La famine menace l’Ethiopie (030492)
Lucerne, 3avril(APIC) L’avenir politique de l’Ethiopie demeure incertain
tandis que les problèmes d’approvisionnement s’aggravent. Surtout dans le
sud-est du pays, où se pressent pèle-mèle des centaines de milliers de réfugiés somaliens et de rapatriés éthiopiens aussi démunis les uns que les
autres. Caritas Suisse finance un programme d’aide à la survie dans cette
région. Quelque 100’000 personnes en bénéficieront pendant deux mois.
Le gouvernement transitoire au pouvoir depuis la chute de la dictature,
en mai 1991, veut accorder une large autonomie aux régions. Il a déjà implicitement reconnu l’indépendance de l’Erythrée et envisage un redécoupage
des provinces en tenant compte de la réalité ethnique. L’avenir du pays repose en effet sur la volonté de cohabitation pacifique des différents peuples en Ethiopie.
Dieter Nussbaum, un collaborateur de Caritas qui vient de rentrer d’une
tournée en Ethiopie, se montre prudemment optimiste: "L’escalade de la
guerre civile en Somalie a servi de leçon. Les Ethiopiens ont pris conscience du danger et s’efforcent de trouver des compromis".
Pas de paix sans pain
La paix demeure cependant une vue de l’esprit dans ce pays en proie à la
famine, constatent les oeuvres d’entraide engagées en Ethiopie. Ces dernières se sont réunies à Addis Abeba pour discuter, à la lumière des changements politiques, de la stratégie à suivre pour coordonner et amplifier
leurs opérations de secours.
A fin janvier, Boutros Ghali, secrétaire général de l’ONU, a rappelé
que dans la Corne de l’Afrique la famine menace 23 millions de personnes,
dont 6 millions en Ethiopie. la survie des populations dépend de la poursuite de l’aide internationale.
La fin de la dictature en Ethiopie a également apporté de nouveaux problèmes, notamment dans la province de Hararghe, située au sud-est du pays.
Cette région au climat aride est peuplée de tribus nomades et islamiques
qui vivent de l’élevage. En période de sécheresse, elles se déplacent vers
le nord-ouest, plus fertile. Leur arrivée suscite souvent de fortes tensions, ethniques et religieuses, avec la population locale de confession
chrétienne-orthodoxe.
Selon Dieter Nussbaum, le gouvernement de transition contrôle certes le
centre et le nord de l’Ethiopie, où la paix règne tant bien que mal. Mais
dans la province de Hararghe, les différentes ethnies revendiquent chacune
des terres et l’autonomie, "raison pour laquelle les affrontements se multiplient".
Afflux de réfugiés
La situation est d’autant plus épineuse que le problème des réfugiés a
pris des proportions dramatiques. Depuis l’escalade de la guerre civile début 1991 - qui déchire la Somalie voisine, l’Ethiopie a vu affluer
500’000 Somaliens, tandis que 200’000 Ethiopiens exilés depuis plus de 15
ans dans le désert somalien prenaient le chemin du retour. Or, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés manque de moyens pour faire
face à cet afflux. C’est pourquoi Caritas Suisse a financé, avec le concours de la Direction de la coopération au développement et de l’aide humanitaire (DDA), une action d’urgence en vue d’approvisionner durant deux
mois 100’000 personnes dans la province de Hararghe. Cette action a permis
d’acheter, fin décembre, 2’000 tonnes de maïs et de millet aux paysans des
provinces du centre. Stockées dans des dépôts régionaux, les céréales sont
transportées vers la province d’Hararghe par des commerçants locaux. Le
premier convoi de camions est arrivé à mi-mars.
"L’achat local de céréales permet d’éviter la dépendance engendrée par
l’importation de blé provenant des surplus de la Communauté européenne ou
des Etats-Unis", rappelle Dieter Nussbaum. En outre, cette forme d’aide
alimentaire stimule la production locale et le commerce régional. "En utilisant mieux les ressources des zones agricoles exédentaires, on peut ainsi
contribuer à l’autosuffisante des pays en proie à la famine". (apic/com/pr)