Mgr Enrique y Tarancon rassure les carmélites favorables
au renouveau conciliaire: elles ne sont pas marginalisées
Madrid, 18février(APIC) La division de la famille carmélitaine, consommée
par la décision récente de Jean Paul II d’approuver les Constitutions d’un
groupe minoritaire au sein de l’Ordre a été douloureusement ressentie par
les carmes déchaux et plus encore par l’immense majorité des carmélites favorables au renouveau demandé par Vatican II. Le cardinal Vincente Enrique
y Tarancon, archevêque de Madrid de 1971 à 1983 et ancien président de la
Conférence épiscopale espagnole prend position dans le débat. L’hebdomadaire catholique espagnol "Vida Nueva" a ouvert début février ses colonnes au
cardinal. Tout en comprenant la douleur qu’a pu susciter la décision du pape, l’ancien archevêque de Madrid demande cependant qu’on ne dénature pas
le geste pontifical en lui donnant une portée qu’il n’a pas. Les carmélites
favorables au renouveau conciliaire ne doivent pas se sentir "marginalisées".
Ces dernières attendent toujours que le pape approuve leur nouvelle législation, fruit du travail mis en route dès 1966 par le préposé général
des Carmes, le Père Anastasio Ballestrero, futur cardinal-archevêque de Turin. En attendant, elles continuent de se référer aux "Déclarations" approuvées "ad experimentum" pour une période de cinq ans par Paul VI en 1977
et auxquelles 80% des monastères de carmélites s’étaient montrées favorables au terme de l’expérience.
C’est surtout en Espagne que le choc de la décision du pape a été le
plus rude: c’est dans ce pays que sainte Thérèse d’Avila réforma, au XVIe
siècle, l’Ordre du Carmel, fondé quatre siècles plus tôt par le patriache
de Jérusalem. Avec l’aide de saint Jean de la Croix, elle étendit cette réforme aux Pères carmes. C’est en Espagne surtout que s’est constitué le
groupe minoritaire des carmels rejetant l’évolution proposée par les "Déclarations" de 1977. Des 92 monastères dissidents dont Jean Paul II a approuvé les Constitutions, une soixantaine, dont celui d’Avila, sont situés
en Espagne (soit un tiers environ des couvents de carmélites du pays).
"Une division consommée par le pape"
C’est sans doute ce qui a amené le cardinal Enrique y Tarancon à s’adresser
aux membres de la famille carmélitaine déconcertés par ce que le Père de
Baranda, préposé général de l’Ordre des carmes déchaussés, qualifiait de
"décision surprenante et inquiétante". La description que donne le cardinal
espagnol dans l’hebdomadaire "Vida Nueva" décrit bien l’état d’esprit des
carmes et des carmélites qui oeuvrent depuis 20 ans à l’"aggiornamento de
leur Ordre".
"Après vingt ans de rumeurs et d’anxiétés, la division des carmélites
déchaussées a été consommée. Jean Paul II a approuvé les Constitutions d’un
groupe de carmels qui n’acceptaient pas de bon gré les ’Déclarations’ que
la Congrégation des religieux, avec l’approbation de Paul VI, avait offertes aux carmélites pour orienter leur renouveau conformément aux directives
de Vatican II. Le problème paraissait résolu. La Congrégation des religieux
avait préparé des Constitutions, approuvées unanimement par l’assemblée
plénière, qui pouvaient servir de base pour maintenir l’unité. Elles permettaient des adaptations aux cultures et coutumes locales, en préservant
l’esprit de sainte Thérèse. Il était ainsi possible d’obtenir un discret
pluralisme dans la fidélité à la réforme thérésienne. Mais soudain vint la
surprise. C’était le pape lui-même qui sanctionnait la division en permettant que ce groupe de carmels maintienne son attitude de plus grande rigidité à la lettre de la règle et des constitutions de 1581..."constate le
cardinal Enrique y Tarancon.
Pas de "rectification"
L’ancien archevêque de Madrid dit comprendre la douleur qu’a pu susciter
la décision du pape, "spécialement dans la famille thérésienne qui a toujours mis son point d’honneur à préserver très fidèlement le charisme de
fondation qui a poussé sainte Thérèse à réaliser la réforme". Le cardinal
comprend également que certains aient vu dans cette décision de Jean Paul
II comme "une sorte de rectification à propos du ’renouveau de la vie religieuse’ promu par le concile et des pas qu’avait faits pour y parvenir la
Congrégation des religieux, avec l’approbation de Paul VI".
Cependant, poursuit Mgr Enrique y Tarancon, "je ne pense pas qu’il est
juste de dénaturer ce geste pontifical et de lui donner une portée qu’il
n’a pas dans l’esprit de Jean Paul II. Des cas semblables se sont présentés
dans la vie de l’Eglise et des Ordres et de Congrégations religieuses sans
que cela ait signifié un désastre, comme l’affirment volontiers certains.
Jean Paul II s’est contenté de permettre que ces religieuses (minoritaires
dans leur Ordre) puissent vivre en conformité à ce qu’entraîne à leurs yeux
la fidélité à leur charisme. Sans autre conséquence".
Voulant expliquer le geste du pape, le cardinal donne son interprétation
en ces termes: "La résistance que ces carmels opposent à ce qui leur apparaissait comme un ’adoucissement’ des normes d’autrefois a été prise en
considération par le pape. Ce dernier a cru opportun de la confirmer, par
respect, sans doute, pour la conscience professionnelle, dont l’importance
à été également reconnue par le Concile. Mais cette décision qui est une
manifestation de la ’clémence’ du pape, ne signifie pas, comme quelqu’un a
tenté de l’insinuer, une ’option’ qui ’marginaliserait’ celles qui ont été
fidèles aux orientations conciliaires interprétées authentiquement par le
Saint-Père dans les ’Déclarations’. Celles-ci, conjuguant la créativité
avec la fidélité, comme le leur a dit Jean Paul II, continuent d’être fidèles aux charismes de fondation et à l’esprit de sainte Thérèse qui se manifestent très clairement dans son ’Chemin de la perfection’". (apic/cip/ba)