La culture religieuse des Français (101188)
Paris, 10novembre(APIC) Les Français sont de plus en plus nombreux à
ignorer tout - ou presque tout - des religions qui furent pourtant déterminantes pour leur culture. Partant de ce constat, les débats vont bon train
: "Faut-il réintroduire l’enseignement des religions dans les écoles? et
quel enseignement?" C’est sur ce thème que l’Encyclopaedia Universalis, qui
vient d’éditer "Le Grand Atlas des Religions", a organisé à Paris, le 9 novembre, une journée-débat autour du thème : "L’enseignement des religions
en France".
Alors que les religions sont un élément essentiel de toute culture, on a
voulu, au nom du principe de la laïcité scolaire, en faire un tabou, a
constaté Emile Poulat, directeur de recherche au CNRS (Centre national de
la recherche scientifique) et directeur d’études à l’Ecole des Hautes
Etudes en sciences sociales. A quoi Jean Baubérot, directeur de la section
des Sciences religieuses à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, ajouta qu’il
voyait une nette évolution dans la possibilité de parler aujourd’hui de la
religion comme d’un fait culturel essentiel, et plus seulement comme d’une
affaire privée. "La religion apparaît à la fois, dit-il, comme un phénomène
révélé et comme une création de l’esprit humain." Le besoin ressenti d’une
culture religieuse correspond à la recherche d’identité et même, au niveau
d’une nation, de plusieurs identités : l’identité religieuse de la France
d’aujourd’hui n’est pas seulement chrétienne.
L’intervention de Mohammed Arkoun, professeur à l’Univeristé de Paris
III et directeur de l’Institut d’Etudes arabes et islamiques, a souligné la
singularité de l’expérience française : présente au Maghreb depuis 1830, la
France chrétienne a rencontré l’islam - et le rencontre aujourd’hui à
travers l’immigration - mais le perçoit comme un danger. "Les discours
théologiques fonctionnent actuellement comme des systèmes d’exclusion
réciproque." Il importe donc, notamment pour les trois "religions du Livre"
- judaïsme, christianisme et islam - de revoir sous un jour nouveau
l’enseignement de la religion.
L’après-midi, fut présentée une enquête réalisée par la SOFRES dans le
courant du mois d’octobre, sur "Les Français et la culture". Premier
constat : l’inculture religieuse des Français est colossale, et 65% seraient favorables à la création d’un enseignement de l’histoire des religions dans les lycées et collèges publics. Ainsi, si 75% savent que "Noé a
sauvé les espèces humaine et animales pendant le Déluge", 15% peuvent donner les noms des quatre évangélistes alors que 48% ne peuvent en citer
qu’un seul. Et l’événement religieux considéré par le plus grand nombre
(41%) comme le plus marquant pour l’histoire du monde est "la séparation de
l’Eglise et de l’Etat" en France en 1905!
Pour répondre au besoin d’information sur les religions, des expériences
sont tentées dans les enseignements publics et confessionnels : deux tables
rondes, rassemblant de l’un puis de l’autre système ont mis l’accent sur
les difficultés rencontrées par les professeurs et les élèves notamment
dans les domaines de l’histoire, de la géographie, de la littérature, et de
la philosophie, et montrer que la voie est ouverte pour des initiatives
nouvelles.
Signalons à ce propos que le mensuel "L’actualité religieuse dans le
monde" publie dans son numéro d’octobre une grande enquête sur "La religion
à l’école" et propose à ses lecteurs un test de culture religieuse. Pour sa
part, le Grand Atlas des Religions de l’Encyclopaedia Universalis présente,
dans un ouvrage luxueux de 408 pages, un panorama des religions, des traditions et pratiques religieuses tout en montrant leurs relations, influences
et apports mutuels. (apic/mjh/bd)
Grand Atlas des Religions, Enclopaedia Universalis, 408 pages, (150 francs
suisses)