La crise qui avait rudement secoué l’Action de Carême (AdC), décapité sa direction et culminé fin 2000 avec le départ de la directrice Anne-Marie Holenstein, semble bel et bien surmontée. La confiance est rétablie à tous les niveaux et une
Odilo Guntern et Jean-François Giovannini au Conseil de fondation
Mgr Fürer, évêque de St-Gall, a précisé à l’APIC que les nouvelles structures permettent aux responsables d’avoir l’entreprise mieux en mains. Contrairement à l’ancien système où le Conseil de fondation était composé de 16 membres (dont les 8 évêques et abbés territoriaux membres de la Conférence des évêques suisses/CES) se réunissant deux fois l’an avec au menu des tractanda "démentiels", le nouvel organe suprême de l’AdC est plus léger et se réunira plus souvent. Composé de 9 membres, dont le président doit être un évêque et un autre membre désigné par la CES, et 7 autres élus par le Forum de fondation, le nouveau Conseil de fondation se concentrera sur la conduite stratégique de l’AdC, le niveau opérationnel étant laissé à la direction. Le Forum de fondation, où sont représentés les divers milieux d’Eglise, est un organe de coparticipation de l’AdC.
Evoquant la période de crise qui a mis à mal cet important instrument de l’Eglise suisse, Mgr Fürer estime qu’aujourd’hui la confiance est retrouvée. L’un des points de friction, la question du concept de "mission" et sa relation avec le développement, devra encore être débattu. La discussion sera menée au sein du nouveau Conseil de fondation, auquel appartiennent notamment l’ancien "Monsieur Prix", le Haut-Valaisan Odilo Guntern, qui fut aussi président du Conseil d’action de l’AdC, et le Fribourgeois Jean-François Giovannini, ancien directeur suppléant de la Direction du développement et de la coopération (DDC).
Résultat de la collecte en léger progrès
Les conditions pour le contrat qui devra être signé entre la CES - organe de surveillance de la Fondation - et l’AdC sont bonnes, car les blessures sont "en voie de guérison", estime Mgr Fürer. L’évêque de St-Gall relève, résultat de la collecte 2001 à l’appui, que la crise interne de l’AdC n’a pas provoqué la perte de confiance redoutée: la collecte et les dons ont légèrement progressé de quelque 130’000 francs, pour atteindre 20,8 millions de francs. Les prévisions pour 2002 montrent d’ores et déjà une stabilité.
Contrairement aux craintes, la crise n’a pas signifié une reprise en mains de l’AdC quant à la nature de l’oeuvre d’entraide. L’AdC se veut plus que jamais l’"avocate des pauvres", le "lobby des pays du Sud" qui cherche à influencer la politique suisse en matière d’aide au développement, dans le but d’établir des rapports Nord-Sud plus justes. "On a restauré une culture de dialogue, la crispation a disparu et les évêques sont beaucoup plus proches de l’AdC qu’il y a un an", affirme pour sa part le directeur Antonio Hautle. Pas question donc d’abandonner l’option préférentielle pour les pauvres et l’action socio-pastorale, qui est au coeur même de l’histoire de l’oeuvre d’entraide des catholiques.
La pauvreté ne recule pas
A. Hautle souhaite d’ailleurs que l’AdC se profile encore davantage en matière de politique de développement, "car il s’agit d’un travail tout aussi, sinon plus important que les projets dans les pays du Sud". Malgré les bonnes résolutions de la Conférence de l’ONU de l’an 2000, dite du millénaire - notamment la réduction de moitié du nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême et souffrant de la faim d’ici l’an 2015 - la pauvreté ne recule pas: aujourd’hui encore, environ 1,2 milliard de personnes cherchent à survivre avec moins de 1 dollar par jour. Depuis 1990, l’Afrique - au sud du Sahara, l’Asie du Sud-est et l’Amérique latine ont vu augmenter de 10 millions par année le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême.
L’AdC va continuer, comme elle l’a fait à la conférence sur le financement du développement en mars dernier à Monterrey, au Mexique, de plaider en faveur d’une augmentation de la contribution de la Suisse à la coopération au développement, qui est loin d’atteindre la moyenne de 0,7% du produit national brut prôné jadis par l’ONU. L’AdC a demandé au Conseil fédéral qu’il s’engage, suite à la conférence de Monterrey, à atteindre le plus vite possible le 0,4% du PNB consacré à la coopération au développement. Ces prochain jours, a fait savoir Markus Brun, responsable de la politique de développement à l’AdC, l’Action de Carême rencontrera le Conseil fédéral pour réclamer un tel engagement.
L’AdC milite en faveur de la Fondation Suisse solidaire
Au cours de la conférence de presse, le secrétaire romand de l’AdC, Charles Ridoré, a fait un vibrant plaidoyer en faveur de la Fondation Suisse solidaire, dont le projet sera soumis au peuple suisse lors de la votation du 22 septembre prochain. "L’AdC soutient résolument ce projet, tout comme plus de 900 personnalités politiques de tous horizons et la quasi totalité des organisations de solidarité du pays, actives tant en Suisse qu’à l’étranger."
Charles Ridoré a déploré la campagne mensongère des adversaires de la Fondation, qui servira notamment à lutter contre la précarité et l’exclusion en Suisse, où une personne sur 11 vit dans la pauvreté. Fustigeant leur manque de fair-play, il a regretté qu’ils s’obstinent à entretenir l’amalgame entre cette dernière et le Fonds en faveur des victimes de l’Holocauste: "Ils savent bien que c’est faux, mais ils ont délibérément choisi une stratégie de communication qui cultive la confusion et fait appel à des sentiments populistes. Une telle option est doublement pernicieuse: elle manipule l’opinion par des arguments fallacieux. Par ailleurs, elle flatte sournoisement l’antisémitisme en focalisant l’attention sur les Juifs censés être les bénéficiaires des fonds de la Fondation."
Le secrétaire romand de l’AdC rappelle qu’un tiers du produit de la vente de l’or excédentaire de la Banque nationale ira à l’AVS, un second tiers ira aux cantons, ce qui soulagera leurs finances, et le dernier tiers permettra à la Fondation de financer des projets d’aide et d’intégration en Suisse et des projets de coopération au développement. JB
Encadré
Le nouveau Conseil de fondation de l’Action de Carême
Le nouveau Conseil de fondation de l’Action de Carême, élu le 12 juin, est composée des personnes suivantes: Président du Conseil de fondation: Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall; nommé par la Conférence des évêques: Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion. Membres élus: Père René Aebischer, théologien, administrateur paroissial à Dietlikon/Wangen-Brüttisellen, membre du Conseil provincial de l’Ordre des dominicains, a travaillé plusieurs années au Rwanda, membre de la Commission d’experts de la coopération pastorale de l’AdC; Walo Bauer-Hug, juriste, secrétaire général du Groupe des banques Raiffeisen à St-Gall, membre de la Commission d’administration de l’AdC; Jean-François Giovannini, économiste, ancien directeur suppléant de la Direction du développement et de la coopération, avec le titre d’ambassadeur, depuis 2001 professeur invité de politique économique et sociale à l’Université de Fribourg, ancien membre de la Commission d’experts Développement et membre du Conseil de fondation de l’AdC; Odilo Guntern, avocat et notaire à Brigue, nombreux mandats politiques et économiques au niveau national, ancien président du Conseil d’action de l’AdC; Barbara Kühne-Cavelti, juriste, collaboratrice d’un bureau d’avocats, présidente du Conseil de l’Eglise catholique-romaine du canton d’Argovie; Chiara Simoneschi-Cortesi, conseillère nationale, membre de la Commission de la formation, de la science et de la culture et de la Commission des transports et des télécommunications; Béatrice Vaucher-Fux, théologienne, responsable du Centre vaudois de Formation permanente, présidente du Conseil du Vicariat/Conseil de l’Eglise. (apic/be)