomiques ou infirmes moteur cérébraux, psychotiques, autistes ou autres caractériels. C’est pour
eux que se bat depuis plus de trente ans Soeur Madeleine Dunoyer de Segonzac, une missionnaire de Notre-Dame d’Afrique (Soeur Blanche) d’origine
française. De son expérience est née "La dynamique de la parole", pour que
cette dernière vibre, soit mouvement et couleurs. Une "méthode" qui depuis
10 ans maintenant fait ses preuves en France et en Suisse notamment.
Prononcez sans les dire les syllabes "be" et "pe". Sur les lèvres apparaissent un même mouvement, un même dessin. Pas évident, pour l’enfant
sourd, par exemple, de faire la différence: les deux sons étant pratiquenent semblables. Prononcez à présent fortement et à haute voix les mêmes
syllabes. Le "pe" devient explosion des lèvres, du corps, alors que le
"be", plus doux, entraîne une retombée, une relaxation. Explosion et relaxation? Exprimées en plus avec le mouvement, les mots semblent ainsi sortir
du corps entier. Un mouvement que Soeur Dunoyer de Segonzac a un jour codifié en le laissant vagabonder à coups de couleurs appliquées du bout des
doigts sur une feuille de papier. Des couleurs devenues traces, formes,
simplement..., des mots puis des phrases nés du senti, du ressenti et des
sensations. Des traces que l’enfant transformera en paroles. Une méthode
nouvelle basée sur le sentir, le voir et le toucher... l’oeuvre de sa vie
née d’une longue expérience dans le domaine de la phonétique et de la linguistique, mais aussi de l’observation des sensations et des expressions
corporelles.
Méthode? "Non, je n’aime pas ce terme", s’insurge avec un sourir qui ne
la quitte pas souvent, mais avec la passion qui l’anime, cette Soeur pas
"comme les autres". "Ma démarche, qui est un retour à la dynamique naturelle de la parole, n’a rien de la sécurité que procure une méthode. Voilà
pourquoi, déliberémment, je ne veux pas utiliser ce mot".
Pour mettre au point et rendre vivante cette "dynamique", son initiatrice a fait l’amalgame de trois sources d’influences. La méthode Martenot, où
les techniques ne sont pas une fin en soi, mais de simples supports pour
l’expression personnelle et la créativité; elle calque ses propres mouvements et son rythme sur les mouvements et le rythme de toute vie. "Une révélation pour moi dès que j’ai découvert que l’on y peignait avec les
mains... Avec le corps entier...". La méthode "Verbo-tonale" ensuite, proche de la précédente, où l’"on entend avec tout le corps". Partant du principe que la production d’un son ou d’un groupe de sons n’est pas seulement
le résultat d’un mouvement de la langue à différents endroits de la bouche,
cette méthode fait appel aux rytmmes des mouvements corporels globaux, dans
le but de faciliter le placement et les mouvements des organes phonateurs.
Marcel Jousse enfin, un savant, un explorateur de la psycho-psychologie humaine de cette première moitié du XXe siècle.
Des influences qui s’ajoutent au vécu de Maleleine, ainsi familièrement
appelée par les éducateurs qui suivent ses stages de formations. Car le vécu de cette religieuse de 70 ans n’a rien de banal, remplit qu’il est de sa
"mission" entièrement tournée vers l’enfant. Née en 1922, à cinq ans déjà,
elle se met au piano puis accompagne ses cinq frères et soeurs au violon.
La musique va l’influencer pour approcher plus tard les enfants sourds. Au
même titre que le dessin et la couleur du reste. Le cousin germain de son
père n’étant autre que le peintre français André Dunoyer de Segonzac.
Artiste dans l’âme, pédagogue par goût, cela n’empêchera pas Madeleine
d’entrer dans les Ordres à l’âge de 21 ans. Et d’accepter ensuite d’être
envoyée par ses Supérieures pour enseigner les oremiers rudiments aux
petites filles berbères de Ouargla, là où il faut chaud, en plein Sahara.
"Puis ce fut auprès des petites Kabyles dans différents endroits du
Djurdjura, enfin Alger, à l’Institut des jeunes sourds". Trente-trois ans
de vie partagée dans un pays multilingue et multiculturel, avec des
populations souvent de pur style oral.