Deux membres de la hiérarchie du Dicastère pour la doctrine de la foi seront prochainement ordonnés évêques, a annoncé le Vatican le 29 juillet 2024. Il s’agit de John Joseph Kennedy, secrétaire de la Section disciplinaire – en charge notamment de la lutte contre les abus – et de Philippe Curbelié, sous-secrétaire de ce dicastère.
Mgr John Joseph Kennedy, prélat irlandais de 56 ans, a été ordonné prêtre pour le diocèse de Dublin en 1993. Entré dès 2003 au service de la congrégation pour la Doctrine de la foi en 2003 – alors sous la conduite du cardinal Joseph Ratzinger – Mgr Kennedy a été promu en 2017 chef de bureau de la Section disciplinaire, puis secrétaire de cette même section en 2022. Celle-ci est chargée notamment de traiter les dossiers de prêtres accusés d’abus sur mineurs et personnes vulnérables. Son volume de travail s’est considérable accentué ces dernières années.
Mgr Kennedy conserve cette attribution mais sa position est symboliquement renforcée. Il devient archevêque d’Absorus, un siège épiscopal supprimé en 1828 par le pape Léon XII et correspondant à l’actuel village d’Osor, en Croatie.
Mgr Curnelié, évêque du siège antique d’Utique
Pour sa part, Mgr Philippe Curbelié, prêtre français du diocèse de Toulouse et sous-secrétaire du Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF), sera ordonné évêque avec le siège titulaire antique d’Utique, qui se situe dans la Tunisie actuelle.
Ce discret théologien de 55 ans, ordonné en 1995, fut notamment doyen de la faculté de théologie de l’Université catholique de Toulouse. Il a ensuite été appelé à Rome en tant qu’official au sein de la congrégation pour l’Éducation catholique à partir de 2014. Il a aussi été le postulateur de la cause de Pauline Jaricot, fondatrice des Œuvres pontificales missionnaires, béatifiée à Lyon le 22 mai 2022 après une enquête qui a duré près de 92 ans.
Mgr Curbelié a été nommé sous-secrétaire du DDF par le pape François le 6 juillet 2022, quelques semaines après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution apostolique sur l’organisation de la Curie romaine. Sa fonction est transversale aux deux sections, disciplinaire et doctrinale: le secrétaire de cette dernière, Mgr Armando Matteo, demeure pour le moment simple prêtre.
À noter que l’organigramme du DDF compte un autre évêque en la personne de Mgr Charles Scicluna, qui cumule, en tant qu’archevêque de Malte, la fonction de secrétaire adjoint du DDF avec une charge de diocèse. Le pape l’a appelé en novembre 2018 à exercer ce mandat concomitant à Rome en vertu de son expertise reconnue dans la lutte contre les abus, un domaine dans lequel il s’est illustré en tant que promoteur de justice de la congrégation pour la Doctrine de la foi de 2002 à 2012.
Une montée en puissance du dicastère
Les promotions épiscopales de cet été semblent traduire une volonté du pape François de donner plus d’autorité à la section disciplinaire, dont la charge de travail est colossale compte tenu de l’afflux de dossiers à traiter, jusqu’à plus de 1000 par an pour une équipe d’une vingtaine de personnes.
À travers le Tribunal apostolique suprême, cette section a un pouvoir juridictionnel et procède à la déclaration ou à l’imposition des peines canoniques. La section promeut en outre des formations appropriées aux évêques et aux juristes pour favoriser une compréhension et une bonne application des normes canoniques dans l’Église.
Ces nominations traduisent aussi l’importance nouvelle prise par les travaux du Dicastère pour la doctrine de la foi depuis l’arrivée comme préfet, en septembre 2023, du cardinal Victor Manuel Fernandez, compatriote argentin et proche collaborateur du pape François. Mgr Fernandez laisse une grande autonomie de travail à la section disciplinaire, pour se concentrer sur les questions théologiques.
En moins d’un an, son dicastère a produit un volume considérable de documents, parmi lesquels deux déclarations doctrinales. La première, Fiducia supplicans, publiée le 18 décembre 2023, a suscité de vifs débats en ouvrant la voie à la bénédiction de personnes vivant dans des couples de même sexe ou dans d’autres situations irrégulières aux yeux de l’Église catholique, comme le concubinage. La seconde a été publiée le 8 avril 2024. Portant sur la dignité humaine et fruit de plusieurs années de réflexion, Dignitas infinita a reçu un accueil plus consensuel. (cath.ch/imedia/cv/lb)