L’Université de Bethléem demeure fermée (170590)
Fribourg, 17mai(APIC) Trente-deux mois après sa fermeture décidée par les
autorités israéliennes (27 octobre 1987), l’Université de Bethléem demeure
encore et toujours close. Officiellement, 1’500 étudiantes et étudiants
sont privés de cours. Officiellement seulement, puisqu’en dépit de l’interdit, des cours sont dispensés en moyenne deux fois par semaine à des groupes de huit à dix personnes partout où faire se peut, à l’exclusion des locaux universitaires, ainsi que l’a expliqué à l’agence APIC son recteur,
Frère Anton de Roeper, lors d’un récent séjour à Fribourg.
Avant même que n’éclate l’intifada le 9 décembre 1987, le soulèvement
palestinien, l’Université de Bethléem avait connu une agitation sur le campus et l’armée avait tiré sur les étudiants, faisant un mort et plusieurs
blessés. A la suite de ces incidents, l’Université avait été fermée pour
trois mois. Elle l’est toujours depuis. L’ensemble des écoles primaires,
secondaires et universitaires de Cisjordanie le furent bientôt à leur tour,
privant d’éducation quelque 300’000 jeunes Palestiniens. Seules aujourd’hui
demeurent encore fermées les universités.
Fondée en 1973 avec l’aide du Vatican dans le but de maintenir une élite
intellectuelle chrétienne et une Eglise locale dans les lieux mêmes qui ont
vu la naissance du Christ, l’Université de Bethléem ne compte cependant pas
moins de 70% d’étudiants musulmans, pour 30% de chrétiens. Etudiantes et
étudiants (47% et 53%) sont aujourd’hui inscrits dans les cinq facultés que
compte l’Université: Education, Art, Sciences, Infirmerie et Administration. Un Institut d’administration hôtelière et de tourisme, des cours de
physiothérapie et un hôpital pour enfants (40 lits occupés en permanence)
complètent ses structures.
Dans les cinémas et ailleurs
Le diktat israélien prononcé contre l’Université n’empêche cependant
nullement celle-ci de fonctionner. Au nez et à la barbe des autorités?
"Non, tout le monde sait là-bas que nos étudiants suivent les cours par petits groupes de 8 à 10 personnes. Avec leurs professeurs, ils se réunissent
dans les cinémas, en privé, dans les cafés ou ailleurs encore en moyenne
deux fois par semaine, pour des cours de deux heures chaque fois", explique
avec le sourire le recteur Anton de Roeper. Et d’ajouter: "Des examens sont
ponctuellements organisés tous les deux mois". Il va sans dire que tout cela demande une organisation minutieuse, ne serait-ce que pour les cours qui
nécessitent par exmple l’utilisation d’un laboratoire... qu’il faut déplacer".
Le financement de l’Université de Bethléem est assuré par le Vatican et
diverses associations, dont l’Association en faveur de la "Bethléem University (ABU), à Neuchâtel, mais aussi par les pays du monde arabe qui assument annuellement les deux tiers du budget (Koweit, Jordanie et Arabie Saoudite en particulier).
La conséquence des mesures prises à l’encontre de l’Université par les
autorités israéliennes? "Une grande perte de temps pour l’ensemble des étudiants", déplore le recteur. "Nous avons pourtant besoin d’infirmières, de
physiothérapeutes, d’un service scientifique pour l’agriculture par exemple, de tout ce qui gravite autour de l’éducation. Dans une région privée
d’industrie lourde, nous devrions être à même de pourvoir au manque de qualification dans l’hôtellerie et dans le tourisme", relève-t-il. Car c’est
aussi en ces termes que se mesure la perte de temps.
Le but visé par cette fermeture? "Israël veut rejeter les Arabes des
territoires occupés", affirme Anton de Roeper. Un avis que partage Frère
Richard Böhi, secrétaire de l’ABU: "La sécurité invoquée par Israël pour
justifier les fermetures d’écoles n’est qu’un prétexte. Ce que veut ce
pays, c’est empêcher que se crée, que se forme une élite palestinienne".
Ce qui n’empêche nullement Frère Anton de Roeper de penser à l’avenir de
l’Université de Bethléem: "Ma visite à l’Université de Fribourg a aussi
pour objet d’étudier la possibilité de procéder à des échanges d’étudiants
entre nos deux universités, même si nous n’en sommes qu’au stade des négociations". (apic/pr)