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    Solidaires pour cultiver la vie

    La famille chrétienne africaine: le Mali (150793)

    De notre correspondant Alexis Dembélé

    Bamako, 15juillet(APIC) La famille? Sans elle, l’Afrique n’est rien.

    Etendue et nombreuse jadis, elle ne cesse de connaître les mutations du

    monde moderne. Mutations doublées par la pratique chrétienne. Une notion

    forte reste cependant: la solidarité au nom de la vie. Le cas du Mali, aujourd’hui, où les catholiques ne représentent que 4%.

    San, une ville de quelque 30’000 âmes en plein coeur du Sahel. C’est là

    que vivent Gilbert et Alice. Le couple s’aime. Cela dure depuis 25 ans. De

    cet amour sont nés trois enfants. Gilbert tout comme Alice ont eu cette

    chance rare en Afrique: aller à l’école, obtenir des diplômes, trouver du

    travail. Tous deux ont reçu le baptême au cours de leurs études dans les

    écoles des "pères". Leurs parents respectifs étant de religion traditionnelle. Aujourd’hui, Gilbert et Alice sont engagés. Le premier en sa qualité

    de président du Conseil paroissial. La seconde en tant que responsable des

    femmes chrétiennes de la ville.

    Des familles comme celle-ci, il n’en existe pas mal sous les tropiques.

    Avec des variantes bien sûr. Elles sont encore plus nombreuses dans les

    campagnes. Puisque plus de 80 millions d’habitants se déclarent catholiques

    en Afrique.

    Prendre le temps de s’asseoir

    Gilbert et Alice font partie depuis dix ans des Equipes Notre-Dame. Un

    mouvement qu’ils continuent d’apprécier. "Nos efforts visent à adapter le

    mouvement en milieu africain". Chaque jour, le couple découvre un peu davantage des nouveautés. Premièrement, le devoir de s’asseoir. "C’était très

    difficile en milieu traditionnel. Aujourd’hui, dans les foyers modernes, si

    le couple ne prend pas le temps de réfléchir ensemble régulièrement, il va

    à la dérive".

    Les questions abordées? Elles vont de la gestion familiale à l’accueil

    des étrangers, de l’éducation des enfants aux incompréhensions entre mari

    et femme. Seconde nouveauté: la prière en famille le matin au lever et le

    soir au coucher. "Cet effort quotidien donne de la force. Les enfants sont

    ainsi initiés à rencontrer le Seigneur", souligne Alice. Assurément, l’éducation reste une préoccupation du foyer.

    Mariages mixtes... mais la polygamie reste un mode courant

    Les mariages mixtes sont nombreux en Afrique. Mais la polygamie constitue un mode courant dans certaines ethnies. Et pourtant, il existe une différence radicale entre les familles chrétiennes et les autres. "Chez les

    pratiquants de la religion traditionnelle, convient Steven Adé, un

    fonctionnaire du Nigéria, il y a encore le goût prononcé pour le secret. La

    femme musulmane reste trop soumise". Sans doute à cause de la dot, devenue

    une véritable forme d’alliénation. Au point que l’homme pense et agit en

    supérieur. Sa femme étant peu consultée. "Chez nous, relève Louise Ngo Pom,

    une étudiante camérounaise, nous voulons cultiver l’esprit d’ouverture.

    L’égalité des sexes n’est pas un principe vain. Malheureusement, dans

    l’Eglise, ce n’est pas toujours le cas".

    Les non-chrétiens sont très sensibles à la nouveauté que la foi chrétienne apporte à la famille africaine. Moriba Sanlara, commerçant et musulman pratiquant l’affirme tout de go: "Epouser une seule femme, lui rester

    fidèle jusqu’à la mort, c’est vraiment beaucoup demander. Mais ce chemin

    donne le vrai sens de l’amour". Partout en Afrique, les sociétés privilégiaient le fait d’avoir un grand nombre d’enfants. Histoire de prestige, de

    main d’oeuvre.

    Nul doute, le mariage chrétien comporte des exigences. "Certains foyers

    chrétiens sont admirables d’esprit de foi, de confiance en Dieu et de sérénité malgré les épreuves, relève un Père missionnaire français, présent au

    Mali depuis 1948. "D’autres, au contraire, poursuit-il, ne savent comment

    faire. Ils ont renoncé à lutter. Parce que désemparés par ce qu’ils voient

    autour d’eux". Explication, selon lui: ces foyers négligent la prière en

    commun, le service des autres, l’intégration aux mouvements chrétiens.

    Culte de la vie et solidarité

    La foi chrétienne n’est pas un code de mariage. Pis encore, un ensemble

    de coutumes venues d’ailleurs. C’est un renouvellement profond de la vision

    de Dieu, de l’homme et du monde, des relations humaines (l’homme et la

    femme, le père et la mère, les enfants). La foi transforme les motivations

    et le comportement, si elle est vraie et profonde. Elle est source de

    confiance en l’avenir.

    La documentation sur la famille chrétienne africaine surprend par sa richesse. La revue "Pirogue" remporte beaucoup de succès, ses sujets reflètent les préoccupations des jeunes et des couples. Quant à l’action catholique rurale du Tchad, elle oeuvre depuis plus de 30 ans dans la consolidation de la famille chrétienne africaine, en publiant des brochures, notamment.

    L’on peut se demander en ces temps de grandes mutations, s’il existe des

    références solides pour les couples. Comme valeurs à préserver pour la famille africaine, il y a le culte de la vie. Celui-ci culmine dans le don de

    l’accueil de l’enfant. N’inventons rien. La contraception en Afrique n’est

    pas une importation récente. Pas davantage l’avortement. La tradition connaît de longue date l’usage de drogues abortives. Mais il reste vrai - et

    partout - que la stérilité est le plus grand malheur qui puisse frapper une

    femme. On imagine mal, de nos jours et pour longtemps encore, une femme

    africaine... sans enfant.

    Autre valeur à privilégier: la solidarité. Elle paraît parfois justifier

    un incroyable parasitisme familial. Au point qu’on voit accourir à la ville

    frères, cousins et petits cousins venant réclamer le plus naturellement du

    monde leur part de la réussite de l’un des leurs. Il peut s’en suivre pour

    le parent "bien placé" des défaillances qui ont pour noms détournements et

    corruption. Reste qu’en toute circonstance, il y a possibilité de recourir

    aux "frères". L’Africain est communautaire. Il sait se donner à l’heure où

    les institutions traditionnelles sont bouleversées à la communauté dont il

    à besoin. C’est apparemment une réponse au progrès de l’individualisme.

    Véritable menace pour la famille patriarcale.

    Grande et noble tâche pour l’Eglise en Afrique. Gilbert, Alice et leurs

    enfants ne l’ignorent pas. Ils espèrent que leur pierre trouvera place dans

    la construction de la communion universelle. Tout un programme. (apic/adpr)

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