Le directeur de l’Action de Carême (AdC), Antonio Hautle, à la tête de l’oeuvre d’entraide des catholiques suisses depuis mars 2001, a dressé le bilan de sa première campagne lors d’un point de presse à Lucerne. "Sans vouloir dramatiser", a-t-il lancé, la situation mérite réflexion. Le financement des projets en cours tant à l’étranger qu’en Suisse n’est pas remis en cause à court terme, car l’AdC dispose de 12 millions de francs de réserves. Pas question donc de céder à la panique, mais il va falloir tout de même revoir certains accents et améliorer qualitativement la campagne de carême.
Avant de tirer des conclusions définitives, le directeur de l’AdC demande toutefois d’attendre les résultats finaux de l’année et ceux des autres oeuvres d’entraide, pour savoir si le recul touche uniquement l’AdC ou révèle une tendance générale. Si le recul de la collecte se poursuit, des mesures structurelles devront être étudiées.
La Suisse alémanique se maintient mieux
Antonio Hautle explique le recul de la collecte - plus marqué au Tessin (-21,1%) et en Suisse romande (-13%) qu’en Suisse alémanique (-5,2%) - par le climat d’insécurité dans la société et l’érosion de la base paroissiale qui est le public traditionnel de l’Action de Carême. De moins en moins de fidèles fréquentent en effet la messe dominicale, et cela a forcément des effets sur le résultat de la collecte.
C’est pourquoi le directeur de l’AdC veut investir davantage dans le "fundraising", pour toucher un autre public que les pratiquants, car il existe de nombreuses personnes n’allant pas à la messe qui sont cependant proches des valeurs et idéaux défendus par l’AdC. Dans la réflexion stratégique en cours à l’AdC, cette réalité va être analysée plus précisément.
Responsable de la communication, Matthias Dörnenburg souligne que la campagne sur les moyens techniques de communication représentait un thème assez difficile d’accès. Certaines paroisses l’ont trouvé trop abstrait. En Suisse romande, la campagne était très présente au niveau des médias, mais le résultat financier n’a pas suivi. L’affiche de la campagne 2002 - une oreille blanche débouchée par un coton-tige tenu par une main noire - a également provoqué des réactions mitigées auprès du public, certains la trouvant très parlante, d’autres y étant violemment opposés.
Une oeuvre d’entraide à la recherche d’un profil
Le directeur Antonio Hautle estime qu’il est nécessaire de réfléchir à l’image que veut donner d’elle-même l’AdC, une organisation qui veut faire du travail de lobby en tant qu’"avocat des pauvres du tiers monde", soutenir des projets concrets tant pastoraux que de développement dans les pays du Sud, tout en finançant des tâches nationales de l’Eglise en Suisse. Comment l’AdC peut-elle ainsi se profiler dans une campagne oecuménique qui rassemble également des partenaires protestant (Pain pour le Prochain) et catholique chrétien (Etre partenaires), se demande-t-il.
Au niveau stratégique, l’AdC va examiner de près le genre de projets qu’elle va financer, dans le but de renoncer à des actions isolées pour chercher la mise en réseau de projets pastoraux et de développement aux effets multiplicateurs. Il s’agit, avec cette volonté d’intégration, de profiter des synergies existantes et de ne pas investir dans des projets en parallèle qui font double emploi.
Surtout, l’AdC veut investir davantage sur le long terme, sans négliger les besoins immédiats des populations défavorisées. L’oeuvre d’entraide basée à Lucerne pense cependant qu’il est plus efficace de renforcer les capacités d’une communauté à se prendre en charge durablement, plutôt que de la maintenir dans la dépendance de l’aide immédiate.
Aider à mettre sur pied une "banque du riz" à Madagascar permet aux paysans d’emprunter l’argent dont ils ont besoin sans devoir recourir aux "services" des usuriers. L’accent continuera à être mis sur le développement rural et la production communautaire. Dans les zones de conflits, l’engagement s’axe sur le travail en faveur de la paix, de la réconciliation et de la défense des droits humains, en particulier des femmes et des minorités, le soutien aux paysans sans terre qui luttent pour la réforme agraire, etc.
Campagne 2003: "S’écouter pour s’entendre"
En 2002, la campagne s’est axée sur l’accès très inégal des populations du Sud aux moyens techniques de communication (presse, radio, tv, internet). Les populations du tiers monde, de véritables "info- pauvres", n’ont ainsi pas la possibilité de s’exprimer dans un monde de l’information dominé par quelques puissants conglomérats médiatiques basés dans les pays industrialisés occidentaux.
En 2003, le slogan de la campagne sera "S’écouter pour s’entendre". Parmi les personnalités invitées, on note la présence du cardinal sud- africain Wilfrid Fox Napier, archevêque de Durban. Le religieux franciscain, qui préside la Conférence épiscopale d’Afrique du Sud, s’est distingué pour sa lutte décidée contre le système d’apartheid. Sa présence en Suisse attirera certainement l’attention des médias, en pleine polémique sur les compensations financières réclamées aux banques suisses par les victimes de l’apartheid.
Lors de la prochaine campagne de carême, l’AdC proposera de poursuivre la réflexion et l’action sur la communication, mais en les centrant cette fois sur la communication de proximité: de personne à personne, au sein des Eglises et communautés, sans oublier la communication spirituelle ou encore la communication interculturelle ou interreligieuse. L’AdC, en collaboration avec Pain pour le Prochain, sera également très présente pour faire entendre la "voix des sans voix" au Sommet mondial de l’ONU sur la société de l’information qui se tiendra en décembre 2003 à Genève. (apic/be)