La mosquée Dar Assalam, à Kriens (LU), a annoncé le 16 octobre 2019 qu'elle se séparait du prédicateur irakien Abdulrahman O., suspecté d'avoir préconisé l'usage de la violence contre les femmes. La communauté islamique de Lucerne (IGL) a fait part de sa ferme volonté de se distancier de l'extrémisme.
Abdulrahman O. est actuellement sous le coup d'une enquête de la part du Ministère public lucernois pour incitation à la violence, rapporte la Luzerner Zeitung (LZ) du 16 octobre. Il a été temporairement arrêté, puis relâché. En août 2019, l’imam irakien aurait recommandé aux fidèles d’infliger "des coups légers" aux épouses "afin de les discipliner". L'affaire s'était ébruitée dans les médias. Le 6 octobre, le prédicateur âgé de 38 ans avait confirmé dans le journal zurichois SonntagsZeitung qu’il était "légitime" qu’un homme batte sa femme.
Abdulrahman O. a déjà eu maille à partir avec la justice pour des soupçons d'activités extrémistes. En 2015, la police avait saisi à son domicile des documents à contenus islamistes. Il était également accusé d'avoir diffusé de telles opinions dans des mosquées de Zurich et de Lucerne. Début 2016, il a été jugé avec trois autres Irakiens résidant à Schaffhouse par le Tribunal pénal fédéral (TPF) pour soutien à l'organisation djihadiste Etat islamique (EI). Alors que ses compatriotes ont été condamnés à plusieurs années de prison, Abdulrahman O. avait été acquitté faute de preuves.
Foi et violence incompatibles
Face à l'embrasement médiatique, l'IGL a donc convié les
médias dans la mosquée Dar Assalam de Kriens, le 16 octobre. Aucun membre du
conseil d'administration de la mosquée n'était présent à la conférence,
remarque cependant la LZ, officiellement
parce que ces derniers étaient "pris par leur travail". L'IGL a annoncé
que la mosquée s'était séparée d'Abdulrahman O.. Petrit Alimi, président de
l'association musulmane, a précisé que l'imam niait les accusations portées
contre lui. Il a également assuré qu'il n'était pas au courant du passé du
prédicateur. L'IGL, une organisation "qui représente potentiellement 20'000
musulmans lucernois", a clairement pris ses distances avec la violence au
nom de l'islam. Petrit Alimi a cité un passage du Coran selon lequel "Le meilleur
d'entre vous est celui qui traite bien sa femme". Le responsable musulman
a répété que la foi et la violence étaient incompatibles. Les membres de l'IGL
ont en outre lu une prise de position des autorités de la mosquée de Kriens
affirmant leur plein respect de l'ordre juridique suisse et leur attachement à
une coexistence pacifique des peuples et des religions.
Enregistrer les sermons
L'organisation faîtière des musulmans lucernois a fait part
de son désir général de "se professionnaliser". Elle a notamment
recommandé que les sermons du vendredi soient enregistrés dans les mosquées du
canton. L'association islamique a annoncé avoir déjà commencé à rechercher un
nouvel imam, cette fois par le biais d'une petite annonce et avec des exigences
précises, notamment la possession d'un diplôme en théologie, des connaissance
d'arabe et d'allemand et un lien avec la Suisse. Le texte requiert en outre "une
attitude sociable et une ouverture dans les relations avec les personnes de
tous âges, nationalités et religions".
L'aide des Eglises?
L'IGL a par ailleurs demandé le soutien de partenaires
extérieurs pour sa professionnalisation, qui pourrait notamment passer par la
formation d'imams. Elle a évoqué l'aide possible, dans cette perspective,
d'autres communautés religieuses.
Une collaboration de ce genre existe depuis 2017 dans le canton de Zurich, avec le projet "QuaMS", qui chapeaute la formation d'aumôniers musulmans. La démarche, pour l'heure unique en Suisse, est réalisée en partenariat entre l'organisation faîtière des associations musulmanes zurichoises (VIOZ), le canton de Zurich et le Centre suisse islam et société de l'Université de Fribourg (CSIS), explique le directeur du CSIS dans le quotidien La Liberté du 17 octobre. Les Eglises catholique et évangélique réformée du canton sont représentées au sein du comité de projet. Elles délèguent notamment un mentor pour accompagner les personnes en formation lors de leur stage pratique, en général en aumônerie hospitalière. (cath.ch/lz/lib/lt/rz)