"On ne vaincra pas ce fléau par des solutions de facilité"
Rome, 10mai(APIC) On ne résout pas un problème de drogue en évacuant le
problème ou en faisant des concessions pour tenter d’obtenir la guérison du
toxicomane. Cela se fera d’abord en redécouvrant du sens de la vie et de
ses valeurs fondamentales. Voilà ce que rappelle un document publié vendredi au Vatican par le Conseil pontifical pour la Famille. Un texte de trente
pages, intitulé: "Du désespoir à l’espérance".
Le document comporte trois grands chapitres: "Le phénomène de la toxicomanie", "La tâche de l’Eglise" et "La présence évangélisatrice de l’Eglise". Ses signataires, le cardinal colombien Alfonso Lopez Trujillo et le
prélat français Jean-François Arrighi, respectivement président et viceprésident du Conseil pour la Famille, précisent que le document est "le
fruit de multiples rencontres avec des personnes qui bénéficient une expérience concrète en ce domaine". Son but est que "l’homme, en renonçant à
des dépendances fallacieuses, retrouve la vraie liberté dans la dépendance
filiale au Père céleste".
Handicapé de l’amour
Dans le premier chapitre, le problème de la drogue est considéré successivement sous l’angle de la personne, de la famille et de la société. La
consommation de drogue y est présentée comme "une réponse mensongère au
manque de sens positif de la vie", dont un "motif constant et fondamental"
est "une certaine crise de valeurs et un manque d’harmonie intérieure de la
personne".
Le toxicomane est en réalité un "handicapé de l’amour". Le document met
en cause la famille: le premier facteur favorisant le recours à la drogue
est "une absence absolue ou relative de vie familiale, car la famille est
l’élément-clé dans la formation du caractère d’une personne et de ses attitudes envers la société". Le Conseil pour la Famille vise entre autres ici
la multiplication des divorces, la cohabitation en dehors du mariage, l’incapacité d’offrir une "éducation intégrale".
La consommation croissante de drogues est aussi un symptôme de la crise
actuelle de la société, une société "passive", c’est-à-dire sans idéal,
permissive, sécularisée, où la recherche d’évasion s’exprime de tant de manières diverses, dont l’une est la fuite dans la toxicomanie". Une mentalité de consommation artificielle, le chômage, l’hédonisme effréné, une conception désordonnée de la sexualité et l’influence des médias contribuent à
faire de la drogue "une réponse facile et immédiate, mais mensongère, aux
besoins humains de satisfaction et d’amour vrai".
Le document cite Jean Paul II pour inviter à une "redécouverte du sens
ultime de la vie et de ses valeurs fondamentales". En effet, on ne peut
rester sans réaction devant "les silences, les défaillances, les lacunes
qui subsistent dans la pastorale de l’Eglise".
Seule thérapie: proposer des chemins de vie
Les auteurs du document expliquent dans un deuxième chapitre que, pour
vivre de manière authentique les valeurs humaines et chrétiennes, l’homme a
besoin de "liberté de l’esprit face au matérialisme et à la mentalité de
consommation. Il a besoin de vérités fortes sur le bien et sur l’homme face
à l’utilitarisme et au subjectivisme éthique. Il a soif de la grandeur de
l’amour face à la banalisation de la sexualité et de l’hédonisme". La réponse de l’Eglise à la toxicomanie est donc "un message d’espoir et un service qui au delà des symptômes, va au coeur même de l’homme, ne se contente
pas d’évacuer la question, mais propose des chemins de vie".
Il s’agit, comme Jean Paul II l’a maintes fois souligné dans le passé,
d’aider le toxicomane à redevenir un sujet actif capable de faire appel à
ses ressources personnelles pour renoncer à l’esclavage de la drogue. Citant toujours le pape, le document précise que "la possibilité de récupération ou de rédemption à cet esclavage moderne passe par des méthodes qui
excluent rigoureusement toute concession de caractère substitutif, qu’elle
soit légale ou illégale. Cela a été concrètement prouvé".
Le document revient une fois de plus encore sur le rôle premier de la
famille, "noyau central de toute structure sociale": si l’Eglise veut combattre efficacement la drogue, elle doit faire de la famille sa "priorité
pastorale". A une famille qui découvre qu’elle est confrontée au drame de
la toxicomanie, le document recommande d’éviter à tout prix le repli sur
soi, à cause d’une "honte mal placée". Elle ne doit pas craindre de parler
clairement de ce qu’elle est en train de vivre.
Une tâche pour la paroisse
La présence de toxicomanes appelle la paroisse à un engagement qui "aille au delà de la simple aide économique ou de la facile délégation à des
structures spécialisées". Le moyen d’y répondre est la disponibilité de familles ou de groupes de familles à accueillir ou à assister le toxicomane
dans sa phase de réintégration dans la société ou dans le travail. Le document relève que "l’élément indispensable reste la récupération de l’homme à
travers une action inspirée par une proposition évangélique, rendue possible à travers diverses formes d’accueil dans lequel devient concret le message d’amour et de salut de l’Eglise".
Enfin le document rappelle la mission de l’Eglise d’évangéliser la culture et les cultures de l’homme, afin de permettre "la conversion, c’est-àdire la transformation des consciences, aussi bien individuelles que collectives". (apic/cip/ba)