Session missionnaire d’été au Bouveret
Le Bouveret, 24juillet(APIC/Geneviève Cornet) La théologie de la libération était à l’honneur ces derniers jours au Bouveret, en Valais. L’Ecole
des Missions accueillait en effet du 17 au 23 juillet une bonne vingtaine
de missionnaires engagés surtout en Afrique et un couple travaillant en
Haïti, pour la session missionnaire d’été pour la Suisse romande, sur le
thème "La mission de l’Eglise : se libérer pour libérer".
Cette session était organisée par le "Groupe de coopération missionnaire
en Suisse romande" (GCM), animée par André Gachet, secrétaire du Groupe interinstitut d’animation missionnaire (GIAM), Frère Maurice Leiggener, Père
Blanc et cinq religieuses. Durant sept jours, les missionnaires se sont interrogés dans la mouvance de la théologie de la libération sur la mission
libératrice de l’Eglise et sa signification dans leurs expériences personnelles et communautaires. Le thème choisi poursuivait la réflexion amorcée
l’année dernière sur le sens et l’apport missionnaire de la théologie de la
libération.
Exposés, groupes de travail et temps de prière ont composé un progamme
varié et équilibré. La réflexion, orientée par les exposés du P. Carlos J.
Pinto de Oliveira, un dominicain d’origine brésilienne, professeur de théologie morale à l’Université de Fribourg,et du P. Jean-Claude Pariat, assistant provincial des missionnaires du Saint-Esprit, ancien professeur à
Brazzaville, Paris et Dakar, a marqué les étapes de la nécessaire libération personnelle et communautaire que demande l’Esprit-Saint à l’Eglise.
Une libération qui passe par une définition de l’identité chrétienne, de la
communion et de la mission universelle de l’Eglise. Le lieu de cette
libération est par excellence l’engagement missionnaire universel qui, audelà de ses différences, manifeste la communion ecclésiale.
Une "lecture libératrice" des Actes des Apôtres
C’est à partir des récits de la Pentecôte, de la rencontre entre l’
Apôtre Pierre et le païen Corneille et les tensions entre les communautés
chrétiennes de Jérusalem et d’Antioche, que les missionnaires ont réfléchi
à la dimension libératrice de tout engagement au nom de l’Evangile. Le P.
Pariat, guidant leur lecture, a souligné le rôle premier de l’Esprit-Saint
dans tout processus de libération : Esprit de Pentecôte, il rend chaque
chrétien porteur d’une parole libératrice et éveille l’Eglise à sa vocation
universelle. Il pousse à l’accueil du "païen", celui qui ne croit pas, et
le fait naître à identité nouvelle, chrétienne. Il suscite des communautés
de croyants animés de la même foi et capable de la vivre différemment et
les lie entre elles.
Une telle libération transforme celui qui l’annonce : pour le P. Pariat,
le missionnaire se libère en accomplissant sa vocation. Son identité évolue
sans cesse : être chrétien, c’est devenir chrétien, et ce n’est que dans
cette mouvance qu’il découvre les chemins de sa propre libération. C’est au
niveau des communautés que naissent les conflits interculturels et que se
vit une tension entre identité culturelle et identité chrétienne : elle est
le moteur de toute vie spirituelle et de toute libération. Le missionnaire
doit se laisser libérer par une identité chrétienne sans cesse à recevoir
par l’Esprit et la Parole, et une communion au nom du Christ sans cesse à
édifier au sein d’une communauté et entre les communautés.
Défis, promesses et risques de la liberté
Le P. Pinto a montré, à partir de l’histoire du Brésil, les défis, les
promesses et les risques de la liberté.Il a souligné les étapes de son surgissement : le rapprochement de l’Eglise et du peuple, l’Action catholique,
qui a mobilisé les laïcs dans un mouvement de renouveau liturgique, biblique et catéchétique, et les communautés de base qui lui apparaissent comme
la structure ecclésiale la mieux adaptée à l’évangélisation. Il a attiré
l’attention sur des problèmes selon lui mal posés depuis des siècles : l’
engagement politique des chrétiens, la discrimination, qui fait corps avec
les structures, et le catholicisme populaire, souvent considéré comme une
forme de syncrétisme.
Un débat thématique a mis ensuite en présence les missionnaires en congé
et des jeunes prêts à partir pour le tiers-monde avec le mouvement "Frères
sans Frontières". Il a été l’occasion de confronter la pratique à l’idéal,
les rêves à la réalité. La session du Bouveret a été non seulement un lieu
d’approfondissement de sa propre identité missionnaire, mais aussi un espace de dialogue et de rencontre fraternelle entre missionnaires de différentes cultures, dont neuf de l’hémisphère sud. (apic/cor/be)