Le théologien Frei Betto risque d’être condamné
Sao Paulo, 12mai(APIC) "On peut tuer impunément quand on entre dans la
police militaire de Sao Paulo, spécialement dans le bataillon de la Rota",
dénonçait il y a un an le théologien dominicain brésilien Frei Betto. Ce
qui lui a valu d’être traduit en justice. Le provincial des dominicains du
Brésil, le Père Sapiano, lance aujourd’hui un appel. Pour venir en aide à
celui qui n’a jamais cessé de lutter contre l’injustice et en faveur des
plus démunis
Objet du délit: un article publié par le journal "O Estado de Sao Paulo"
le 15 mai 1992, au titre particulièrement provoquant: "La chasse aux Brésiliens est ouverte". Frei Betto s’en prenait particulièrement à un bataillon
de la police militaire de Sao Paulo, la "Rota". "On y apprend à haïr les
Noirs et à mépriser les pauvres, on revêt un uniforme, on reçoit une arme,
on roule dans une voiture puissante, il ne manque que la cible. Deux garçons en conversation à un coin de rue de la zone Est peuvent en fournir une
bonne. Ils ne sont pas des bandits, mais quelle importance? Il suffira de
dire qu’ils l’étaient. Ils gâchaient le paysage de la ville..."
Le 16 septembre 1992, des policiers se présentaient au couvent dominincain pour convoquer Frei Betto. Poursuivi pour "diffamation", ce dernier
comparaissait dès le lendemain, accompagné de son avocat. Il reconnaissait
la paternité de l’article, mais précisait qu’il ne voulait pas attaquer
tous les membres de la police militaire, mais seulement dénoncer des abus
et des cas notoires de violence enregistrés par la presse.
Le 3 octobre 1992, c’était le massacre de 111 détenus de la prison de
Carandiru. Aucun policier ne fut blessé ou tué; le chef du département a
confirmé que les victimes ne portaient pas d’arme à feu. Jusqu’à présent,
aucun des policiers responsables de ce massacre n’a été inculpé ou puni.
En février 1993, un officier de justice s’est présenté au couvent de
Frei Betto, pour informer officiellement ce dernier de l’ouverture du procès et l’inviter à présenter sa défense (ce qui a été fait le 4 mars). Celle-ci a entre autres objecté que la police militaire de Sao Paulo parce que
n’ayant pas la personnalité juridique, ne pouvait poursuivre l’auteur de
l’article sans une délégation expresse du gouverneur de l’Etat, son commandant suprême.
Ces jours derniers, le P. Sapiano, provincial des dominicains du Brésil,
a décidé lui aussi d’entrer en action. Il vient de lancer un appel, demandant aux personnes qui se sentent solidaires de Frei Betto de protester auprès des autorités, en leur écrivant. "Ce qui nous inquiète surtout, précise-t-il, ce n’est pas le procès contre Frei Betto, mais l’impunité des abus
policiers et le risque de voir continuer ce flagrant mépris des droits de
l’homme."
Le Père Sapiano joint à son message un article de la "Folha de Sao Paulo" du 18 mars dernier. Sous le titre "La police de Sao Paulo bat le record
des morts", le journal livre des chiffres effrayants: la violence de la police militaire s’est soldée en 1982 par 286 morts et 74 blessés; en 1992,
ces chiffres étaient respectivement de 1264 morts et 271 blessés...
Théologien de la libération, conseiller national des Communautés Ecclésiales de Base (C.E.B.) au Brésil, Frei Betto a choisi de rester frère dominicain et de n’être pas ordonné prêtre dans son ordre religieux, où il
est entré il y a 27 ans. Agé aujourd’hui de 49 ans, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont l’un a connu, à la fin des années 80, un succès retentissant à Cuba: "Fidel et la religion". Fruit d’une longue interview avec
Fidel Castro sur ses rapports avec la religion, cet ouvrage s’est vendu à
Cuba à plus d’un million d’exemplaires. Or, la population de l’île dépasse
de peu les dix millions d’habitants. (apic/cip/cb)